- Olympe de Gouges a écrit en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et dénoncé l'esclavage ; elle a été guillotinée le 3 novembre 1793. Son entrée au Panthéon est réclamée depuis des décennies ; son buste est à l'Assemblée depuis 2016.
- L'abbé Charles-Michel de l'Épée a ouvert à Paris, au XVIIIe siècle, la première école gratuite pour les enfants sourds, devenue l'Institut national des jeunes sourds.
- Zéna M'Déré (morte en 1999) a mené à Mayotte, de 1966 à 1976, les « chatouilleuses », un mouvement de femmes pour le maintien de l'île dans la France, choisi par 99,42 % des votants le 8 février 1976.
- Le RN a réuni les trois noms dans une proposition de résolution de Jean-Philippe Tanguy, cosignée par tout son groupe, et l'a inscrite à sa journée réservée du 8 octobre.
- Une résolution ne fait entrer personne au Panthéon : sous la Ve République, c'est le président de la République qui décide, par décret.
L'Assemblée nationale a rejeté jeudi 8 octobre, par 158 voix contre 133, la résolution du Rassemblement national invitant le gouvernement à soutenir l'entrée au Panthéon d'Olympe de Gouges, de l'abbé de l'Épée et de Zéna M'Déré. Aucun orateur n'a contesté les trois noms. Les opposants ont dit voter contre l'auteur du texte : la gauche et les macronistes présents ont refusé ce que plusieurs orateurs ont appelé une opération de « dédiabolisation ».
Trois députés RN entrés à l'Assemblée le matin même (Benoit Gilhet, Muriel Fiol, Laurence Gardet) apparaissent en « non inscrits » dans ce widget : le résultat officiel compte 115 voix RN pour.
Un vote où l'hémicycle était à moitié vide
294 députés sur 577 ont voté. Le RN a fait le plein ou presque : 115 voix pour sur 121 membres, auxquelles s'ajoutent 15 voix sur 17 du groupe UDR d'Éric Ciotti. En face, la gauche s'est mobilisée : 54 voix contre chez LFI, 33 chez les socialistes, 23 chez les écologistes, 8 au groupe communiste et ultramarin GDR, soit 118 voix. C'était moins que les 133 voix pour.
Le rejet s'est donc joué au centre. Ensemble pour la République a apporté 28 voix contre, sur 90 membres. Sans elles, le texte passait, à 133 contre 130. Les Démocrates (4 contre, 1 abstention), Horizons (2 contre, 1 abstention) et LIOT (4 contre, 1 abstention) ont complété. La Droite républicaine, 47 membres, n'a envoyé que quatre votants : trois pour, dont son oratrice Sylvie Bonnet, et une contre, Alix Fruchon.
À la tribune, Sylvie Bonnet avait mis en garde contre « une inflation mémorielle » et rappelé que « la panthéonisation est un acte exceptionnel », avant de conclure que les trois parcours « pourraient à ce titre trouver leur place » au Panthéon.
Le RN plaide pour la France ultramarine
Jean-Philippe Tanguy a défendu le texte en citant de Gaulle et Saint-Exupéry. Il a surtout insisté sur le troisième nom : « Bien peu de nos compatriotes issus des territoires ultramarins sont au Panthéon. C'est une erreur qu'il faut réparer », a-t-il dit, en rappelant que Félix Éboué et Aimé Césaire y sont honorés mais aucune femme liée aux outre-mer. Il a conclu sur une formule qui a fait réagir la gauche : au RN, « nous avons, il est vrai, une certaine aspiration au matriarcat mariniste ».
La députée de Mayotte Anchya Bamana, cosignataire, a voté pour. L'autre élue de l'île, Estelle Youssouffa (LIOT), n'a pas pris part au scrutin.
« Leur rendre hommage, c'est reconnaître la diversité des chemins qui ont façonné notre histoire commune, de l'Hexagone jusqu'aux outre-mer. »
Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel
La gauche : « pas contre ces trois figures »
La gauche a martelé le même argument : voter contre le messager, pas contre les noms. Thomas Portes (LFI) a dénoncé « un texte d'affichage, une nouvelle tentative de dédiabolisation du Rassemblement national », avant d'égrener les fondateurs du Front national passés par la Waffen-SS. Colette Capdevielle (PS) a parlé d'« une opération de relooking historique » et refusé que le Panthéon serve de « grande lessiveuse ». Alexis Corbière (écologiste) a évoqué « une proposition de dissimulation » et rappelé que le Panthéon abrite selon lui « soixante-dix-sept hommes et huit femmes seulement ».
Plusieurs orateurs ont opposé au RN ses votes. Jean-Paul Lecoq (GDR) a cité le vote du groupe contre la titularisation des accompagnants d'élèves handicapés (AESH) ; Colette Capdevielle, ses positions sur la loi intégrale contre les violences sexuelles examinée la même semaine.
« Soyons clairs, nous ne votons pas contre ces trois figures, mais contre l'usage que vous en faites. […] Votre proposition de résolution n'y fera donc entrer personne. »
Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel
Le centre : la méthode et le moment
Au centre, les réserves ont surtout porté sur la méthode. Béatrice Piron (Horizons) a rappelé que l'entrée au Panthéon « appartient au président de la République, qui la décide seul et la prononce par décret ». Nicole Sanquer (LIOT, Polynésie), qui s'est abstenue, a regretté que trois combats aussi différents soient réunis dans un seul texte. Carole Guillerm (Les Démocrates) a ajouté une objection : une résolution ne s'amende pas, et oblige donc à se prononcer « en bloc » sur trois personnalités, « à quelques mois de l'élection présidentielle ».
« On ne peut pas se réclamer d'Olympe de Gouges le jeudi et tourner le dos à son héritage le reste de la semaine. »
Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel
Pour EPR, Pierre Cazeneuve a affirmé que les trois figures « auraient combattu de toutes leurs forces les idées du Front national ». Le gouvernement, par la voix de la ministre déléguée à la citoyenneté Marie-Pierre Vedrenne, n'a pas pris position sur le texte : elle a rappelé les entrées décidées depuis 2017 (Joséphine Baker, Missak Manouchian, Robert Badinter, Marc Bloch) et indiqué que le choix des prochaines « appartiendra au prochain président de la République ».
Zéna M'Déré, le seul nom vraiment disputé
Un seul groupe a contesté l'un des trois noms sur le fond. Pour le groupe GDR, Jean-Paul Lecoq a dit ne pas mettre en doute « la sincérité de son engagement », mais refuser le symbole : il a rappelé qu'en 1976 l'Assemblée générale des Nations unies avait déclaré « nulle et non avenue » la consultation séparée organisée à Mayotte, et a qualifié le maintien de l'île dans la France d'« acte d'impérialisme qui n'a pas à être glorifié au Panthéon ». Stéphane Peu (GDR) a estimé qu'« aucune panthéonisation ne doit trancher des débats non encore clos ». Anchya Bamana a répondu en visant « les ennemis de Mayotte française, c'est-à-dire le groupe GDR ».
La même journée, le RN a vu rejeter ses résolutions sur l'eau potable en outre-mer, la commande publique et l'espace Schengen. Retrouvez le vote de chaque député sur la page du texte, et les fiches de Jean-Philippe Tanguy, Anchya Bamana et Colette Capdevielle.