Pourquoi cette pétition ? Le contexte en 6 points
  • La France connaît un début d'été d'incendies record : 14 500 hectares brûlés au 6 juillet, près de trois fois plus qu'à la même date en 2025, selon le chiffre donné par le Premier ministre en séance à l'Assemblée.
  • Mardi, Bruno Valentin, gérant d'un refuge animalier dans le Cantal, a lancé sur Change.org la pétition « Pas de fusils sur les cendres », adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu.
  • Elle demande l'interdiction de la chasse dans les forêts incendiées cet été, des périmètres de protection autour des zones brûlées et un moratoire de trois ans.
  • En trois jours, elle a dépassé 330 000 signatures — mais une pétition Change.org n'a aucun effet juridique contraignant.
  • Sur la plateforme officielle des pétitions de l'Assemblée nationale, la seule qui puisse déboucher sur un débat parlementaire, la pétition équivalente plafonne à moins de 3 000 signatures.
  • Le président de la Fédération nationale des chasseurs juge la proposition « ridicule » et « idéologique » ; Matignon renvoie aux préfets le soin d'adapter le calendrier de chasse territoire par territoire.

« Pas de fusils sur les cendres. » En trois jours, la pétition lancée mardi par le gérant d'un refuge animalier du Cantal a dépassé les 330 000 signatures : elle demande à Sébastien Lecornu de suspendre la chasse dans les forêts incendiées, après un début d'été où le feu a déjà parcouru près de trois fois plus d'hectares qu'en 2025 à la même date. Mais ce succès se joue presque entièrement hors des institutions : la pétition officielle déposée sur la plateforme de l'Assemblée nationale réunit moins de 3 000 signatures, et sur les 8 434 scrutins publics tenus par les députés depuis octobre 2024, pas un seul intitulé ne mentionne la chasse.

330 000
signatures sur Change.org
< 3 000
sur la plateforme officielle de l'AN
0
scrutin sur la chasse depuis 2024

Ce que demande la pétition — et à qui

Le texte de Bruno Valentin ne s'adresse ni aux députés ni aux sénateurs : il interpelle directement le Premier ministre. Les animaux « qui ont miraculeusement échappé aux flammes », écrit-il, sont épuisés, affamés, privés d'abris et de points d'eau — et l'ouverture de la saison de chasse les exposera de nouveau. Trois demandes structurent la pétition :

🚫
Interdiction cet été
Suspension totale de la chasse dans les forêts incendiées pour l'été 2026.
🦌
Zones refuges
Un périmètre de protection autour des zones brûlées, pour que la faune rescapée puisse s'y réfugier sans être traquée.
Moratoire de 3 ans
Au minimum, le temps que la végétation se régénère et que les cycles de reproduction reprennent.

La riposte n'a pas tardé : le président de la Fédération nationale des chasseurs qualifie la proposition de « ridicule » et « idéologique ». Matignon, de son côté, ne ferme pas la porte mais déplace le sujet : ce sera aux préfets d'adapter le calendrier de chasse, territoire par territoire.

Qui peut vraiment suspendre la chasse ? Pas les députés

Cette réponse de Matignon n'est pas une esquive : elle décrit l'état du droit. Les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse ne sont pas fixées par la loi, mais par arrêté, département par département — et le code de l'environnement permet au préfet de suspendre l'exercice de la chasse en cas de circonstances exceptionnelles. C'est exactement ce qui s'est passé à l'été 2022 : après les mégafeux de Landiras, la préfète de la Gironde avait suspendu la chasse par arrêté, une suspension prolongée jusqu'à fin septembre. Le slogan « pas de fusils sur les cendres » est d'ailleurs né à cette époque, en Gironde et dans les Landes.

Le Parlement, lui, n'a pas la main sur le calendrier — mais il peut poser des questions. Le 7 juillet, avant même le lancement de la pétition, la députée Carole Guillerm (Les Démocrates) demandait à la ministre de la Transition écologique « un cadre permettant d'adapter ou de suspendre temporairement » la chasse pendant les épisodes de canicule, en pointant les ouvertures anticipées autorisées dès le mois de juin pour certaines espèces. Sa question est, à ce jour, restée sans réponse.

« Le stress thermique, la raréfaction des points d'eau, les risques de déshydratation et les perturbations des comportements alimentaires et reproductifs fragilisent de nombreuses espèces. »

Carole Guillerm
Carole Guillerm
DEM
Hauts-de-Seine (12)
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À l'Assemblée : 50 questions écrites, zéro vote

Que font les députés de la chasse quand ils n'en votent jamais ? Ils écrivent. Depuis le début de la 17e législature, 50 questions écrites au gouvernement portent sur la chasse — et leur répartition dessine un rapport de force très net : plus de la moitié (26) émanent du seul Rassemblement national, presque toujours pour défendre les chasseurs, leurs fédérations ou les « traditions rurales » face aux restrictions françaises ou européennes.

Questions écrites sur la chasse par groupe — 17e législature
RN
26 questions
EPR
6 questions
SOC
3 questions
UDR
3 questions
NI
2 questions
LFI
2 questions
ECOS
2 questions
HOR
2 questions
DEM
2 questions
LIOT
1 question
DR
1 question

« Au lieu de défendre les chasseurs français face à ces diktats bruxellois, le Gouvernement aurait même choisi d'aller encore plus loin »

Katiana Levavasseur
Katiana Levavasseur
RN
Eure (2)
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En face, les critiques de la chasse restent rares et dispersées : deux questions du groupe Écologiste et social, deux de La France insoumise. En mai, Sandrine Rousseau s'en prenait à la chasse à courre en forêt de Fontainebleau — l'une des seules charges frontales de la législature contre une pratique cynégétique.

« Cette activité contrevient aux missions de protection et de préservation de la forêt de l'ONF et l'OFB et porte atteinte à la sécurité des usagères et usagers de cet espace domanial. »

Sandrine Rousseau
Sandrine Rousseau
ECOS
Paris (9)
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Côté textes, le bilan est tout aussi maigre : une proposition de loi visant à abolir la chasse à la marmotte et une proposition encadrant l'importation des trophées de chasse ont bien été déposées — aucune n'a été inscrite à l'ordre du jour. Les incendies, eux, mobilisent davantage : 16 questions écrites rien qu'en juillet, sur les Canadair vieillissants, le financement des pompiers ou les agriculteurs sinistrés des Pyrénées-Orientales.

La pétition officielle, une voie étroite

Pour que l'Assemblée se saisisse du sujet, il faudrait que la pétition déposée sur sa plateforme officielle change d'échelle : à 100 000 signatures, elle serait mise en avant sur le site de l'Assemblée ; à 500 000 signatures issues d'au moins 30 départements, la Conférence des présidents pourrait décider d'un débat en séance publique. On en est loin — moins de 3 000 signatures à ce jour, cent fois moins que sur Change.org.

À noter : même le seuil ne garantit rien. Le 16 juillet, la commission des lois a classé sans suite la pétition sur la présomption de légitime défense, pourtant forte de 720 000 signatures — l'Assemblée n'a organisé ni débat ni vote. Seule la pétition contre la loi Duplomb, portée à plus de 2 millions de signatures à l'été 2025, avait obtenu un débat en séance — sans vote.
Été 2022
Après les mégafeux de Landiras, la préfète de la Gironde suspend la chasse par arrêté. Le slogan « pas de fusils sur les cendres » naît dans le Sud-Ouest.
6 juillet 2026
Le Premier ministre annonce en séance 14 500 hectares déjà brûlés, près de trois fois plus qu'en 2025 à la même date.
7 juillet 2026
La députée Carole Guillerm demande au gouvernement un cadre pour suspendre la chasse en période de canicule. Pas de réponse à ce jour.
28 juillet 2026
Bruno Valentin lance « Pas de fusils sur les cendres » sur Change.org, adressée à Sébastien Lecornu.
31 juillet 2026
La pétition dépasse 330 000 signatures. Matignon renvoie aux préfets l'adaptation du calendrier de chasse ; la FNC dénonce une proposition « idéologique ».
Septembre 2026
Ouverture générale de la chasse dans la plupart des départements, fixée par arrêtés préfectoraux — avec ou sans zones exclues.

La suspension de la chasse sur les zones brûlées se décidera donc dans les préfectures, pas au Palais-Bourbon. Mais votre député peut, lui, interpeller le gouvernement — comme 50 de ses collègues l'ont déjà fait sur la chasse. Retrouvez les positions détaillées des parlementaires sur notre observatoire de la chasse, et écrivez au vôtre pour lui demander la sienne.