L'essentiel en 5 points
  • « Combien gagne un député ? » est l'une des recherches politiques les plus fréquentes en France — et l'une des plus mal comprises.
  • Le revenu personnel d'un député, c'est son indemnité parlementaire : 7 637 € brut par mois, soit 5 953 € net.
  • À côté, il dispose de deux enveloppes qui ne lui appartiennent pas : la dotation de fonctionnement (7 238 €) pour payer les frais de son mandat, et le crédit collaborateurs (11 463 €) pour rémunérer son équipe.
  • Additionner ces sommes pour affirmer qu'un député « touche 25 000 € par mois » est faux : ces deux enveloppes sont contrôlées et ne finissent pas dans sa poche.
  • Tous les chiffres de cet article proviennent de la fiche officielle de l'Assemblée nationale, à jour au 8 janvier 2026.

Un député de l'Assemblée nationale perçoit un revenu net d'environ 5 953 € par mois. C'est son véritable salaire — celui qui figure sur sa feuille de paie et qu'il déclare aux impôts. Tout le reste de ce qu'on lit souvent (« 15 000 € », « 25 000 € ») mélange ce revenu avec des enveloppes de fonctionnement qui ne sont pas de l'argent personnel. Voici la fiche de paie d'un député, ligne par ligne, en distinguant clairement ce qui est un revenu de ce qui n'en est pas.

5 953 €
Net mensuel — le vrai salaire
7 637 €
Indemnité brute mensuelle
0 €
Ce qu'il empoche sur les frais de mandat et le crédit collaborateurs

1. L'indemnité parlementaire : le seul vrai revenu

L'indemnité parlementaire est la rémunération du mandat. Depuis le 1er janvier 2024, son montant brut s'élève à 7 637,39 € par mois. Après cotisation à la Caisse de pensions des députés et prélèvement des contributions sociales, il reste un net de 5 953,34 €. C'est cette somme, et elle seule, qui constitue le revenu personnel d'un député.

Cette indemnité n'est pas un chiffre arbitraire : elle est calée sur la grille de la haute fonction publique. Elle se compose de trois parts :

1
Indemnité de base
La part principale, alignée sur la moyenne des traitements les plus élevés de la fonction publique de l'État.
2
Indemnité de résidence
Égale à 3 % de l'indemnité de base — un héritage du calcul des traitements publics.
3
Indemnité de fonction
Égale au quart de la somme des deux précédentes (base + résidence).
=
7 637,39 € brut
Total mensuel avant cotisations, soit 5 953,34 € net une fois les prélèvements déduits.

À titre de comparaison, ce net se situe au-dessus du salaire médian français mais reste dans la fourchette des cadres supérieurs et de la haute fonction publique — loin des montants fantasmés qui circulent lorsqu'on additionne, à tort, les enveloppes de fonctionnement.

La confusion à éviter : tout ce qui suit — dotation de fonctionnement et crédit collaborateurs — n'est pas un revenu. Ce sont des moyens mis à disposition pour exercer le mandat, encadrés et contrôlés. Les additionner au salaire pour dire qu'« un député gagne 25 000 € par mois » est une erreur factuelle : cet argent ne lui appartient pas.

2. La dotation de fonctionnement (DFP) : des moyens, pas un salaire

Depuis le 1er janvier 2026, le député dispose d'une dotation de fonctionnement parlementaire (DFP) de 7 238,04 € par mois (montant en métropole). Cette dotation résulte de la fusion de deux dispositifs antérieurs : l'avance de frais de mandat (AFM, elle-même héritière de l'ancienne « indemnité représentative de frais de mandat ») et la dotation matérielle.

À quoi sert-elle ? À couvrir les dépenses réelles qu'entraîne l'exercice du mandat, que le député ne doit pas financer sur son salaire : loyer et charges de sa permanence en circonscription, frais de déplacement, communication avec les électeurs, matériel, réceptions liées à la fonction… Ces dépenses sont soumises au contrôle du déontologue de l'Assemblée, et la fraction non dépensée n'est pas conservée par le député : elle n'a pas vocation à devenir un complément de revenu.

À retenir : la DFP est un défraiement, pas une rémunération. C'est la différence exacte entre une note de frais professionnelle remboursée et un salaire. Aucun euro de cette enveloppe n'est un gain personnel pour le député.

3. Le crédit collaborateurs : versé aux salariés, pas au député

Chaque député dispose d'un crédit collaborateurs de 11 463 € par mois. C'est de loin l'enveloppe la plus importante — et c'est aussi celle qui prête le plus à confusion. Cet argent sert à rémunérer l'équipe du député : jusqu'à environ cinq collaborateurs parlementaires, à l'Assemblée comme en circonscription (assistants, chargés d'études, attachés de terrain).

Point essentiel : cette somme est versée directement aux salariés, sous forme de salaires et de charges. Elle ne transite pas par le compte personnel du député et ne constitue en aucun cas son revenu. C'est l'équivalent de la masse salariale d'une petite structure : compter ces 11 463 € comme un gain du parlementaire reviendrait à additionner le salaire d'un patron avec ceux de tous ses employés.

Les autres avantages liés au mandat

Au-delà de ces trois postes principaux, le statut de député ouvre droit à quelques facilités, qui ne sont pas non plus des compléments de salaire :

🚆
Facilités de transport
Prise en charge des déplacements liés au mandat (train, notamment entre Paris et la circonscription).
🏛️
Retraite parlementaire
Régime spécifique par cotisation : le député cotise sur son indemnité et acquiert des droits à pension proportionnels à sa durée de mandat.
📉
Indemnité de fin de mandat
Aide dégressive et plafonnée versée à un ex-député le temps qu'il retrouve une activité, sous conditions de ressources.
⚖️
Encadrement et contrôle
L'ensemble de ces moyens est soumis au contrôle du déontologue de l'Assemblée et à des règles de non-cumul.

Et l'impôt ? Ce qui est imposable, ce qui ne l'est pas

La logique fiscale confirme la distinction. L'indemnité parlementaire est imposable : elle est soumise à l'impôt sur le revenu, comme n'importe quel salaire, et le député la déclare à ce titre. À l'inverse, la dotation de fonctionnement n'est pas imposable, précisément parce qu'il s'agit d'un défraiement destiné à couvrir des dépenses professionnelles, et non d'un revenu. Le traitement fiscal est donc le meilleur juge de paix : l'État lui-même ne considère comme revenu que l'indemnité.

De l'AFM à la DFP : une réforme pour plus de transparence

Jusqu'en 2017
Les frais de mandat sont couverts par l'IRFM (indemnité représentative de frais de mandat), versée de façon forfaitaire et peu contrôlée.
2018
L'IRFM est remplacée par l'avance de frais de mandat (AFM), avec obligation de justifier les dépenses et contrôle du déontologue.
1er janvier 2026
L'AFM et la dotation matérielle fusionnent dans une dotation de fonctionnement parlementaire (DFP) unique de 7 238,04 € mensuels, toujours soumise à justificatifs et contrôle.

Ainsi, la trajectoire des vingt dernières années va dans un seul sens : distinguer toujours plus nettement le revenu personnel du député des moyens de son mandat, et soumettre ces derniers à des justificatifs. C'est cette distinction qu'il faut garder en tête pour lire correctement « combien gagne un député ».

Vous voulez savoir qui est votre député, comment il vote et quelle est son activité à l'Assemblée ? Retrouvez sa fiche complète — votes, amendements, questions, présence — sur la liste des députés de NosParlementaires.