Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • En septembre 2024, Philippine Le Noir de Carlan, étudiante de 19 ans, est tuée à Paris par un homme sous obligation de quitter le territoire (OQTF), déjà condamné pour viol et sorti de rétention quelques semaines plus tôt.
  • Une première loi, adoptée à l'été 2025, portait la durée maximale de rétention administrative de 90 à 210 jours pour les étrangers condamnés et jugés dangereux.
  • Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel a censuré cet allongement (décision n° 2025-895 DC) : la conciliation entre ordre public et liberté individuelle n'était pas « équilibrée ».
  • Le député Charles Rodwell (EPR) a redéposé un texte réécrit, cosigné notamment par Michel Barnier et Gabriel Attal, élargi à l'injonction d'examen psychiatrique et à une rétention de sûreté antiterroriste.
  • Adopté définitivement le 16 juin 2026 par 345 voix contre 177, le texte a été déféré au Conseil constitutionnel par les groupes de gauche. Décision rendue le 23 juillet 2026.

Le Conseil constitutionnel a validé, jeudi 23 juillet 2026, la loi visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d'attentat — dite loi « Philippine ». Dans sa décision n° 2026-906 DC, il ne prononce aucune censure : les dispositions contestées sont déclarées conformes à la Constitution, plusieurs d'entre elles sous réserve d'interprétation. La saisine déposée par plus de soixante députés et par les groupes LFI-NFP, Écologiste et social et Socialistes échoue donc intégralement.

C'est le même allongement de la rétention à 210 jours que le Conseil avait censuré onze mois plus tôt, le 7 août 2025. Entre-temps, le législateur a resserré le champ et ajouté des garanties procédurales : le juge constitutionnel estime cette fois que « l'atteinte à la liberté individuelle qui résulte des dispositions contestées est adaptée, nécessaire et proportionnée » à l'objectif poursuivi.

345
Pour (16 juin)
177
Contre
0
Article censuré

Un texte adopté par la droite, le centre et le RN

Le vote sur les conclusions de la commission mixte paritaire, le 16 juin, avait dessiné une frontière nette. Aucun groupe ne s'est divisé sur le fond : les huit groupes qui ont voté pour l'ont fait sans une seule voix contre, et les quatre groupes de gauche ont voté contre sans une seule voix pour. Avec 117 voix, le Rassemblement national constitue à lui seul le premier contingent de soutien, devant Ensemble pour la République (85) et Droite républicaine (47).

Seul le groupe LIOT s'est fracturé, avec 12 voix pour et 9 abstentions. La proposition de loi a ainsi été adoptée avec une majorité d'appoint stable, celle qui a porté la plupart des textes sécuritaires de la session.

Ce que le Conseil a validé — et sous quelles réserves

Le Conseil constitutionnel valide sans réserve l'article 9, qui étend la rétention administrative des étrangers condamnés pour terrorisme, ainsi que l'effet suspensif des demandes de sursis (article 6) et les dispositions sur le changement de nom (article 7). Il assortit en revanche trois dispositifs de réserves d'interprétation, c'est-à-dire de conditions d'application qui s'imposent désormais à l'administration et aux juges.

« L'article 2 est strictement calqué sur les dispositions qui régissent déjà la rétention de sûreté de droit commun et qui ont été validées par le Conseil constitutionnel en 2008. »

Charles Rodwell
Charles Rodwell
EPR
Yvelines (1)
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Sur l'injonction d'examen psychiatrique créée par l'article 1er, le Conseil impose que le psychiatre soit désigné de façon impartiale, que les représentants légaux des mineurs soient informés, que la contrainte physique ne dépasse pas douze heures et que le certificat médical n'émane pas d'un psychiatre de l'établissement d'accueil. Sur la rétention de sûreté terroriste (article 3), il précise qu'elle « ne saurait » s'appliquer aux personnes condamnées avant la loi, ni ultérieurement pour des faits antérieurs. Sur l'information du préfet (article 5), il exclut la transmission des avis et certificats médicaux comme du détail des soins.

La saisine de la gauche : 164 députés requérants, aucune censure

Trois groupes ont porté la saisine : LFI-NFP (67 voix contre le 16 juin), Socialistes (62) et Écologiste et social (35), soit 164 des 177 opposants au texte. Leurs griefs portaient sur l'atteinte à la liberté individuelle, sur l'hospitalisation sans consentement décidée à l'initiative du préfet, et sur le périmètre des condamnations ouvrant droit à la rétention prolongée.

« Les personnes concernées par l'extension de la rétention administrative ont été définitivement condamnées non pour des faits d'atteinte grave aux personnes, mais simplement pour des faits d'atteinte aux personnes. »

Léa Balage El Mariky
Léa Balage El Mariky
EcoS
Paris (3)
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Le Conseil n'a retenu aucun de ces griefs. Il relève que le texte réécrit encadre plus étroitement les profils visés — condamnations d'au moins cinq ans d'emprisonnement, menace caractérisée pour l'ordre public — et maintient le contrôle du juge des libertés et de la détention sur les prolongations, deux garanties dont l'absence avait motivé la censure de 2025.

À droite, un débat déplacé sur l'exécution des OQTF

Pendant l'examen du texte, en avril, le débat des bancs de droite a moins porté sur la durée de rétention elle-même que sur son utilité : sans laissez-passer consulaire délivré par le pays d'origine, l'éloignement reste impossible, quelle que soit la durée de maintien en centre de rétention. C'est aussi l'argument qu'opposait la gauche au texte.

« Le taux d'exécution des OQTF est de 15 % en France, quand il atteint 80 % en Allemagne ! »

Laurent Jacobelli
Laurent Jacobelli
RN
Moselle (8)
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Ce que la loi change concrètement

Rétention portée à 210 jours
Contre 90 jours aujourd'hui, pour les étrangers sous OQTF condamnés pour terrorisme, ou condamnés à au moins cinq ans pour certains crimes et délits et représentant une menace pour l'ordre public.
🩺
Injonction d'examen psychiatrique
Le préfet peut imposer un examen psychiatrique à une personne dont le comportement constitue une menace grave, avec hospitalisation sans consentement possible à l'issue. Contrainte plafonnée à 12 heures par le Conseil.
🔒
Rétention de sûreté terroriste
Mesure privative de liberté renouvelable pour les condamnés terroristes souffrant de troubles graves de la personnalité et présentant un fort risque de récidive. Non rétroactive.
📄
Information du préfet
Le préfet est informé de la situation de certaines personnes admises en soins psychiatriques sans consentement — mais sans accès aux avis, certificats médicaux ni détails des traitements.
À noter : la durée validée en 2026 est exactement celle censurée en 2025 — 210 jours. Ce n'est donc pas le chiffre qui posait problème au Conseil constitutionnel, mais l'absence de garanties autour de lui. C'est un précédent utile pour lire les prochaines saisines : une censure sur la « conciliation » n'interdit pas de revenir avec la même mesure mieux encadrée.
Septembre 2024
Meurtre de Philippine Le Noir de Carlan par un homme sous OQTF, déjà condamné et sorti de rétention.
7 août 2025
Décision n° 2025-895 DC : le Conseil constitutionnel censure l'allongement de la rétention à 210 jours, faute de conciliation équilibrée avec la liberté individuelle.
14–16 avril 2026
Examen en première lecture à l'Assemblée du texte réécrit, élargi au volet psychiatrique et à la rétention de sûreté terroriste.
16 juin 2026
Adoption définitive des conclusions de la commission mixte paritaire par 345 voix contre 177 et 11 abstentions.
23 juillet 2026
Décision n° 2026-906 DC : conformité totale, assortie de réserves d'interprétation sur trois dispositifs. La loi peut être promulguée.

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