Complexité normative et impact financier pour les collectivités de l'application du décret étendant la RE 2020 aux bâtiments tertiaires
François BonhommeLes Républicains
Sénateur — Tarn-et-Garonne
La question
M. François Bonhomme appelle l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur le décret paru le 17 janvier 2026, relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale applicables aux constructions de bâtiments d'activités tertiaires spécifiques ainsi qu'aux bâtiments à usage industriel et artisanal, étendant de manière significative le périmètre de la réglementation environnementale RE 2020.
Ce texte étend la RE 2020, jusqu'alors applicable principalement aux logements, bureaux et établissements d'enseignement primaire et secondaire, à dix nouvelles typologies de bâtiments dont de nombreux équipements relevant directement des compétences des collectivités territoriales : établissements d'accueil de la petite enfance, médiathèques et bibliothèques, équipements sportifs, établissements de santé et établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), bâtiments universitaires ainsi que certains bâtiments industriels et artisanaux. Il doit s'appliquer aux constructions faisant l'objet d'un permis de construire ou d'une déclaration préalable à compter du 1er mai 2026. Pour ces bâtiments, le décret fixe des exigences élevées portant sur l'ensemble des cinq indicateurs de résultat structurants de la RE 2020 : performance énergétique du bâti (Bbio), consommation d'énergie primaire (Cep) et d'énergie primaire non renouvelable (Cep,nr), impact carbone des consommations énergétiques (Icénergie), impact carbone des composants du bâtiment (Icconstruction) et limitation de l'inconfort thermique estival (DH). En outre, il introduit des modalités de calcul particulièrement complexes, présentées sous forme de tableaux et de coefficients techniques difficilement accessibles aux maîtres d'ouvrage publics locaux. Si l'objectif de transition écologique du parc bâti est partagé par les associations d'élus, ces dernières ont unanimement exprimé leurs vives inquiétudes. Le Conseil national d'évaluation des normes (CNEN) a rendu les 5 juin et 3 juillet 2025 deux avis défavorables en soulignant à la fois la complexité du dispositif et les surcoûts (6 à 12%) qu'il induira pour les collectivités alors que leur contexte budgétaire déjà très contraint. Malgré les demandes répétées de suspension de la publication du texte et d'instauration d'un moratoire sur les nouvelles normes applicables au secteur de la construction, le Gouvernement a maintenu ce décret tout en repoussant son entrée en vigueur de quelques mois.
Aussi, il souhaite savoir quelles mesures d'accompagnement financier l'État entend mettre en place pour compenser les surcoûts induits par l'application de ce décret aux projets portés par les collectivités territoriales. D'autre part, il lui demande comment le Gouvernement entend répondre aux critiques relatives à la complexité manifeste de ce texte alors que le Premier ministre prône la simplification normative. Enfin, le Gouvernement envisage-t-il des adaptations, assouplissements ou mesures transitoires supplémentaires afin de sécuriser les investissements locaux et éviter une paralysie des projets de construction d'équipements publics essentiels.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 03/09/2026Le décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026 étend la réglementation environnementale (RE2020) à dix nouvelles typologies de bâtiments, dont certaines relèvent usuellement d'une maîtrise d'ouvrage publique. La construction de ces bâtiments relevait déjà d'un cadre réglementaire relatif à la performance énergétique depuis plus de dix ans, notamment la réglementation thermique 2012 (RT2012). La RE2020 s'est déjà substituée à la RT2012 pour les constructions de logements, bureaux et locaux d'enseignement du primaire et du secondaire depuis 2022, et cette extension de périmètre s'inscrit par ailleurs dans le cadre de la transposition de la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB), qui impose de limiter les émissions de carbone sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment. La RE2020 vise à améliorer la performance énergétique des bâtiments neufs en visant la sobriété énergétique, à limiter les émissions de carbone de la construction et à assurer le confort des usagers lors des épisodes de fortes chaleurs, amenés à se multiplier. Cette réglementation fait suite à une expérimentation nationale nommée E+C- (Énergie positive & Réduction Carbone), conduite entre 2016 et 2019. Elle a permis de tester en conditions réelles des niveaux d'ambition renforcés et d'en apprécier la faisabilité. Plusieurs opérations publiques se sont ainsi appuyées sur les niveaux de performance du référentiel E+C-, dans le cadre du décret du 21 décembre 2016 relatif à l'exemplarité des constructions publiques. Ces projets ont fourni aux collectivités des retours d'expérience concrets, démontrant la possibilité d'atteinte progressive de niveaux de performance élevés et facilitant l'appropriation des méthodes aujourd'hui mobilisés dans la RE2020. Par ailleurs, les exigences applicables aux dix nouvelles typologies ont été définies à l'issue de deux années de concertation, au sein d'un groupe de travail associant l'ensemble des parties prenantes, dont des représentants des collectivités territoriales. Les niveaux retenus reposent sur un principe d'équité entre typologies, avec des premiers jalons atteignables sans modification des pratiques constructives mais en adoptant les pratiques vertueuses, en particulier sur le volet carbone. Le gouvernement restera par ailleurs attentif aux retours des maîtres d'ouvrage sur le correct calibrage de l'ambition pour ces nouvelles typologies. Les projets portés par les collectivités peuvent mobiliser les dispositifs existants comme la dotation de soutien à l'investissement local (DSIL https://aides-territoires.beta.gouv.fr/aides/1182-copie-13h44-financer-des-projets-dinvestissem/), les aides de l'ADEME (https://agirpourlatransition.ademe.fr/collectivites/aides-financieres et https://aides-territoires.beta.gouv.fr/) (Fonds Chaleur, Fonds Économie Circulaire, Fonds Air Bois, Fonds Vert, France 2030), ainsi que le prêt Transformation Écologique de la Banque des Territoires (https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique), mobilisable pour la construction de bâtiments soumis à la RT2012 et à la RE2020 y compris pour des financements de long terme couvrant l'intégralité du besoin d'emprunt. Les typologies désormais soumises à la RE2020 étaient déjà éligibles à ces financements, et certaines typologies jusqu'alors hors réglementation thermique le deviennent désormais. Ces investissements liés à la performance des bâtiments doivent également être appréciés au regard des économies réalisées sur les coûts d'exploitation et de maintenance sur le long terme, mais aussi du gain de qualité de vie et du confort des usagers. Enfin, l'Union nationale des économistes de la construction (Untec), ainsi que le rapport de Robin Rivaton sur la RE2020, remis à la ministre chargée du logement le 10 juillet 2025, concluent à une neutralisation dans le temps des surcoûts à la construction lié à la RE2020 par les effets d'apprentissage de la filière. Il s'agit donc d'une réglementation éprouvée depuis cinq ans dans son fonctionnement, et largement intégrée par la filière de la construction. Des mesures d'accompagnement sont également prévues, notamment des guides méthodologiques, des fiches d'application, des formations à destination des acteurs locaux et l'actualisation de la foire aux questions accessible sur le site « RT-RE Bâtiment ». Les collectivités peuvent, comme pour les projets antérieurs, s'appuyer sur des équipes de maîtrise d'oeuvre et d'assistance à maîtrise d'ouvrage compétentes, ainsi que sur les dispositifs d'échange mis en place par l'État avec les territoires « Rencontre des Territoires » pour poser leurs questions à l'administration. Enfin, l'administration conduira un retour d'expérience sur l'application de la RE2020 à l'horizon 2027, afin de recueillir les retours des acteurs de terrain, en particulier des collectivités territoriales, et d'identifier, le cas échéant, les ajustements nécessaires pour améliorer la lisibilité et l'opérationnalité du dispositif en vue de l'entrée en vigueur du jalon 2028.
Source : senat.fr ↗
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