Surveillance des gardes à vue
Posée le 24/10/2024 • Ministère interrogé : Intérieur
Pierre-Antoine Levi UC
Sénateur — Tarn-et-Garonne
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 24/10/2024
M. Bruno Retailleau, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, cher Pierre-Antoine Levi, je partage totalement votre analyse. Je serai très clair et direct : le Sénat et l'Assemblée nationale ont voté la loi du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure. Cette loi prévoyait textuellement, concrètement, précisément, la possibilité d'utiliser des caméras de surveillance, notamment dans les cellules de garde à vue. C'était une bonne mesure, à laquelle la plupart des parlementaires, sénateurs comme députés, avaient souscrit.
Or le Conseil d'État a encadré de façon draconienne l'utilisation de la vidéosurveillance,...
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. La Cnil !
M. Bruno Retailleau, ministre. ... ce qui revient à lui opposer des obstacles quasi insurmontables.
Revenons sur les deux mesures que vous avez évoquées, monsieur le sénateur. On ne peut utiliser des caméras de surveillance qu'à la double condition qu'il soit procédé à un enregistrement, d'une part, et que, d'autre part, le recours à cette pratique soit dûment motivé par un risque d'évasion ou de suicide ou par des menaces contre autrui.
Quelle est la conséquence de telles mesures ? Tout d'abord, leur mise en oeuvre suppose d'équiper l'ensemble de nos caméras d'enregistreurs dont elles sont pour l'instant dépourvues, soit quelques dizaines de millions d'euros d'investissements.
Ensuite - vous l'avez très bien expliqué à propos du commissariat de Montauban -, ces mesures impliquent de soustraire de la voie publique 16 % des forces de l'ordre pour qu'elles effectuent des rondes dans les cellules de garde à vue. Voilà comment le problème se pose !
Si nos policiers sont découragés, c'est qu'ils se trouvent pris en étau : ils subissent un effet de ciseau entre l'augmentation de la violence et de la délinquance, d'un côté, et la complexification des procédures, de l'autre.
Je ne renoncerai pas à l'objectif de simplification, mais ma tâche, en ce domaine, s'apparente à celle de Sisyphe. Nos policiers doivent pouvoir lutter contre la délinquance sans crouler sous la paperasserie. (Bravo ! et applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC et INDEP.)
M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi, pour la réplique.
M. Pierre-Antoine Levi. Je vous remercie de votre réponse, monsieur le ministre. Les fonctionnaires de police sont très mal à l'aise et surtout très tristes devant cette mesure. Ils attendent de leur ministre et du Parlement l'aménagement et la simplification de cette procédure qui est totalement inadaptée à leur travail. (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur des travées des groupes Les Républicains et INDEP.)
Source : senat.fr ↗
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