Pourquoi ce texte ? Le contexte en 6 points
  • ArcelorMittal, premier sidérurgiste mondial, emploie environ 15 000 salariés en France sur une dizaine de sites, dont les deux grands complexes de Dunkerque (Nord) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).
  • Fin 2024, le groupe a suspendu son investissement de 1,8 milliard d'euros — dont plus de 800 millions d'aides d'État promises — pour décarboner les hauts fourneaux de Dunkerque.
  • Le 23 avril 2025, il a annoncé 636 suppressions de postes dans les sept usines de son « cluster Nord », dont 295 à Dunkerque et 194 à Florange, invoquant le manque de compétitivité de l'acier européen.
  • En réaction, La France insoumise a déposé une proposition de loi de nationalisation d'ArcelorMittal France, portée par la députée Aurélie Trouvé et soutenue par les syndicats du groupe.
  • L'Assemblée l'a adoptée une première fois le 27 novembre 2025 (127 voix pour), mais le Sénat l'a rejetée le 18 février 2026.
  • Le 11 juin 2026, le groupe communiste GDR a repris le texte en deuxième lecture dans sa niche parlementaire. Son coût est débattu : 3 à 4 milliards d'euros selon ses défenseurs.

L'Assemblée nationale a adopté, jeudi 11 juin 2026, en deuxième lecture, la proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France, par 106 voix pour, 49 contre et 47 abstentions. Sept mois après un premier vote favorable et quatre mois après le rejet du Sénat, les députés confirment leur position — avec une géographie politique inchangée : la gauche unanimement pour, le bloc gouvernemental contre, le Rassemblement national abstenu en bloc.

106
Pour
49
Contre
47
Abstentions
Résultat du vote en deuxième lecture — 11 juin 2026
202 votants
106 pour52,5 % des votants
49 contre24,3 % des votants
47 abstentions23,3 % des votants

Une gauche sans une seule défection

Le scrutin dessine trois blocs d'une discipline remarquable. Les 106 voix pour viennent exclusivement de la gauche : 45 députés LFI-NFP, 25 socialistes, 20 écologistes et 16 communistes du groupe GDR — sans une seule voix contre ni une seule abstention dans ces quatre groupes. C'est d'ailleurs le groupe GDR qui a inscrit le texte à l'ordre du jour de sa niche parlementaire, reprenant la proposition initialement déposée par les Insoumis.

« Il faut commencer par le dire sans détour : cela fait bientôt vingt ans qu'ArcelorMittal organise méthodiquement la disparition de la sidérurgie française. »

Stéphane Peu
Stéphane Peu
GDR
Seine-Saint-Denis (2)
Voir la fiche →

Lançait Stéphane Peu lors des débats en première lecture, le 27 novembre 2025. Pour les défenseurs du texte, la nationalisation est, selon les mots du communiste Nicolas Sansu le 11 juin, un « choix pragmatique » : 3 à 4 milliards d'euros pour garantir les investissements de décarbonation que le groupe a suspendus, et préserver l'emploi sur les sites français.

Le vote groupe par groupe : trois blocs étanches

Vote par groupe politique
Pour
Contre
Abstention
LFI-NFP
45 pour
SOC
25 pour
ECOS
20 pour
GDR
16 pour
RN
45 abstentions
EPR
30 contre
HOR
7 contre + 2 abs
DEM
5 contre
UDDPLR
4 contre
DR
2 contre
LIOT
1 contre

Sur les onze groupes ayant pris part au vote, un seul s'est divisé — et à la marge : Horizons, avec 7 voix contre et 2 abstentions. Tous les autres ont voté d'un seul bloc. À noter : avec 202 votants sur 577 députés, l'hémicycle était loin d'être plein pour ce jeudi de niche parlementaire — mais même un vote contre unanime du RN (94 voix contre au total) n'aurait pas suffi à faire échouer les 106 voix de la gauche.

Le bloc central contre : « du marché au contribuable »

Les 49 voix contre viennent du socle gouvernemental et de ses alliés : 30 députés EPR, 7 Horizons, 5 Démocrates, 4 UDR, 2 Droite républicaine et 1 LIOT. Leur argument, constant depuis la première lecture : la nationalisation ne répond ni au coût de l'énergie, ni aux surcapacités mondiales, ni au déficit de compétitivité de l'acier européen — elle ne ferait que transférer le problème « du marché au contribuable ». Le ministre de l'Industrie a qualifié la proposition de « texte sans doute plus d'appel politique que de solution ».

« La nationalisation d'ArcelorMittal ne résoudra aucun de ces problèmes. La seule réponse efficace à long terme pour défendre l'industrie de l'acier en France est d'améliorer la compétitivité globale. »

Charles Sitzenstuhl
Charles Sitzenstuhl
EPR
Bas-Rhin (5)
Voir la fiche →

Argumentait Charles Sitzenstuhl en première lecture, pointant aussi le flou sur la facture : « Vous ne parvenez d'ailleurs même pas à l'évaluer : 1, 2, 3, 4, 5, 6 milliards ? » Le député du Bas-Rhin a de nouveau porté plusieurs amendements de suppression le 11 juin — tous rejetés.

Le RN s'abstient en bloc et défend sa « golden share »

Troisième bloc, troisième stratégie : les 45 députés RN présents se sont tous abstenus, comme en première lecture. Le parti de Marine Le Pen refuse la nationalisation intégrale mais ne veut pas être comptable d'un échec du texte devant les salariés : il défend une « action préférentielle », une prise de participation de l'État avec droit de veto, plutôt qu'un rachat complet.

« Dites la vérité aux ouvriers : même si cette loi est adoptée aujourd'hui, il n'y aura pas de nationalisation au terme de ce vote. Le Sénat ne votera jamais votre proposition de loi et il n'y aura pas de nationalisation avant l'élection présidentielle. »

Jean-Philippe Tanguy
Jean-Philippe Tanguy
RN
Somme (4)
Voir la fiche →

Prévenait Jean-Philippe Tanguy dès le 27 novembre 2025 — un pronostic que le rejet sénatorial de février a, pour l'instant, confirmé.

Ce que prévoit le texte

🏭
Nationalisation d'ArcelorMittal France
L'article 1er organise la prise de contrôle par l'État de l'entité française du groupe, qui couvre une dizaine de sites dont Dunkerque, Fos-sur-Mer et Florange.
💶
Un coût débattu de 3 à 4 milliards
Les défenseurs du texte chiffrent l'opération à 3-4 milliards d'euros, indemnisation des actionnaires comprise. Ses opposants jugent l'évaluation incertaine et la facture récurrente.
Relancer la décarbonation
Objectif affiché : reprendre l'investissement de 1,8 milliard d'euros pour le four électrique de Dunkerque, suspendu par le groupe fin 2024 malgré plus de 800 millions d'aides d'État promises.
🛡️
Préserver l'emploi et la souveraineté
Le texte répond aux 636 suppressions de postes annoncées en avril 2025 et entend garantir une production d'acier stratégique sur le sol français.
À noter : ce vote n'entraîne aucune nationalisation effective. Le texte repart au Sénat, qui l'a déjà rejeté le 18 février 2026 et dont la majorité y reste opposée. Sans accord entre les deux chambres — et sans que le Gouvernement n'inscrive le texte à l'ordre du jour prioritaire —, la navette peut se poursuivre indéfiniment.

Les dates clés

Fin 2024
ArcelorMittal suspend son investissement de 1,8 milliard d'euros pour décarboner les hauts fourneaux de Dunkerque.
23 avril 2025
Le groupe annonce 636 suppressions de postes dans les sept usines de son « cluster Nord », dont 295 à Dunkerque et 194 à Florange.
27 novembre 2025
L'Assemblée nationale adopte en première lecture la proposition de loi de nationalisation portée par LFI : 127 pour, 41 contre, 42 abstentions.
18 février 2026
Le Sénat rejette le texte en première lecture.
11 juin 2026
Reprise dans la niche du groupe GDR, la proposition de loi est adoptée en deuxième lecture par l'Assemblée : 106 pour, 49 contre, 47 abstentions.
Prochaine étape
Le texte retourne au Sénat pour une deuxième lecture, où il a peu de chances d'être adopté en l'état.

Pour savoir comment votre député a voté sur ce texte et suivre son activité — votes, amendements, questions au gouvernement —, consultez sa fiche sur NosParlementaires, ou explorez le détail de la proposition de loi et de ses amendements.