Soutien à la filière de la laine
P Patricia DemasLes Républicains Sénatrice — Alpes-MaritimesLa question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 14/04/2021Mme Patricia Demas. Monsieur le ministre, ma question porte sur les conséquences de l'arrêt des exportations de laine française à la suite de la crise sanitaire, ainsi que sur les perspectives de renaissance de la filière de production et de valorisation de la laine sur notre territoire.
La France possède un cheptel de près de 5 millions de brebis, qui produisent un peu plus de 6 000 tonnes de laine par an. Depuis des décennies, la filière de production de la laine tricolore a chuté. On élève surtout les ovins pour la viande ou le lait.
La vente des tontes suffit à peine à en payer l'acte actuellement. C'est pourtant malheureusement un passage obligatoire pour le confort de l'animal et pour lutter contre la myiase.
Notre production de laine s'exporte à hauteur de 80 %, principalement vers l'Asie. Or, depuis la crise de la covid-19, la Chine a coupé court à ses importations et les stocks s'accumulent de manière alarmante dans les hangars de nos éleveurs.
Cette chute des ventes est catastrophique, certes, sur le plan commercial, mais, le plus grave, ce sont les volumes que les coopératives ne collectent plus, et pour cause. On ne peut écarter des conséquences sur le plan sanitaire, sachant que la laine est imputrescible et qu'elle brûle très mal.
Que faire de ces stocks invendus qui s'accumulent dans les bergeries, tels des encombrants dont la qualité périclite dans un laps de temps assez court ? S'ils demeurent en l'état, il faudra trouver une solution pour s'en débarrasser. Sans accompagnement, et en l'absence de règles et de contrôles, les éleveurs seront contraints de faire le travail de destruction eux-mêmes, avec toutes les conséquences économiques et sanitaires que cela suppose.
Cette situation prête à réflexion, monsieur le ministre : ne pensez-vous pas qu'il serait opportun de profiter de cette crise pour redonner un élan à la filière de la laine française, qui pourrait retrouver ses lettres de noblesse dans une logique vertueuse de développement durable et économique ?
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Madame la sénatrice Demas, je pense que la réponse est dans votre question. On est dans une situation compliquée, pour des raisons conjoncturelles et non pas structurelles. C'est le cas dans d'autres secteurs d'exportation de ce que l'on appelle les coproduits animaux, dont la laine fait partie, ou d'autres types de productions animales.
Évidemment, on suit cette situation de près, notamment par l'intermédiaire de FranceAgriMer, qui a développé un process de suivi de ces coproduits animaux dans une structure dédiée.
Tout d'abord, je pense qu'il faut non pas repenser la filière – le terme est présomptueux –, mais l'accompagner en tirant les leçons de la crise. À cet égard, je tiens à dire que le plan de filière a déjà beaucoup travaillé sur cette question de la valorisation de la laine.
Pour ma part, j'ai décidé, dans le cadre de France Relance, de mettre des financements importants, à hauteur de 50 millions d'euros, pour la structuration des filières. En l'occurrence, la filière laine pourrait s'en saisir pour faire ce travail et valoriser ses produits.
Ensuite, il y a la question des débouchés. Tout l'appareil d'État est mobilisé, notamment à l'international, pour aider les acteurs économiques dans cette démarche. C'est d'ailleurs un métier que j'ai eu l'occasion d'exercer voilà quelques années en Égypte. On sait à quel point c'est important, y compris dans le domaine agricole, de pouvoir bénéficier du soutien diplomatique de l'appareil d'État, que ce soit de Business France ou des conseillers agricoles.
Enfin, au-delà de la filière et de ses débouchés, je crois beaucoup aux initiatives locales, telles que celles que vous avez mentionnées. C'est exactement la même approche que pour la valorisation des circuits courts dans le cadre des projets alimentaires territoriaux. Ces valorisations locales sont, à mes yeux, extrêmement importantes. Vous avez cité plusieurs initiatives, et il faut les soutenir. En résumé, filières, débouchés et initiatives locales : il me semble que c'est la bonne ligne de conduite, dans une situation incroyablement difficile en ce moment.
M. le président. La parole est à Mme Patricia Demas, pour la réplique.
Mme Patricia Demas. Je vous remercie, monsieur le ministre, d'avoir répondu de manière encourageante pour cette filière, qui a besoin de se restructurer, de redynamiser ses outils de production pour pouvoir valoriser la laine, et non pas seulement la traiter en tant que déchet. Aujourd'hui, c'est un peu ce qui se passe avec les exportations vers l'Asie. Il y a très peu de filières de production structurées.
L'autre objet de ma question reste néanmoins sans réponse. D'énormes stocks de laine ne sont pas traités aujourd'hui en France, ce qui représente un véritable problème sanitaire.
Source : senat.fr ↗
Autres questions de Patricia Demas
Conséquences de la baisse des remboursements de soins dentaires pour les Français et pour l'équilibre financier de la sécurité sociale
Obstacles persistants rencontrés par les travailleurs indépendants en situation de handicap ou de maladie chronique pour souscrire une assurance prévoyance
Nécessité de renforcer le cadre législatif et réglementaire pour lutter contre la pollution lumineuse et préserver la qualité du ciel nocturne en France
Retard dans la mise en oeuvre de l'expérimentation de l'accès direct aux infirmières prévue par la loi du 27 juin 2025