Conséquences de l'éventuelle perte de reconnaissance de haut-niveau des spécialités de pelote basque
Max BrissonLes Républicains
Sénateur — Pyrénées-Atlantiques
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 21/07/2021M. Max Brisson. Madame la ministre déléguée, la Fédération française de pelote basque fut créée à Bayonne en 1921 par Jean Ybarnégaray pour développer et réglementer la pelote basque en France.
La discipline a obtenu le label « haut niveau » en 1983. Actuellement, 310 clubs accueillant 20 600 licenciés et environ 60 000 pratiquants s'adonnent à ce sport à part entière. La France est la première nation sur l'ensemble des résultats des championnats du monde des moins de 22 ans, ce qui témoigne de la qualité de la formation et de la performance de la jeune génération de joueurs.
Pourtant, si celle-ci participe au rayonnement sportif de la France, l'avenir professionnel de la discipline est gravement menacé par la possible décision de retirer la reconnaissance de haut niveau à l'ensemble de ces spécialités pratiquées à l'international.
Les conséquences d'un tel retrait, si celui-ci devait être maintenu, seraient nombreuses.
Sur le plan administratif, tout d'abord, avec l'exclusion du camp de performance fédérale ainsi que la remise en question de toutes les structures d'entraînement, comme Pôle France et Pôle Espoirs.
Sur le plan financier, ensuite, avec la perte du contrat de performance, de l'aide versée par l'Agence nationale du sport, l'ANS, des dispositifs d'aide à la formation, de l'accès aux aides individualisées nationales et régionales, ainsi que des contrats d'insertion professionnelle.
Sur le plan sportif, enfin, car la qualité de la formation, de l'accompagnement et de la performance de nos sportifs risque d'être lourdement affectée, ce qui rendrait cette décision particulièrement contre-productive en matière de résultats internationaux.
À terme, cela pourrait même remettre en cause la participation des meilleurs joueurs français aux compétitions internationales.
Si, historiquement, il est vrai que la discipline ne s'est pas toujours conformée aux exigences fixées par l'ANS, la Fédération française de pelote basque a produit ces dernières années un important travail de durcissement des critères d'accès aux listes des sportifs de haut niveau, réduisant leur nombre de manière draconienne.
Madame la secrétaire d'État, quelles mesures le Gouvernement envisage-t-il de prendre pour assurer la continuité de la performance professionnelle des spécialités de la pelote basque ?
M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.
Mme Nathalie Elimas, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, chargée de l'éducation prioritaire. Monsieur le sénateur Brisson, le report des jeux Olympiques et Paralympiques de 2020 à 2021 a conduit le ministère chargé des sports à prolonger certains actes juridiques.
C'est le cas, notamment, de l'octroi de la délégation d'une discipline sportive, qui confère aux fédérations des prérogatives de puissance publique, ou de la reconnaissance du caractère de haut niveau des disciplines sportives.
Concernant, plus précisément, la reconnaissance du caractère de haut niveau des disciplines, celle-ci confère aux sportifs des disciplines concernées la possibilité d'être inscrits sur les listes ministérielles des sportifs de haut niveau et de bénéficier, notamment, d'aménagements horaires, de droits spécifiques pour la retraite et les accidents du travail, de possibilité d'accès aux concours administratifs et d'aides diverses.
Par ailleurs, la reconnaissance d'une discipline de haut niveau produit des effets sur la structuration de la filière d'accession à la haute performance et au professionnalisme.
Il s'agit donc là d'un enjeu majeur, à la fois pour les disciplines concernées, pour les fédérations délégataires et pour les sportifs qui en bénéficient.
Dans ce cadre, l'ANS a engagé, depuis l'automne 2020, en lien étroit avec les directions techniques nationales des fédérations, un travail d'analyse préalable à la prise de la décision de reconnaissance par la ministre déléguée chargée des sports, prenant en compte l'universalité de la discipline et les résultats des sportifs français.
Cette grille de lecture a été rappelée dans l'instruction de décembre 2020 relative à la campagne de reconnaissance du caractère de haut niveau des disciplines sportives des sports d'été pour la période 2022-2024.
Sur la base de ces travaux, de premiers scénarii de reconnaissance ont circulé. C'est pourquoi les services du ministère chargé des sports et le manager général de la haute performance de l'ANS ont procédé à une information liminaire, à l'attention de l'ensemble des fédérations en demande, afin, notamment, d'anticiper des échanges complémentaires, autant que pour permettre la réflexion dans l'élaboration, par les directions techniques nationales, de leurs projets de performance fédéraux.
Ces documents de travail n'ont, à ce stade, aucun caractère définitif et aucune valeur normative, mais seulement la qualité d'un avis technique. Ils constituent des éléments d'appréciation préalables à l'arrêté ministériel de reconnaissance, lequel n'interviendra qu'en toute fin d'année 2021.
La direction des sports doit recevoir les fédérations sportives concernées par le retrait de reconnaissance de sport de haut niveau d'une ou plusieurs de leurs spécialités, afin d'examiner les trajectoires sportives internationales qui pourraient justifier de leur maintien sous conditions, parmi lesquelles la Fédération française de pelote basque.
Sachez, monsieur le sénateur, que nous mesurons parfaitement l'inquiétude des acteurs de la pelote basque, laquelle, au-delà d'une pratique sportive reconnue, constitue un pan de l'identité, de la culture et du patrimoine de ce territoire.
La pelote basque contribue, en outre, au rayonnement de la France dans toute sa richesse et sa diversité.
M. le président. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.
M. Max Brisson. Madame la secrétaire d'État, vous ne nous avez rassurés qu'à moitié : vous avez vous-même confirmé notre inquiétude, tout en affirmant l'universalité de ce sport.
La France s'apprête à accueillir les championnats du monde de pelote à Biarritz en octobre 2022 ; il serait bien triste qu'aucun joueur français ne soit engagé pour défendre le titre de champion du monde senior.
Il est urgent que l'ANS, le ministère chargé des sports et la fédération travaillent ensemble pour maintenir ce statut de sport de haut niveau.
Source : senat.fr ↗
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