Pourquoi ce changement ? Le contexte en cinq points
  • Depuis ce 1er octobre 2026, tout bail de résidence principale signé ou renouvelé (location vide, meublée, colocation à bail unique) doit suivre le nouveau contrat type fixé par le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026. Les baux en cours ne sont pas modifiés.
  • Ce modèle intègre désormais la clause résolutoire : le bail est résilié de plein droit si le loyer ou les charges ne sont pas payés, ou si le dépôt de garantie n'est pas versé, six semaines après un commandement de payer resté sans effet.
  • Le décret ne crée pas la règle, il aligne le modèle officiel sur la loi du 27 juillet 2023 « visant à protéger les logements contre l'occupation illicite », dite loi Kasbarian-Bergé, du nom de ses auteurs Renaissance, Guillaume Kasbarian et Aurore Bergé.
  • Avant cette loi, la clause était facultative et le locataire disposait de deux mois après le commandement de payer pour régulariser. Les délais que le juge peut accorder pour quitter les lieux sont passés de trois mois à trois ans à un mois à un an.
  • Les expulsions locatives avec le concours de la force publique ont atteint 30 566 en 2025, contre environ 24 000 en 2024 et un peu plus de 16 000 en 2022, selon les commissaires de justice cités par la Fondation pour le logement.

La clause qui figure depuis ce matin dans le contrat type de location a été votée par l'Assemblée nationale le 4 avril 2023, par 385 voix contre 147. Ce jour-là, Renaissance (159 voix), le Rassemblement national (84) et Les Républicains (58) ont voté la loi Kasbarian-Bergé sans une seule voix contre. Les quatre groupes de la Nupes s'y sont opposés, à une voix près. Trois ans et demi plus tard, 232 des 385 députés qui l'ont approuvée siègent toujours à l'Assemblée.

385
Pour (4 avril 2023)
147
Contre
8
Abstentions
Vote final de l'Assemblée sur la loi Kasbarian-Bergé, 4 avril 2023
540 votants
385 pour71,3 % des votants
147 contre27,2 % des votants
8 abstentions1,5 % des votants

Le RN, deuxième contingent derrière Renaissance

Le texte est une proposition de loi de la majorité présidentielle de l'époque. Son article 4 tenait en une phrase : « Tout contrat de bail d'habitation contient une » clause résolutoire, là où la loi de 1989 se contentait jusqu'ici d'encadrer « toute » clause de ce type. Au moment du vote final, le soutien vient d'abord du camp présidentiel : Renaissance, le MoDem (38 pour, 1 contre, 2 abstentions) et Horizons (29 pour). Mais sans le Rassemblement national, qui apporte 84 voix et aucune opposition, ni Les Républicains (58), la loi aurait réuni 243 voix au lieu de 385, ce qui suffisait encore face aux 147 opposants.

Le groupe LIOT s'est partagé entre 12 voix pour et 5 abstentions. Les non-inscrits ont voté pour à quatre contre un. Côté gauche, La France insoumise (74 contre), les socialistes (29 contre) et les écologistes (22 contre) ont voté contre en bloc ; seul un député du groupe communiste et ultramarin (GDR) a voté pour, ses 20 collègues votant contre.

Vote final par groupe politique (groupes de l'Assemblée en avril 2023)
Pour
Contre
Abstention
RE
159 pour, 1 abs.
RN
84 pour
LFI-NUPES
74 contre
LR
58 pour
DEM
38 pour, 1 contre, 2 abs.
SOC
29 contre
HOR
29 pour
ECOLO
22 contre
GDR-NUPES
1 pour, 20 contre
LIOT
12 pour, 5 abs.
NI
4 pour, 1 contre

Le soutien du RN au texte ne s'est pas démenti depuis. Lors du débat sur les occupations illicites organisé à la demande du groupe Horizons, le 30 avril 2026, Manon Bouquin, députée RN de l'Hérault, a salué les « procédures administratives désormais permises » par la loi, tout en jugeant que « des failles subsistent » et que, dans « l'abus locatif », « les progrès sont aussi limités ».

« Le parcours du combattant peut durer plusieurs années avant qu’un bailleur ne récupère son bien, parfois en très mauvais état. »

Manon Bouquin
RN
Hérault (4)
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Le MoDem a tenté de garder la main du juge, la gauche voulait supprimer l'article

Le vote final masque une bataille plus serrée en première lecture, le 29 novembre 2022, précisément sur l'article 4. L'article ne se limitait pas à rendre la clause obligatoire : il revenait aussi sur la possibilité pour le juge d'accorder des délais de paiement au locataire de lui-même, sans que celui-ci les demande. La gauche a d'abord demandé sa suppression : l'amendement du communiste Stéphane Peu et les amendements identiques ont été rejetés par 139 voix contre 36, Renaissance, RN, MoDem, LR et Horizons votant contre.

Le MoDem a ensuite tenté d'amender l'article, avec un amendement d'Éric Martineau (n° 120) et un sous-amendement d'Erwan Balanant (n° 203) destiné à « réaffirmer le pouvoir d'appréciation du juge ». Le sous-amendement a été rejeté par 118 voix contre 80, l'amendement par 116 voix contre 79. Le MoDem a voté pour comme un seul homme (19 puis 20 voix), rejoint par toute la gauche et par six ou sept députés Renaissance. Le RN (39 voix contre), Renaissance (60 contre) et, très majoritairement, LR et Horizons s'y sont opposés. L'article 4 a ensuite été adopté par 154 voix contre 50. Au vote final d'avril 2023, Erwan Balanant s'est abstenu.

Le 30 avril 2026, une élue insoumise résumait la critique de la gauche, qui demande depuis l'abrogation de la loi : une procédure plus courte et moins de marge pour le juge, au moment où les expulsions atteignent un record.

« La loi Kasbarian-Bergé a supprimé des garde-fous essentiels, réduit les pouvoirs des juges et durci les conditions d’obtention de délais de paiement. En prétendant accélérer la justice, elle a surtout désorganisé la prévention. »

Shéhérazade Bentorki
LFI-NFP
Nord (8)
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Les défenseurs du texte invoquent l'autre volet de la loi, la lutte contre le squat. « L'objectif de la loi Kasbarian était clair : réduire le délai global d'évacuation et sécuriser juridiquement les procédures », a rappelé le même jour Denis Masséglia (EPR), en citant le rapport d'application de sa collègue Caroline Yadan. Au centre, le groupe LIOT, qui s'était partagé en 2023, appelle à séparer les deux publics que la loi a traités ensemble.

« Nous devons avoir le courage d’opérer des distinctions et ne pas confondre le locataire de bonne foi, en difficulté sociale, avec le squatteur ou l’occupant de mauvaise foi, qui pille le droit de propriété. »

Laurent Mazaury
LIOT
Yvelines (11)
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Ce que la loi de 2023 a changé pour les locataires et les squatteurs

📄
Clause résolutoire obligatoire
Tout bail d'habitation prévoit sa résiliation de plein droit en cas d'impayé de loyer, de charges ou de dépôt de garantie. Le nouveau contrat type l'écrit noir sur blanc depuis le 1er octobre 2026.
⏱️
Six semaines au lieu de deux mois
Délai laissé au locataire pour régulariser après le commandement de payer avant que la clause produise ses effets.
⚖️
Délais pour quitter les lieux réduits
Le juge peut accorder d'un mois à un an, contre trois mois à trois ans auparavant. Le locataire qui se maintient après une décision d'expulsion encourt 7 500 euros d'amende.
🔒
Squat : peines triplées
La violation de domicile est punie de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende, contre un an et 15 000 euros. Un délit d'occupation frauduleuse est créé (deux ans, 30 000 euros).
À noter : le 1er octobre change le modèle de bail, pas la règle. La clause résolutoire est obligatoire dans les baux depuis l'entrée en vigueur de la loi, le 29 juillet 2023, avec le délai de six semaines. Le décret de juillet 2026 met le modèle officiel à jour ; un bail signé avant ce 1er octobre n'a pas à être réécrit.

De l'Assemblée au contrat type, trois ans et demi

2 décembre 2022
L'Assemblée adopte la proposition de loi en première lecture. Trois jours plus tôt, l'article 4 sur la clause résolutoire passe par 154 voix contre 50, après le rejet des amendements du MoDem.
2 février 2023
Le Sénat adopte le texte en première lecture, par 252 voix contre 91.
4 avril 2023
Vote final de l'Assemblée en deuxième lecture : 385 pour, 147 contre, 8 abstentions.
14 juin 2023
Le Sénat adopte définitivement le texte, par 248 voix contre 91.
26-27 juillet 2023
Le Conseil constitutionnel valide la loi, sauf l'article qui exonérait le propriétaire d'un logement squatté de son obligation d'entretien. Promulgation le lendemain.
30 avril 2026
Débat sans vote sur la lutte contre les occupations illicites de logements à l'Assemblée. La gauche réclame l'abrogation de la loi, le centre et la droite son renforcement.
6 juillet 2026
Décret n° 2026-596 modifiant les contrats types de location, publié au Journal officiel le lendemain.
1er octobre 2026
Le nouveau contrat type, avec clause résolutoire, devient obligatoire pour tout bail signé ou renouvelé.

Depuis, les textes anti-squat déposés sous la XVIIe législature n'ont jamais été mis aux voix, comme l'a montré le sort de la proposition de loi sur les contrats d'énergie, arrêtée à minuit une sans vote. Pour savoir comment votre député s'est prononcé en 2023 s'il siégeait déjà, ou ce qu'il a dit depuis sur le logement, ouvrez sa fiche ou lancez une recherche sur les expulsions dans les débats de l'Assemblée.