- L'été 2026 est marqué par des canicules à répétition, après un printemps historiquement chaud : la moitié des nappes phréatiques sont sous les normales de saison.
- Début août, 95 départements métropolitains sur 96 sont couverts par un arrêté sécheresse (source VigiEau) ; fin juillet, 62 comptaient au moins une zone au niveau maximal de « crise ».
- Ces restrictions ne sont pas votées : c'est le préfet qui les décide par arrêté, dans un cadre fixé par le code de l'environnement — un cadre que seul le Parlement peut changer.
- Quatre niveaux existent : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise. En crise, tout usage non prioritaire de l'eau est interdit. Passer outre coûte jusqu'à 1 500 € d'amende (3 000 € en récidive).
- Cette législature, l'Assemblée n'a consacré qu'une seule journée de séance à l'eau potable : le 12 février 2026. Elle s'est conclue par le retrait du texte par son propre auteur.
Arroser le jardin, laver la voiture, remplir la piscine : dans la quasi-totalité du pays, ces gestes d'été sont désormais restreints ou interdits. Au 1er août, 95 départements métropolitains sur 96 vivent sous arrêté sécheresse — seule la Haute-Corse y échappe — et 62 départements comptaient fin juillet au moins une zone en « crise », le niveau où seuls les usages prioritaires de l'eau restent autorisés. Ces interdictions, aucun élu que vous avez désigné ne les a votées : elles relèvent du préfet. Et quand l'Assemblée nationale s'est saisie de l'eau potable, le 12 février dernier, la journée s'est terminée par un retrait du texte — la législature n'a toujours produit aucune loi sur le sujet.
Qui décide ? Le préfet, dans un cadre voté par le Parlement
Ni votre maire, ni votre député ne peuvent vous interdire d'arroser. La décision appartient au préfet de département, qui déclenche les restrictions par arrêté, zone par zone, sur la base d'un arrêté-cadre départemental et d'un guide national actualisé en 2023. Le gouvernement l'a confirmé en réponse à une question écrite du député Jérôme Guedj sur la préparation de la France aux sécheresses à répétition : le dispositif définit « les restrictions minimales en fonction du niveau de gravité et par usages », de l'irrigation agricole au refroidissement des centrales nucléaires, jusqu'aux particuliers.
Le rôle du Parlement est en amont : c'est lui qui a écrit le cadre, dans le code de l'environnement, et lui seul peut le durcir, l'assouplir ou le compléter. C'est précisément ce qu'a tenté un texte cette législature — la proposition de loi « pour protéger l'eau potable » du député écologiste Jean-Claude Raux. Elle est morte en une journée.
12 février 2026 : la seule journée de l'Assemblée sur l'eau potable
Déposée le 23 décembre 2025, la proposition de loi Raux visait les aires d'alimentation des captages, ces zones où se recharge l'eau que nous buvons : programmes d'actions obligatoires, interdiction progressive des pesticides et engrais de synthèse, contrôles renforcés des métabolites. Inscrite dans la niche parlementaire des Écologistes le 12 février, elle a déclenché une bataille d'obstruction : 25 scrutins publics sur le seul article 1er, sans jamais atteindre le vote du texte entier.
Dès l'ouverture, la droite et le Rassemblement National ont tenté de supprimer purement et simplement cet article 1er. L'amendement de suppression, défendu par Nicolas Tryzna (Droite Républicaine) — dont nous dressions le portrait cette semaine —, a été rejeté de justesse : 106 voix pour, 131 contre. Le RN a voté pour la suppression à l'unanimité de ses 69 votants, rejoint par la Droite Républicaine, l'UDR et une partie du centre ; toute la gauche a voté contre, avec la majorité des députés EPR présents.
« Nous sommes rendus au stade auquel il faudra encore écouter des contrevérités, subir l'obstruction, entendre de mauvaises excuses ou des pourcentages fantaisistes, véhiculés pendant des heures, comme si nous avions le loisir d'attendre encore et de reporter nos débats. »
Un texte vidé, puis retiré par son propre auteur
La suppression totale ayant échoué, la journée s'est jouée amendement par amendement. Sur les 25 scrutins de la séance, un seul amendement a été adopté — encore un amendement de Nicolas Tryzna, voté par 160 voix contre 59 : il supprimait les alinéas organisant la planification de la gestion de l'eau, au motif que les schémas existants (SDAGE, SAGE) constituaient « déjà un cadre particulièrement dense ». Le cœur du dispositif amputé, Jean-Claude Raux a retiré sa proposition de loi le jour même, plutôt que de laisser adopter un texte dénaturé. Résultat : depuis le début de la 17e législature, aucune loi sur l'eau potable n'a été votée par l'Assemblée.
Le clivage est net et assumé. À droite, on dénonce des contraintes de plus sur les agriculteurs et les collectivités, et l'on réclame plutôt des infrastructures de stockage :
« Je suis élu de l'Aude, deuxième département le plus pauvre et le plus sec de France, avec à peine 500 millimètres de précipitations par an. Les écologistes y empêchent la réalisation de nombreuses infrastructures, telles que des retenues collinaires. »
Ce que la loi aurait changé
Derrière le débat de principe, il y a une facture. Le centriste Jean-Michel Brard, favorable au renforcement de la prévention, a rappelé en séance ce que coûte l'eau polluée une fois qu'il faut la traiter :
« On estime entre 750 millions et 1,3 milliard d'euros par an le coût du traitement de l'eau contaminée par les pesticides, les PFAS et les engrais azotés. Ces investissements iront certainement croissant et pèseront bientôt sur les épaules des élus ruraux. »
Et maintenant ?
La sécheresse de 2026 — la quatrième canicule de l'été est en cours — remet la question de l'eau au premier plan, comme la pétition sur la chasse l'a fait pour les forêts brûlées. Les outils du Parlement existent : réécrire le cadre du code de l'environnement, financer la protection des captages, arbitrer entre usages agricoles, industriels et domestiques. Encore faut-il qu'un texte aille au bout de la navette. À ce jour, aucun n'y est parvenu sur l'eau potable.
Pour savoir ce que votre député a voté le 12 février — et ce qu'il fait sur l'eau, l'agriculture ou l'environnement —, consultez sa fiche sur NosParlementaires, ou interpellez-le directement : le bouton « Contacter » fonctionne aussi en plein mois d'août.