- Depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, la reconnaissance d'un État palestinien est devenue l'un des points les plus clivants de la politique étrangère française.
- La position officielle de Paris était, jusqu'ici, qu'une reconnaissance devait s'inscrire dans le cadre d'un règlement négocié — et non intervenir unilatéralement.
- Le 24 juillet 2026, Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaîtra l'État de Palestine en septembre, lors de l'Assemblée générale des Nations unies. La France est la première grande puissance du G7 à s'engager sur cette voie.
- Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a aussitôt dénoncé une décision qui « récompense le terrorisme ».
- Cette annonce vient trancher un débat qui, à l'Assemblée nationale, dure depuis près de deux ans. Nous avons compté, dans notre base de données, les traces parlementaires de ce débat.
En annonçant, le 24 juillet, que la France reconnaîtra l'État de Palestine en septembre à l'ONU, Emmanuel Macron a répondu à une question que les députés lui posaient depuis le début de la législature. Selon la base de données de NosParlementaires, les parlementaires ont interpellé le gouvernement 191 fois sur la Palestine ou Gaza depuis octobre 2024, à travers des questions écrites et orales — et pris la parole plus de 600 fois dans l'hémicycle sur le sujet. Une pression très majoritairement portée par la gauche.
Une pression parlementaire à 74 % à gauche
Le décompte est sans ambiguïté. Sur les 191 questions déposées sur la Palestine ou Gaza, 142 — soit 74 % — émanent des quatre groupes de gauche : La France insoumise (95 à elle seule), les Écologistes (23), les Socialistes (18) et la Gauche démocrate et républicaine (6). À l'inverse, les deux groupes du bloc central, Ensemble pour la République et les Démocrates, en totalisent quinze à eux deux. Autrement dit : le camp présidentiel, dont le chef vient d'acter la reconnaissance, avait très peu porté le sujet dans l'hémicycle.
À elle seule, La France insoumise concentre la moitié des questions. Le groupe a fait de la cause palestinienne l'un de ses marqueurs, quitte à provoquer des scènes tendues dans l'hémicycle. Le 25 juin 2025, sa présidente Mathilde Panot reprochait au gouvernement son silence sur la reconnaissance.
« Et rien sur Netanyahou ? Pas un mot ! Rien sur la reconnaissance de l'État de Palestine ? »
Quand le centre aussi réclamait la reconnaissance
La demande n'est toutefois pas restée cantonnée à la gauche radicale. Dès le 20 mai 2025, le député Démocrate Nicolas Turquois — allié du gouvernement — pressait l'exécutif d'« accélérer le processus », sous les applaudissements des bancs Démocrates, socialistes et écologistes. Le signe que, bien avant l'annonce présidentielle, la reconnaissance faisait consensus au-delà de l'opposition.
« Entendez-vous accélérer le processus de reconnaissance de la Palestine ? Quelle stratégie diplomatique la France mènera-t-elle avec ses partenaires ? »
À droite, le camp inverse
Le décompte brut cache une réalité que la seule addition ne dit pas : toutes les interpellations ne vont pas dans le même sens. Les 26 questions du Rassemblement national, deuxième contributeur du classement, épousent le plus souvent une lecture pro-israélienne — plusieurs dénoncent le « maintien par l'Autorité palestinienne des paiements aux terroristes ». Dans l'hémicycle, le député RN Julien Odoul renvoyait la gauche à ses priorités.
« Vous n'avez pas de mots assez durs pour défendre les enfants de Gaza ; on aimerait que vous défendiez un peu les enfants de France ! »
Une reconnaissance sans passage par le Parlement
Car c'est là toute la particularité de cette décision : la reconnaissance d'un État relève du domaine réservé du président de la République. Contrairement à 2014 — où l'Assemblée avait voté une résolution (non contraignante) invitant le gouvernement à reconnaître la Palestine — le geste de 2026 est un acte de l'exécutif. Les députés qui l'ont réclamé pendant deux ans par voie de questions n'auront pas, cette fois, à se prononcer par un vote.
Envie de savoir ce que votre député a dit — ou n'a pas dit — sur la Palestine ? Chaque prise de parole et chaque question est consultable sur sa fiche : Mathilde Panot, Nicolas Turquois, Julien Odoul, et les 577 autres sur NosParlementaires.