- Sénateur de la Polynésie française depuis le 1er octobre 2026, élu dès le premier tour le 27 septembre avec 409 voix sur 671 suffrages exprimés, en binôme avec la sortante Lana Tetuanui.
- Né le 4 janvier 1952 à Papeete, il a 74 ans : 18 sénateurs en fonction sur 348 sont plus âgés que lui. Ingénieur de formation, passé par les services de la Ville de Paris.
- Président de la Polynésie française de 2014 à 2023, après avoir présidé trois fois l'assemblée du territoire et avoir été vice-président du gouvernement de Gaston Flosse, son ancien beau-père.
- Déjà parlementaire : député de 1986 à 1988, puis de 2012 à 2014, mandat qu'il quitte pour cause de cumul. Maire de Pirae de 2000 à 2008 et de 2014 à 2026.
- Fondateur en 2016 du Tapura huiraatira, le principal parti autonomiste, opposé aux indépendantistes du Tavini ; adhérent de Renaissance depuis 2022.
- Rattaché au groupe Les Républicains et membre de la commission des finances, où entrent avec lui deux autres anciens chefs d'exécutifs d'outre-mer.
Pour sa première prise de parole dans l'hémicycle, mercredi 14 octobre, Édouard Fritch a choisi le sujet qui a structuré toute sa carrière : le lien entre la Polynésie française et la France. Lors des questions d'actualité au gouvernement, l'ancien président du territoire a interpellé le Premier ministre sur l'avenir institutionnel de la Polynésie, en accusant le leader indépendantiste Oscar Temaru de vouloir « légitimer une déclaration unilatérale d'indépendance » « sans consultation des Polynésiens ». Deux semaines plus tôt, il entrait au Sénat avec 75 voix de moins que sa colistière, élu par des grands électeurs dont une partie avait rayé son nom. Portrait en données d'un homme qui a dirigé la Polynésie neuf ans et qui entre au Sénat à 74 ans.
Une première question sur l'indépendance
Le contexte est celui d'un dossier rouvert à New York. Début octobre, autonomistes et indépendantistes polynésiens ont demandé ensemble, devant le comité de décolonisation de l'ONU, l'envoi d'une mission d'information sur le territoire, inscrit depuis 2013 sur la liste des territoires non autonomes. Oscar Temaru, de son côté, a lancé une pétition pour une « déclaration unilatérale d'indépendance », une démarche rejetée par l'actuel président du territoire, l'indépendantiste Moetai Brotherson, selon TNTV. Édouard Fritch a demandé au gouvernement s'il s'agirait d'« un dialogue sur l'évolution de notre autonomie ou d'un processus dont la finalité serait différente ». « Rassurez-nous, Monsieur le Premier ministre », a-t-il lancé, en disant vouloir « à tout prix éviter le phénomène que nous connaissons dans l'autre pays du Pacifique », la Nouvelle-Calédonie, que nous avions racontée à travers le portrait d'Emmanuel Tjibaou.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, lui a répondu que la Polynésie bénéficie d'une « très large autonomie garantie par la Constitution », que les discussions sur son avenir « doivent l'être directement avec l'État », et que les élus polynésiens seront « conviés, avant la fin de l'année, à Paris ». Sans mission de l'ONU, ont relevé Polynésie la 1re et l'AFP.
« Nous sommes et nous restons des artisans de paix. »
Édouard Fritch, questions d'actualité au gouvernement, Sénat, 14 octobre 2026 (cité par Polynésie la 1re).
Trente ans au sommet de la vie politique polynésienne
Édouard Fritch grandit à Tubuai, dans les Australes, puis à Papeete. Ingénieur formé à Paris, il rentre à Tahiti en 1980 pour les travaux municipaux de Pirae, la commune de Gaston Flosse, dont il a épousé la fille en 1972. Le patriarche de la droite polynésienne devient son mentor : Édouard Fritch est ministre de l'Équipement de son premier gouvernement en 1984, élu à l'assemblée de la Polynésie française en 1986 et sans interruption depuis, député RPR de 1986 à 1988, vice-président du gouvernement de 1996 à 2004. Il succède à Gaston Flosse à la mairie de Pirae en 2000.
La rupture vient en 2014-2015. Élu député en 2012, Édouard Fritch quitte l'Assemblée nationale en avril 2014 ; en septembre, il remplace à la présidence du territoire Gaston Flosse, déchu de ses mandats après une condamnation. Exclu du Tahoeraa de son ancien beau-père en 2015, il fonde le Tapura huiraatira en 2016 et le mène à la victoire aux territoriales de 2018. En 2023, le Tavini indépendantiste l'emporte avec 44,3 % des voix et 38 sièges sur 57, contre 38,5 % et 16 sièges au Tapura : Moetai Brotherson lui succède en mai.
Son parcours compte une condamnation définitive. Dans l'affaire de la citerne d'Erima, la commune de Pirae avait payé l'eau d'un quartier où vivait Gaston Flosse ; Édouard Fritch était poursuivi pour ne pas avoir mis fin à ce système après avoir pris la tête de la mairie. La cour d'appel de Papeete l'a condamné en décembre 2020 pour détournement de fonds publics à une amende d'environ 8 300 euros ; la Cour de cassation a rejeté son pourvoi en janvier 2022. Contrairement à Gaston Flosse, il n'a pas été frappé d'inéligibilité.
Un ticket autonomiste, 75 voix d'écart
En Polynésie, les deux sénateurs sont élus au scrutin majoritaire par 733 grands électeurs, élus municipaux et représentants à l'assemblée du territoire pour l'essentiel. Le Tapura présente en binôme Lana Tetuanui, sénatrice depuis 2015, et Édouard Fritch, désigné par le conseil politique du parti après un appel à candidatures et un premier report. Réélu maire de Pirae en mars 2026, il fait campagne sur sa connaissance des tavana, les maires, et sur les enjeux statutaires, qui appellent selon lui une « candidature d'expérience ». En face, Teva Rohfritsch, sénateur sortant élu en 2020 sur le ticket du Tapura, ancien vice-président de son gouvernement, qui a quitté le parti en 2022.
733 grands électeurs inscrits, 716 votants (97,7 %, le vote est obligatoire), 10 bulletins blancs et 35 nuls. Majorité absolue : 336 voix. Pourcentages calculés sur les suffrages exprimés ; leur total dépasse 100 % car chaque bulletin peut porter deux noms. Sources : Sénat (voix), Radio1 et Outremers360 (votants, blancs, nuls).
Le binôme l'emporte dès le premier tour. Lana Tetuanui recueille 484 voix, Édouard Fritch 409 : 75 grands électeurs ont voté pour sa colistière sans voter pour lui. Teva Rohfritsch, quatrième avec 107 voix, perd son siège. Faute de candidat indépendantiste, une partie des 35 bulletins nuls portait la mention « Maohi Nui ». Le soir du scrutin, Édouard Fritch a lu l'écart comme un message personnel, et le président de la République l'a appelé pour le féliciter, ont rapporté Radio1 et Outremers360.
« Les gens en ont marre de ma tête. »
Édouard Fritch, au soir de son élection, à Radio1, 27 septembre 2026.
Discipline et présence : un groupe choisi après l'élection
Au lendemain du scrutin, il ne savait pas où il siégerait. « On ne sait pas trop encore », disait-il à Polynésie la 1re ; à TNTV, il annonçait le même groupe que Lana Tetuanui, « vraisemblablement » les centristes. Le Sénat le classe finalement rattaché au groupe Les Républicains, tandis que sa colistière reste rattachée à l'Union centriste. Les deux groupes forment la majorité sénatoriale : depuis octobre 2023, Lana Tetuanui a voté comme la majorité des centristes dans 97,8 % des scrutins publics et comme celle de LR dans 93,4 %. Teva Rohfritsch, qu'il remplace, siégeait au groupe macroniste RDPI, aligné à 97 % sur ce dernier et à 67,6 % sur LR.
Le groupe qu'il rejoint vote d'un bloc. Ses 98 membres ayant déjà siégé ont suivi la position majoritaire du groupe dans 98,5 % des cas en moyenne ; les 11 rattachés dans la même situation aussi, aucun ne descendant sous 96,3 %. Son seul vote public à ce jour le confirme : le 13 octobre, sur un amendement écologiste à la proposition de loi sur les stocks de sécurité des médicaments, rejeté par 198 voix contre 111, son nom figure parmi les 122 sénateurs LR comptés contre, selon la feuille de scrutin officielle. Ce scrutin n'est pas encore intégré à notre base, qui lui compte zéro vote.
Côté présence, son agenda officiel enregistre quatre jours et huit heures depuis son élection : la séance d'ouverture du 1er octobre, l'audition du Haut Conseil des finances publiques sur le budget 2027 en commission des finances le 7, deux séances publiques le 13 et, le 14, une réunion de commission puis les questions au gouvernement. Il siège dans une commission de 49 membres où entrent cinq nouveaux sénateurs, dont deux autres anciens présidents d'exécutifs ultramarins, Daniel Gibbs (Saint-Martin) et Rodolphe Alexandre (Guyane), dont nous avons publié le portrait. Le Sénat ne publie pas de données de sanctions individuelles dans notre base.
À Pirae, le conseil municipal doit élire le 19 octobre son successeur, son premier adjoint Yvonnick Raffin : la loi interdit de cumuler un mandat de sénateur avec une fonction de maire. Il a présenté ce départ comme un choix.
« Si je voulais terminer en beauté, je resterais maire, c'est plus facile. »
Édouard Fritch, au soir de son élection, à Radio1, 27 septembre 2026.
Ses chantiers
Parcours express
Ses votes, amendements et questions apparaîtront sur la fiche d'Édouard Fritch à mesure que le Sénat les publiera. Retrouvez les résultats des sénatoriales en Polynésie française, sa fiche de candidat, la fiche de sa colistière Lana Tetuanui, la composition du nouveau Sénat, la liste des 348 sénateurs par département, et comparez les sénateurs entre eux dans nos classements.