Pourquoi ce texte ? Le contexte en 6 points
  • Un étranger titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle (quatre ans maximum) ou d'une carte de résident (dix ans) doit en demander le renouvellement à l'expiration du titre. La demande n'est pas automatique et le silence de l'administration ne vaut pas acceptation.
  • Les délais d'instruction en préfecture allongent régulièrement cette procédure au-delà de la date de validité du titre, laissant des personnes en situation régulière sans document valide — donc sans droits sociaux ni droit au travail pendant plusieurs mois.
  • La proposition de loi de la députée socialiste Fatiha Keloua Hachi (Seine-Saint-Denis) renverse la logique : le renouvellement devient automatique, sauf si l'administration démontre un motif juridique de s'y opposer.
  • Le texte a été inscrit dans la « niche parlementaire » du groupe Socialistes — la journée annuelle où chaque groupe maîtrise l'ordre du jour de l'Assemblée. Ces séances se tiennent souvent devant un hémicycle clairsemé.
  • Le 11 décembre 2025, l'Assemblée l'a adopté en première lecture par 98 voix contre 37.
  • Depuis, le texte est au Sénat, enregistré sous le dossier ppl25-218, toujours « en cours de discussion » : il n'a jamais été inscrit à l'ordre du jour.

Pendant que l'immigration occupe les plateaux et les meetings, l'Assemblée nationale a voté, le 11 décembre 2025, le seul texte de cette législature qui élargit les droits administratifs des étrangers en situation régulière : le renouvellement automatique des titres de séjour de longue durée. Il a été adopté par 98 voix contre 37. Cent trente-sept députés sur 577 ont pris part au vote, soit moins d'un quart de l'Assemblée. Deux cent soixante et un jours plus tard, la proposition de loi n'a toujours pas été examinée par le Sénat.

98
Pour
37
Contre
261
Jours d'attente au Sénat

Une majorité de circonstance, dans un hémicycle presque vide

Le résultat n'est pas le produit d'un rapport de force inédit, mais d'une géométrie de présence. Les 98 voix pour proviennent intégralement des quatre groupes de gauche : 50 socialistes, 29 députés LFI-NFP, 14 écologistes et 5 élus du groupe GDR. Aucune voix favorable n'est venue d'un autre banc.

En face, les 37 opposants se répartissent entre six groupes : 20 députés du Rassemblement national, 9 du groupe EPR, 3 du groupe UDR, 2 Démocrates, 2 élus de la Droite républicaine et 1 du groupe Horizons. Deux Démocrates se sont abstenus. Autrement dit, les groupes du bloc central et de la droite, qui rassemblent la majorité relative de l'Assemblée, n'ont mobilisé qu'une quarantaine de leurs élus ce jour-là.

Qui a voté quoi — les 137 votants du 11 décembre 2025
Pour
Contre
Abstention
SOC
50 pour
LFI-NFP
29 pour
RN
20 contre
ECOS
14 pour
EPR
9 contre
GDR
5 pour
DEM
2 contre · 2 abs
UDDPLR
3 contre
DR
2 contre
HOR
1 contre
Groupes classés par nombre total de votants. Les quatre groupes de gauche fournissent la totalité des 98 voix pour ; les six autres groupes réunissent 37 voix contre et 2 abstentions.

Ce déséquilibre de présence n'a rien d'anecdotique : c'est le mécanisme même des niches parlementaires. Le groupe qui maîtrise l'ordre du jour mobilise ses troupes, les autres se déplacent moins. La gauche, qui totalise environ 190 députés, en a aligné 98 ; les groupes du centre et de la droite, qui en comptent davantage, en ont aligné 37.

« Chaque semaine, dans ma permanence à Stains, je reçois des dizaines de personnes étrangères en situation régulière dont la vie bascule parce que le simple renouvellement d'un titre de séjour devient un véritable parcours d'obstacles. »

Soumya Bourouaha
Soumya Bourouaha
GDR
Seine-Saint-Denis (4)
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Huit amendements du RN et de la droite, huit rejets

La séance n'a pas été expédiée. Huit amendements ont été mis aux voix avant le vote sur l'ensemble, tous portés par des députés du Rassemblement national ou de la Droite républicaine, et tous rejetés. Le premier visait purement et simplement la suppression de l'article 1er ; les suivants tentaient de conditionner le renouvellement à des ressources issues du travail, à un logement payé, à un casier judiciaire vierge, ou d'en exclure les personnes entrées irrégulièrement sur le territoire.

Aucun n'a dépassé 30 voix. Face à eux, le bloc opposé a réuni entre 102 et 115 députés à chaque scrutin — une constance qui montre que la gauche a tenu l'hémicycle toute la soirée.

Huit amendements, huit rejets
Pour l'amendement
Contre
30/102
Suppression de l'article 1erPauget (DR) et identiques
18/110
Conditionner le renouvellement aux ressources, au logement et au casier — Jacobelli (RN)
21/109
Sous-amendement au précédent — Tonussi (RN)
25/103
Suppression de l'article 2 — Gery (RN)
21/112
Non-renouvellement en cas d'entrée irrégulière — Jacobelli (RN)
22/110
Nouveau motif de refus — Jacobelli (RN)
23/110
Sous-amendement au précédent — Tonussi (RN)
23/115
Dernier amendement après l'article 2 — Jacobelli (RN)
Les huit amendements mis aux voix ce soir-là visaient à supprimer ou à durcir le texte. Aucun n'a réuni plus de 30 voix, face à un bloc de 102 à 115 députés.

« Nous avons déjà un demi-million de migrants légaux par an, 1 million de migrants illégaux et des OQTF jamais exécutées. Ajoutez-y le renouvellement automatique des titres de séjour de longue durée : les portes et les fenêtres sont grand ouvertes. »

Laurent Jacobelli
Laurent Jacobelli
RN
Moselle (8)
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Le bloc central reconnaît le problème, mais vote contre

La position la plus révélatrice est venue du groupe EPR. Sa porte-parole a décrit longuement les effets de la procédure actuelle — « une insécurité juridique lourde, injuste, éprouvante » — avant d'annoncer un vote contre, au motif que l'automaticité et l'inversion de la charge de la preuve ne constituent pas, selon elle, la bonne réponse. Elle a également mis en avant la charge de travail des préfectures et rappelé que près de 2 500 renouvellements avaient été refusés depuis le début de 2025 pour des motifs d'ordre public.

« Néanmoins, l'automaticité du renouvellement et l'inversion de la charge de la preuve dans une telle situation ne sont pas, selon nous, la bonne voie. Elles constitueraient même, à bien des égards, une réponse inadaptée à un problème réel. C'est la raison pour laquelle notre groupe votera contre ce texte. »

Caroline Yadan
Caroline Yadan
EPR
Français établis hors de France (8)
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Ce que le texte adopté prévoit

📄
Renouvellement automatique
Les cartes de séjour pluriannuelles et les cartes de résident mentionnées à l'article L. 433-1 du Ceseda sont renouvelées automatiquement par l'administration.
⚖️
Charge de la preuve inversée
Il revient à l'administration de démontrer un motif juridique de refus. Dans le texte initial, la présomption joue en faveur du demandeur.
✉️
Information préalable
Un article 2, ajouté en commission, oblige l'administration à informer l'étranger lorsqu'un refus de renouvellement est envisagé.
👥
Qui est concerné
Les seuls titulaires de titres de longue durée déjà en situation régulière. Le texte ne crée aucun nouveau titre de séjour et ne modifie pas les conditions de première délivrance.
À noter : une adoption en première lecture à l'Assemblée ne fait pas une loi. Tant que le Sénat n'a pas examiné le texte et que les deux chambres ne se sont pas accordées sur une version identique, rien ne change pour les personnes concernées. La proposition de loi est transmise au Sénat depuis décembre 2025 ; elle n'y a pas été inscrite à l'ordre du jour.

Deux textes, deux trajectoires

Le contraste est net avec l'autre texte touchant au séjour des étrangers examiné sur la même période. La loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité publiques a suivi tout son parcours et a été promulguée le 18 août 2026 sous le numéro 2026-798. Un texte porté par le gouvernement va au bout ; une proposition issue d'une niche d'opposition s'arrête à la première chambre.

C'est la règle ordinaire du travail parlementaire davantage qu'une anomalie : la maîtrise de l'ordre du jour appartient pour l'essentiel au gouvernement et aux majorités de chaque assemblée. Un vote de niche crée un signal politique, rarement une norme.

Septembre 2025
Fatiha Keloua Hachi (SOC, Seine-Saint-Denis) dépose la proposition de loi n° 1799, composée d'un article unique.
Décembre 2025
La commission des lois adopte le texte et y ajoute un article 2 sur l'information préalable en cas de refus envisagé.
11 décembre 2025
Dans la niche du groupe Socialistes, l'Assemblée rejette huit amendements puis adopte l'ensemble par 98 voix contre 37.
12 décembre 2025
Le texte est transmis au Sénat et enregistré sous le dossier ppl25-218.
18 août 2026
La loi « ordre public » n° 2026-798, portée par le gouvernement, est promulguée. La proposition sur les titres de séjour, elle, attend toujours.
29 août 2026
261 jours après son adoption par les députés, le texte n'a toujours pas été inscrit à l'ordre du jour du Sénat.

Vérifier par vous-même

Le détail du scrutin est consultable dans le widget ci-dessus, député par député. Vous pouvez aussi consulter la fiche complète de la proposition de loi, le travail de Fatiha Keloua Hachi sur ce texte, ou les fiches de Laurent Jacobelli, Caroline Yadan et Soumya Bourouaha pour retrouver leurs votes, amendements et interventions. Pour aller plus loin sur le sujet, la recherche « titres de séjour » recense les interventions et questions parlementaires sur ce thème.