Pourquoi ce vote ? Le contexte en 6 points
  • La proposition de loi relative au droit à l'aide à mourir, portée par le député Olivier Falorni, ouvre un droit à l'aide à mourir pour les patients majeurs atteints d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital.
  • Issue des travaux lancés après la Convention citoyenne sur la fin de vie, la réforme a connu un parcours chaotique : son examen a été interrompu par la dissolution de 2024, puis par la chute du gouvernement Bayrou.
  • L'Assemblée nationale l'a adoptée trois fois : 296 voix pour en première lecture (mai 2025), 299 en deuxième lecture (février 2026), 295 en nouvelle lecture (juin 2026).
  • Le Sénat l'a écartée trois fois : rejet de l'ensemble en janvier, suppression de l'article clé en mai, refus de débattre en juillet. La commission mixte paritaire a échoué le 2 juin.
  • En cas de désaccord persistant entre les deux chambres, la Constitution permet au gouvernement de donner « le dernier mot » à l'Assemblée nationale : c'est la lecture définitive prévue mercredi 15 juillet.
  • Depuis le premier scrutin en séance, le 16 mai 2025, les députés ont voté 930 fois sur ce texte — auxquels s'ajoutent 29 scrutins publics au Sénat.

Mercredi 15 juillet, l'Assemblée nationale votera une quatrième et dernière fois sur le droit à l'aide à mourir. Ce vote-là sera définitif : après trois adoptions par les députés, trois refus du Sénat et une commission mixte paritaire ratée, le gouvernement a engagé la procédure du « dernier mot ». Quatorze mois après le premier scrutin en hémicycle, 930 votes de députés et 29 scrutins de sénateurs plus tard, la loi Falorni arrive au bout de l'une des navettes les plus disputées de la 17e législature.

3
adoptions à l'Assemblée
3
refus du Sénat
5
voix d'écart au dernier vote du Sénat

Là où tout a commencé : le 27 mai 2025

Le premier vote solennel donne la géographie politique du sujet, qui ne variera plus : 296 voix pour, 193 contre, 49 abstentions. La gauche vote massivement pour (62 voix LFI, 61 PS, 33 écologistes, 12 GDR), rejointe par la majorité du bloc central. En face, le Rassemblement national fournit à lui seul 100 voix contre, épaulé par la Droite républicaine (32 contre) et l'UDR d'Éric Ciotti, seul groupe unanime du début à la fin. Sur un sujet officiellement laissé à la « liberté de conscience », presque tous les groupes se divisent — mais chacun garde un centre de gravité stable.

Trois lectures, une majorité stable — et une opposition qui grossit

D'une lecture à l'autre, la majorité ne bouge presque pas : 296, 299, puis 295 voix. L'opposition, elle, gagne 39 voix entre mai 2025 et juin 2026 (193, 226, puis 232). Le camp du contre ne s'est pas nourri de défections chez les partisans, mais des abstentionnistes et des absents de 2025 : les abstentions passent de 49 à 35, et la participation augmente de 24 votants.

Le même texte, trois votes : l'évolution du rapport de force à l'Assemblée
Pour
Contre
Abstention
mai 2025
296 pour, 193 contre
févr. 2026
299 pour, 226 contre
juin 2026
295 pour, 232 contre

Les mouvements se concentrent au centre et à droite. Chez les députés MoDem, les voix contre passent de 9 à 16 et les abstentions disparaissent (6, puis 4, puis 0) — alors même que le rapporteur général du texte, Philippe Vigier, est issu de leurs rangs. Chez Horizons, l'opposition passe de 11 à 18 voix. À l'inverse, le groupe EPR renforce son soutien (58, 64, puis 66 pour). La gauche, elle, ne bouge pas d'un siège : LFI compte exactement 62 voix pour aux trois scrutins.

Ce durcissement n'est pas qu'une affaire de présence : au fil de la navette, le texte lui-même s'est resserré, chaque lecture ajoutant des garde-fous sans jamais élargir l'accès. Un constat que la gauche a fait à la tribune :

« Lecture après lecture, les conditions d'accès à l'aide à mourir ont été restreintes et non élargies. »

Danielle Simonnet
Danielle Simonnet
ECOS
Paris (15)
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Au Sénat, trois façons de dire non

La chambre haute n'a jamais accepté le texte, mais son refus a changé de forme à chaque passage. En janvier, après avoir profondément réécrit la proposition en séance, le Sénat rejette l'ensemble par 181 voix contre 122 — 59 voix d'écart. En mai, en deuxième lecture, il supprime l'article clé qui crée le droit à l'aide à mourir, vidant le texte de sa substance. Le 7 juillet enfin, les sénateurs adoptent une question préalable — le refus même de débattre — par 169 voix contre 164. Cinq voix d'écart : en six mois, le front du non sénatorial s'est réduit de plus de moitié, sans jamais céder.

Sur le fond, l'opposition n'a pas varié d'un argument : avant d'ouvrir une aide à mourir, il faudrait garantir l'accès réel aux soins palliatifs, encore inégal selon les territoires. C'est l'axe central du Rassemblement national comme de la droite sénatoriale :

« Cette question est centrale. Chaque année, 200 000 Français meurent sans avoir eu accès aux soins palliatifs. »

Christophe Bentz
Christophe Bentz
RN
Haute-Marne (1)
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Les partisans du texte répondent que les deux volets avancent ensemble — la proposition de loi jumelle sur les soins palliatifs a été adoptée dès la première lecture à la quasi-unanimité — et que l'un ne saurait être la condition de l'autre. Quatorze mois de débats n'auront pas rapproché les deux camps d'un centimètre, comme le résumait un député de la majorité en nouvelle lecture :

« Nous avons assisté à une longue bataille de mots. Nous, nous n'avons pas peur des mots : nous sommes pour l'aide à mourir ! »

Jean-François Rousset
Jean-François Rousset
EPR
Aveyron (3)
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Ce que la loi crée

⚖️
Un droit à l'aide à mourir
Réservé aux personnes majeures atteintes d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, sous cinq conditions cumulatives fixées à l'article 4.
🩺
Une procédure médicale encadrée
La demande est instruite par un médecin ; la volonté du patient est vérifiée et réitérée à chaque étape, avec possibilité de renoncer à tout moment.
🙅
Une clause de conscience
Aucun professionnel de santé n'est tenu de participer à une aide à mourir ; seuls les soignants volontaires interviennent dans la procédure.
🏛️
Un contrôle a posteriori
Une commission de contrôle et d'évaluation examine chaque procédure ; ses membres médecins ont accès au dossier médical du patient.
À noter : le vote de mercredi ne clôturera pas la partie. Gérard Larcher a annoncé une saisine du Conseil constitutionnel — démarche rare pour un président du Sénat — et plus de 60 sénateurs LR et centristes préparent leur propre recours. La loi ne pourra être promulguée qu'après cette ultime étape. Autre ironie du calendrier : Olivier Falorni, auteur du texte devenu maire de La Rochelle en mars, a quitté l'Assemblée fin avril — il ne votera pas sa propre loi.

Quatorze mois de navette

27 mai 2025
L'Assemblée nationale adopte la proposition de loi Falorni en première lecture : 296 pour, 193 contre.
27 janvier 2026
Le Sénat, après avoir réécrit le texte, rejette l'ensemble : 122 pour, 181 contre.
25 février 2026
Deuxième lecture à l'Assemblée : le texte est rétabli et adopté, 299 pour, 226 contre.
Mai 2026
Deuxième lecture au Sénat : l'article clé créant le droit à l'aide à mourir est supprimé.
2 juin 2026
La commission mixte paritaire échoue : députés et sénateurs ne trouvent pas de texte commun.
22 juin 2026
Nouvelle lecture à l'Assemblée : la motion de rejet de Patrick Hetzel (DR) est repoussée, 91 pour, 139 contre.
30 juin 2026
7 juillet 2026
Le Sénat adopte la question préalable par 169 voix contre 164 et refuse d'examiner le texte : le dernier mot revient à l'Assemblée.
15 juillet 2026
Lecture définitive à l'Assemblée nationale : le vote de ce scrutin vaudra adoption définitive de la loi.

Comment votre député s'est-il positionné au fil de ces 930 scrutins ? Retrouvez ses votes, ses amendements et ses interventions sur sa fiche NosParlementaires, et suivez le parcours complet de la loi — étape par étape, hémicycle par hémicycle — jusqu'au vote de mercredi.