Nécessaire préservation de la recette fiscale de la taxe d'aménagement pour les communes
Max BrissonLes Républicains
Sénateur — Pyrénées-Atlantiques
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 07/10/2022M. Max Brisson. Monsieur le ministre, ma question, qui s'inscrit dans le prolongement de celle de Pierre Louault, s'adressait aussi initialement à Mme Cayeux.
Actuellement, la taxe d'aménagement est exigible à la date de délivrance de l'autorisation d'urbanisme. Son versement peut s'effectuer en deux échéances : à douze mois, puis à vingt-quatre mois, soit au début du projet.
La loi de finances pour 2021 a modifié ce calendrier. C'est désormais la date d'achèvement des opérations qui s'impose, c'est-à-dire à la fin des travaux.
Ainsi, les collectivités territoriales se voient imposer un décalage dans le versement d'un impôt qui constituait jusqu'alors une recette d'investissement appréciable, car versée au moment où la collectivité supportait le coût des travaux d'aménagement.
De plus, si la loi laissait jusqu'alors la commune libre de reverser ou non une fraction du produit de la taxe d'aménagement à l'intercommunalité, la réforme rend désormais ce reversement obligatoire pour l'ensemble des communes ayant institué une taxe d'aménagement.
Face à ces mesures de calendrier et de reversement, les maires manifestent un sentiment d'incompréhension. Ils craignent d'assister au transfert progressif de la totalité du produit de cette taxe à l'intercommunalité et donc la disparition de cette recette de leur budget communal. Beaucoup nous disent y voir là le décalage entre un discours qui porte les maires aux nues et une réalité : un coup de canif supplémentaire sur les ressources des collectivités.
Monsieur le ministre, ma question est double : ne serait-ce pas un signe fort adressé aux collectivités locales que de rétablir le calendrier initial ou, a minima, d'établir une compensation pour que les collectivités puissent faire face à ce décalage dans le recouvrement de la taxe d'aménagement ? Ne serait-ce pas un signe fort adressé aux communes et aux maires que de rétablir le caractère facultatif du reversement d'une fraction de cet impôt à l'intercommunalité ?
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre délégué.
M. Roland Lescure, ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé de l'industrie. Monsieur le sénateur Brisson, même motif, même punition : vous parlez fiscalité, vous avez Bercy ; vous rêviez de Mme Cayeux, c'est avec moi que vous allez devoir composer. (Sourires.)
Vous craignez tout d'abord un décalage dans la perception des recettes des taxes d'urbanisme en raison du report de l'exigibilité des taxes à l'achèvement des travaux.
Je tiens à vous rassurer : les études réalisées en vue de cette réforme ont démontré l'absence de conséquences du décalage de l'exigibilité sur la trésorerie des collectivités locales pour près des trois quarts des montants recouvrés, compte tenu de l'accélération du recouvrement induit.
En effet, l'achèvement des projets de faible ampleur intervient majoritairement en moins de vingt-quatre mois, c'est-à-dire avant l'émission du second titre de perception dans le système antérieur.
Par ailleurs, le transfert permet une optimisation des modalités de liquidation des taxes en sus d'une dématérialisation du processus déclaratif, de la création d'un référentiel des délibérations des collectivités et de l'automatisation du calcul des taxes.
Toutefois, il est effectivement possible, en cas de très grands projets immobiliers s'étalant sur plusieurs années, que le reversement aux collectivités fasse l'objet d'un décalage. Pour cette raison, l'ordonnance du 14 juin dernier, relative au transfert à la direction générale des finances publiques (DGFiP) de la gestion de la taxe d'aménagement et de la part logement de la redevance d'archéologie préventive, crée, pour les constructions dont la surface est supérieure à 5 000 mètres carrés, un système d'acompte permettant de neutraliser ces effets.
Vous craignez enfin que la taxe d'aménagement soit insuffisamment contrôlée par les services de la DGFiP. Là aussi, soyez rassuré : les effectifs de la DGFiP ont été renforcés – 290 agents supplémentaires, issus des directions départementales, rejoindront ses services entre le 1er septembre 2022 et le 1er septembre 2024.
Le processus mis en œuvre pour la liquidation et le contrôle des taxes est particulièrement robuste. Il s'appuie sur l'unification des obligations déclaratives fiscales en matière de taxes d'urbanisme avec celles en vigueur en matière de taxes foncières, ce qui permet de profiter de l'expérience acquise pour la surveillance et la relance des redevables. La DGFiP s'appuiera également sur de nouveaux outils de vérification et de contrôle.
Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.
M. Max Brisson. Monsieur le ministre, vous vous appuyez sur des études de Bercy, nous nous appuyons sur le ressenti des maires, en particulier ceux des petites communes. Ce décalage les inquiète. Ils espèrent que ce reversement pourra redevenir facultatif et expriment leurs doutes sur la capacité de contrôle de la DGFiP.
Source : senat.fr ↗
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