Pourquoi cette journée ? Le contexte en cinq points
  • Le jeudi 8 octobre était la « niche » du Rassemblement national : un jour par mois, l'ordre du jour de l'Assemblée est fixé par un groupe d'opposition. Le RN y avait inscrit sept textes, après deux niches sans aucune loi adoptée en 2024 et 2025.
  • Les quatre premiers étaient des résolutions : des textes qui expriment une position sans valeur de loi, mais qui ne peuvent pas être amendés, donc pas ralentis. Eau potable en outre-mer, commande publique, Schengen, Panthéon.
  • La résolution Schengen, déposée le 10 septembre par Marine Le Pen et Manon Bouquin (élue au Sénat depuis), demande au gouvernement de porter à Bruxelles une « double frontière » : la frontière extérieure européenne, plus une frontière nationale où les ressortissants de pays tiers rempliraient une déclaration d'entrée.
  • Le président des Républicains, Bruno Retailleau, défend depuis l'été une idée voisine, la « double membrane ». Le vote des députés LR était donc le plus attendu.
  • En cinquième position venait la proposition de loi supprimant les zones à faibles émissions (ZFE), que le RN et LFI avaient déjà votée ensemble dans la loi de simplification, avant censure du Conseil constitutionnel. Une niche s'arrête à minuit.

L'Assemblée nationale a rejeté jeudi 8 octobre, par 199 voix contre 144, la résolution du Rassemblement national pour « refonder l'espace Schengen » avec une double frontière nationale et européenne. Le RN (118 pour) et ses alliés de l'UDR (17) ont été rejoints par 9 députés Les Républicains. Mais le groupe Droite républicaine s'est présenté en ordre dispersé : 1 voix contre, celle d'Alix Fruchon, et 5 abstentions, dont celle de l'ancien premier ministre Michel Barnier. Trente-deux des 47 députés LR n'ont pas pris part au vote.

144
Pour
199
Contre
5
Abstentions

Trois députés RN entrés à l'Assemblée le matin même (Benoît Gilhet, Muriel Fiol, Laurence Gardet) apparaissent en « non inscrits » dans ce widget : le résultat officiel compte 118 voix RN pour.

Schengen : le RN tient ses rangs, la droite LR se partage en trois

Sur 121 membres, 118 députés RN ont voté pour, 17 UDR sur 17 également. En face, tous les groupes du centre et de la gauche ont voté contre sans exception : 41 voix EPR, 57 LFI, 37 socialistes, 27 écologistes, 11 MoDem, 10 GDR, 9 LIOT, 5 Horizons. Le résultat se jouait donc sur une seule inconnue, la Droite républicaine. Sa porte-parole dans le débat, Sylvie Bonnet, a annoncé que le groupe « votera en sa faveur » parce que le texte « a au moins le mérite de poser le sujet d'une nécessaire refondation de Schengen », en citant la « double membrane » de Bruno Retailleau. L'annonce n'a pas été suivie : 9 pour, 1 contre, 5 abstentions, et une majorité d'absents.

Deux des cinq abstentionnistes, Émilie Bonnivard et Alexandra Martin, ont fait savoir après coup qu'elles n'avaient « pas pris part au scrutin ». Restent trois abstentions assumées : Michel Barnier, Corentin Le Fur et Nicolas Tryzna. Michel Barnier, ancien négociateur européen du Brexit, n'a pas pris la parole dans le débat.

Pour le RN, Jordan Guitton a défendu le principe d'une souveraineté migratoire retrouvée face aux régularisations décidées par les voisins, l'Espagne en tête.

« Lorsqu'un gouvernement décide de régulariser de nombreux migrants, il doit en assumer les conséquences sur son territoire. La France n'a pas à subir les choix de ses voisins lorsqu'elle ne souhaite pas accueillir d'immigration. »

Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel

Jordan Guitton
RN
Aube (1)
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Ce que demandait vraiment le texte

La résolution « invite le gouvernement » à soutenir au Conseil de l'Union européenne une révision du code frontières Schengen, et « souhaite » que les ressortissants de pays tiers soient soumis à des vérifications au franchissement des frontières intérieures, « notamment par la déclaration d'entrée sur le territoire ». Elle regrette aussi, dans ses considérants, que Schengen relève de la majorité qualifiée et du contrôle de la Cour de justice de l'Union européenne. Pour la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, « nous ne contestons pas la fin, mais nous contestons le moyen » : le code Schengen révisé en 2024 permet déjà à la France de rétablir des contrôles, ce qu'elle fait sans interruption depuis novembre 2015.

La gauche a attaqué le dispositif lui-même. Pour les socialistes, Marietta Karamanli a soutenu que repérer les ressortissants de pays tiers aux frontières intérieures supposait de « contrôler tout le monde », soit 1,7 million de travailleurs frontaliers européens chaque jour.

« Vous vendez de la souveraineté, mais vous livrez de la paperasse. Vous promettez la sécurité, mais vous n'offrez que de l'affichage. »

Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel

Marietta Karamanli
SOC
Sarthe (2)
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Commande publique : 16 députés LR votent un texte que leur orateur juge « vœu pieux »

Le matin, la résolution sur la commande publique d'Alexandre Loubet avait connu le même sort : 151 pour, 187 contre, aucune abstention. Le texte « appelle » à autoriser les acheteurs publics à donner la priorité aux offres « dont tout ou partie des moyens d'exécution sont localisés en France ». Là encore, RN (118) et UDR (17) ont fait le plein, et la Droite républicaine a apporté 16 voix, sans aucune voix contre ni abstention cette fois.

151
Pour
187
Contre
0
Abstention

Le soutien LR s'est fait sans illusion. Julien Dive, qui s'exprimait pour le groupe, a traité le rapporteur de « prometteux de bonjour », un « baratineur » en picard, et rappelé que le RN avait voté en mai un amendement LFI dénaturant un article contre les importations de denrées traitées aux pesticides interdits. Il a néanmoins confirmé le vote favorable de son groupe.

« Votre texte, s'il est adopté, ne changera rien : c'est un vœu pieux, on peut certes être croyant, et rien d'autre. […] Nous ne changerons pas de ligne et voterons votre proposition de résolution. »

Séance du 8 octobre 2026, compte rendu officiel

Julien Dive
DR
Aisne (2)
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En face, la ministre déléguée Anne Le Hénanff a opposé le droit de l'Union et le droit constitutionnel : un acheteur qui appliquerait un critère de préférence nationale « s'exposerait à des risques majeurs ». Marie Lebec (EPR) a résumé le vote de son groupe en une phrase : le texte « ne change aucune règle, n'aide aucune entreprise, ne crée aucun emploi ». Arthur Delaporte (SOC) y a vu « une manière resucée de nous vendre la préférence nationale ».

ZFE : le vote que le RN attendait n'a jamais eu lieu

Le texte phare de la journée, la proposition de loi abrogeant les ZFE de Pierre Meurin, est arrivé en séance en fin d'après-midi, en cinquième position. Le RN pouvait espérer une majorité : l'amendement de suppression de l'article unique, défendu par Lisa Belluco (écologiste), a été rejeté par 164 voix contre 49, RN, UDR, Droite républicaine et LFI votant contre, selon LCP. Mathilde Panot a précisé : « Nous avons voté contre un amendement écologiste, ça n'a rien à voir avec le RN. »

Mais la discussion des amendements et sous-amendements, entrecoupée de suspensions de séance et de rappels au règlement, a duré jusqu'à minuit, heure à laquelle la séance s'est arrêtée sans vote sur l'ensemble. Vers 22 h 30, le rapporteur a accusé une partie de l'hémicycle de « ne pas vouloir aller au vote à la loyale ». Peu avant 23 h 30, Matthias Renault (RN) constatait : « Si on vote sur l'ensemble du texte, on gagne. Mais manifestement, on ne votera pas. » Le compte rendu officiel de cette troisième séance était encore « en cours de finalisation » au moment de la publication de cet article.

Comment ça marche : une résolution (article 34-1 de la Constitution) n'est pas une loi : adoptée, elle n'aurait obligé le gouvernement à rien, mais elle ne peut pas être amendée, ce qui garantit un vote dans la journée. À l'inverse, une proposition de loi peut recevoir des dizaines de sous-amendements, chacun ouvrant des prises de parole. Une niche s'arrête à minuit : ce qui n'a pas été voté ne l'est pas, et le texte ne reviendra que s'il est réinscrit à l'ordre du jour. Suivre le texte →

Ce que proposaient les trois textes

🛂
Double frontière Schengen
Frontière extérieure européenne renforcée, plus une frontière nationale où les ressortissants de pays tiers rempliraient une déclaration d'entrée. Rejeté 199-144.
🏭
Priorité nationale dans les marchés publics
Autoriser les acheteurs publics à préférer les offres exécutées en France (emplois, production, innovation), sans obligation. Rejeté 187-151.
🚗
Abrogation des ZFE
Suppression sèche des zones à faibles émissions, sans dispositif de remplacement. Amendement de suppression rejeté 164-49, vote final jamais atteint.
🕛
Bilan de la journée
Quatre résolutions rejetées (eau potable 160-156, commande publique, Schengen, Panthéon 158-133), une loi non votée, deux textes jamais appelés.

Et maintenant

10 septembre 2026
Dépôt des résolutions Schengen (n° 3119) et commande publique (n° 3115) par le groupe RN.
8 octobre 2026
Niche RN : commande publique rejetée 187-151 le matin, Schengen 199-144 l'après-midi, ZFE sans vote à minuit.
29 octobre 2026
Prochaine niche d'opposition, celle de La France insoumise.
31 octobre 2026
Fin de la période en cours de rétablissement des contrôles aux frontières françaises, reconduits tous les six mois depuis novembre 2015.

Pour savoir ce qu'a voté votre député sur Schengen, cherchez son nom dans le widget ci-dessus, ou consultez la page de la résolution sur l'eau potable en outre-mer, premier vote de la journée. Les positions de chaque élu sur l'ensemble des scrutins sont sur sa fiche NosParlementaires.