Santé de l'industrie et démantèlement de la vallée de la chimie
Gilbert-Luc DevinazRDSE
Sénateur — Rhône
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 11/06/2026M. le président. La parole est à M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Monsieur le sénateur, je ne crois pas qu'il faille opposer l'attractivité du territoire français pour des capitaux étrangers qui viennent investir dans notre industrie, notamment, vous l'avez dit, dans le secteur de l'intelligence artificielle, à la préservation de l'industrie d'hier et d'avant-hier.
La chimie existe en France depuis des décennies ; c'est l'une des grandes forces de notre industrie : plus de 230 000 emplois et onze prix Nobel. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête.
Il faut soutenir les deux. Vous le savez sans doute, dans le cadre de Choose France, de grandes entreprises industrielles chimiques internationales investissent dans notre pays pour développer des usines. Nous devons aller dans ce sens, y compris dans les territoires industriels comme le vôtre.
Il est vrai que certains secteurs industriels de la chimie font aujourd'hui face à une concurrence déloyale extrêmement importante de la part de certains pays, ainsi qu'à des enjeux de compétitivité, notamment liés aux coûts de l'énergie. Nous nous attelons à ces problèmes de deux manières.
D'abord, à moyen terme, en nous assurant qu'au niveau européen nous cessions de plomber les semelles de nos industriels. Nous devons notamment réduire ce qu'on appelle l'accélération des quotas carbone, qui va pénaliser des industriels émetteurs de gaz à effet de serre.
Ensuite, en multipliant les enquêtes concurrentielles, notamment contre des pays qui pratiquent du dumping. Vous le savez, une enquête sur la vanilline a permis de mettre en oeuvre au niveau européen un droit de douane de 130 %, ce qui a sauvé un site à Saint-Fons, dans votre département.
Nous sommes donc capables de faire les deux.
Il est vrai que la guerre en Iran aggrave les difficultés. Sous l'autorité du Premier ministre, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'industrie, a annoncé 150 millions d'euros d'aides exceptionnelles liées à la compensation carbone, de manière à aider des sites qui pourront ainsi, je l'espère, passer cette période difficile liée à la crise en Iran.
En conclusion, je le redis, il nous faut aider la chimie.
Celle d'hier pour l'accompagner dans la transition, notamment la décarbonation. Elle fait face à un grand défi : la dépendance au gaz, qui est plus cher que l'électricité.
Celle de demain pour laquelle nous devons continuer à attirer des capitaux et des investisseurs afin de créer de l'emploi partout en France, y compris chez vous, dans la vallée de la chimie. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Gilbert-Luc Devinaz, pour la réplique.
M. Gilbert-Luc Devinaz. Monsieur le ministre, j'ai parlé de la chimie, mais j'aurais pu évoquer les difficultés des usines en Savoie ou dans l'Isère.
Si nous nous basons sur votre propre baromètre, en 2025, la création nette d'usines est à son plus bas niveau depuis 2022. Les effets d'annonce de Choose France sont une chose, mais nous attendons un bilan.
J'ajoute qu'il est paradoxal, voire contradictoire, de vouloir une souveraineté industrielle, tout en la faisant reposer essentiellement sur des capitaux non européens. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)
Source : senat.fr ↗
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