- Les journalistes, rédacteurs, photographes, directeurs de journaux et critiques dramatiques et musicaux peuvent retirer 7 650 euros de leur revenu imposable, au titre de frais professionnels, sans avoir à les justifier (article 81 du code général des impôts).
- L'avantage est réservé à ceux dont le revenu brut annuel ne dépasse pas 93 510 euros.
- Comme il réduit le revenu imposable, il rapporte davantage aux revenus élevés : environ 840 euros d'impôt en moins dans la tranche à 11 %, 2 295 euros dans la tranche à 30 %, plus de 3 100 euros dans la tranche à 41 %.
- Son coût est estimé à 35 millions d'euros par an (chiffre de la Cour des comptes cité par plusieurs députés), 50 millions selon La France insoumise.
- Le débat revient à chaque budget : le RN demande la suppression depuis 2024, LFI un plafonnement depuis 2025, et un député macroniste a fait voter en 2025 un plafond de revenus plus bas, qui n'a pas survécu.
Les députés ont voté, le jeudi 15 octobre, le plafonnement de l'avantage fiscal des journalistes à 850 euros d'impôt en moins par an. L'amendement de Aurélien Le Coq (La France insoumise) a été adopté en séance par 73 voix contre 49, lors de l'examen de la partie « recettes » du budget 2027, contre l'avis de la commission des finances et du gouvernement. Il est passé grâce au Rassemblement national, qui a apporté 50 des 73 voix, après s'être abstenu sur le même amendement il y a un an.
Le RN et LFI votent ensemble, la gauche se divise
Pour : 50 députés RN, les 13 insoumis présents, les 6 élus UDR d'Éric Ciotti, 2 élus de la Droite républicaine, un MoDem et un élu GDR. Contre : les socialistes (13), Ensemble pour la République (12), le MoDem (10), les écologistes (4), une partie de la Droite républicaine (4), LIOT (3), Horizons (2) et un non-inscrit. Seuls 125 députés sur 577 ont pris part au vote.
L'adoption a été saluée par des applaudissements sur des bancs du RN et de l'UDR, et le député macroniste Paul Midy a montré « les deux extrémités de l'hémicycle du doigt », note le compte rendu. Les socialistes et les écologistes, qui siègent avec LFI dans l'opposition de gauche, ont voté contre ; en 2025, 13 écologistes et 6 socialistes avaient voté pour le même amendement.
Quelques minutes plus tôt, la suppression échoue à quatre voix
Le vote sur le plafond a suivi immédiatement celui sur la suppression pure et simple de l'avantage, défendue par Jean-Philippe Tanguy (RN) et Robert Le Bourgeois (RN). Elle a été rejetée par 62 voix contre 58 : RN et UDR pour, toute la gauche contre, LFI comprise, avec le bloc central et la Droite républicaine.
Rejeté par 62 voix contre 58 et 5 abstentions. Un carré = un député ; groupes triés par nombre de votants. Source : scrutin public n° 8743, Assemblée nationale.
« Je ne vois pas pourquoi les contribuables français devraient financer une partie de la rémunération des journalistes français parce que les patrons de rédaction, les actionnaires de la presse ou, même, le service public ne veulent pas donner aux journalistes un vrai salaire. »
En défendant son amendement, Jean-Philippe Tanguy avait mis les autres groupes au défi : « […] nous ne sommes pas particulièrement courageux en demandant la suppression de cet avantage. Nous verrons si vous l'êtes davantage. » Après l'échec de la suppression, le RN a voté le plafond insoumis.
Pourquoi la commission et le gouvernement étaient contre
Le rapporteur général du budget, Philippe Juvin (Droite républicaine), a rappelé que la commission des finances avait rejeté les trois amendements, au terme d'« un débat qui revient d'ailleurs chaque année ». Le ministre David Amiel a donné un avis défavorable « pour les mêmes raisons ».
« Je rappelle que les deux tiers des journalistes de moins de 30 ans se trouvent en situation de précarité et que 40 % d'entre eux abandonnent cette carrière au bout de sept ans. »
Ce que LFI veut corriger
L'exposé de l'amendement part d'un constat : l'abattement est le même pour tous, mais l'impôt qu'il fait économiser dépend de la tranche. Un journaliste modeste « n'économisera pas même 11 % de 7 650 € », écrit LFI, quand un journaliste à 91 500 euros par an, imposé à 41 % sur ses derniers euros, gagne plus de 3 000 euros. Plutôt que supprimer la niche, ce qui frapperait aussi les pigistes et les CDD, le groupe propose de plafonner le gain à 850 euros, à peu près ce qu'en retire un contribuable de la tranche à 11 %.
« Il est problématique que des journalistes payés 91 000 euros par an bénéficient d'un abattement […] sur leur revenu imposable. Le mécanisme favorise les plus hauts revenus de la profession. »
Ce que change l'amendement
En 2025, le RN s'était abstenu
Le même amendement d'Aurélien Le Coq avait été rejeté le 25 octobre 2025, lors de l'examen du budget 2026, par 124 voix contre 76. Les 74 députés RN présents s'étaient abstenus ; Sébastien Chenu (RN) défendait alors, comme cette année, la suppression totale, rejetée elle aussi. Ce soir-là, l'Assemblée avait en revanche adopté un amendement de Denis Masséglia (Ensemble pour la République) abaissant le plafond de revenus de 93 510 euros à 3,5 Smic. Il a disparu un mois plus tard, quand l'Assemblée a rejeté toute la partie « recettes » du budget 2026 par 404 voix contre 1. Redéposé cette année, il n'a pas été défendu en séance.
Rejeté par 124 voix contre 76 et 107 abstentions, dont les 74 du RN. Un carré = un député ; groupes au moment du vote. Source : scrutin public n° 3086, Assemblée nationale.
Les dates
Pour voir le vote de votre député sur cet amendement, cherchez son nom dans le module de vote ci-dessus ou ouvrez sa fiche. Le calendrier complet de l'examen est dans notre article sur les cinq semaines du budget à l'Assemblée, et toutes nos pages sont réunies dans le dossier budget 2027.