- Créée en 2004, l'association Asalée (Action de santé libérale en équipe) salarie des infirmières qui travaillent en binôme avec des médecins généralistes libéraux, pour le suivi des malades chroniques : diabète, obésité, troubles cognitifs, addictions.
- Environ 2 000 infirmiers et infirmières, en binôme avec quelque 9 000 médecins, selon les chiffres donnés en séance par la ministre de la santé Stéphanie Rist le 24 mars 2026.
- Le dispositif est financé par l'assurance maladie à hauteur d'environ 100 millions d'euros par an, soit la quasi-totalité des ressources de l'association.
- Une mission de contrôle de l'Inspection générale des affaires sociales, lancée en juillet 2024, a relevé des défaillances de pilotage financier et des conflits d'intérêts dans la gouvernance de l'association. Son rapport est remis à l'été 2025.
- La Caisse nationale d'assurance maladie a conditionné la poursuite du financement à une mise en conformité, puis l'a arrêté. Les infirmières ne sont plus payées à partir du 1er février 2026.
- Le tribunal de Paris place l'association en redressement judiciaire le 27 mars 2026.
Entre le 19 octobre 2023 et le 23 juin 2026, 72 parlementaires — 42 députés et 30 sénateurs — ont écrit au gouvernement au sujet d'Asalée. Cela fait 81 questions : 43 à l'Assemblée nationale, 38 au Sénat. Dix-huit ont reçu une réponse. Les 37 questions déposées après le 26 mars 2026, c'est-à-dire après le placement de l'association en redressement judiciaire, n'en ont reçu aucune.
Onze groupes, un seul sujet
Le détail par groupe est inhabituel. À l'Assemblée, les onze groupes politiques ont déposé au moins une question sur Asalée : les socialistes onze fois, le Rassemblement national huit, la Droite républicaine six, les écologistes, La France insoumise, les démocrates et Horizons trois fois chacun, LIOT et Ensemble pour la République deux fois, la Gauche démocrate et républicaine et l'UDR une fois. Sur un sujet de santé publique disputé, une telle convergence est rare : elle ne relève pas d'une position de groupe mais de circonscriptions où des infirmières salariées cessent d'être payées.
La première alerte ne vient pas de l'Assemblée mais du Sénat, et elle est ancienne : le 19 octobre 2023, le sénateur de l'Ariège Jean-Jacques Michau dépose une question intitulée « Inquiétudes quant à l'avenir du dispositif Asalée ». Elle n'a jamais reçu de réponse. Suivent quatre questions sénatoriales en mars 2024, sur le financement et les salaires — vingt-trois mois avant l'arrêt effectif de la paye.
« Depuis le 1er février 2026, plus de 2 000 infirmiers et infirmières ne sont plus rémunérés. La raison ? Une décision unilatérale de la Cnam, qui a suspendu ses financements, pourtant essentiels puisqu'ils représentent plus de 95 % des ressources de l'association. »
C'est la seule fois où Asalée est arrivé dans l'hémicycle sous la forme d'une question au gouvernement : le 24 mars 2026, lors de la séance de questions au gouvernement. La ministre de la santé Stéphanie Rist y répond que le dispositif « a été évalué : médicalement, il est efficace », que son utilité « n'est nullement remise en cause », mais que le rapport de l'Igas a mis en évidence « des dysfonctionnements graves dans la gestion de cette association ». Deux jours plus tard, au Sénat, elle tient le même discours devant Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales : « Le Gouvernement et l'assurance maladie soutiennent historiquement l'association et le dispositif et il n'est pas question que cela change. »
Depuis, plus rien. Les 26 questions déposées à l'Assemblée et les 11 déposées au Sénat après cette date sont toujours en attente, y compris la dernière en date, celle du député Horizons de Loire-Atlantique Jean-Michel Brard, déposée le 23 juin 2026.
Ce que le Parlement a voté — et ce qu'il n'a pas voté
Sur les infirmiers, la 17e législature a légiféré. La proposition de loi sur la profession d'infirmier, portée par la députée Nicole Dubré-Chirat, a été adoptée en première lecture à l'Assemblée le 10 mars 2025 par 138 voix contre zéro, avec deux abstentions — un score que peu de textes atteignent dans cette législature. Le Sénat a adopté le texte de la commission mixte paritaire le 18 juin 2025.
Asalée, lui, n'a jamais fait l'objet d'un vote. Les seuls amendements consacrés au dispositif pendant l'examen de cette loi ont été déposés par la députée RN de l'Eure Christine Loir : ils demandaient au gouvernement un rapport sur l'opportunité de généraliser le modèle Asalée et sur son coût. Ils ont été rejetés.
« Le dispositif Asalée renforce la coopération entre médecins et infirmières pour un meilleur suivi des patients. L'assurance maladie estime que sa généralisation permettrait d'économiser jusqu'à quatre-vingts jours de temps médical par an et d'augmenter de 7,5 % la capacité d'accueil des médecins. »
La rapporteure a donné un avis défavorable au motif qu'un rapport existait déjà, sans qu'elle ait pu le lire.
« On ne peut que saluer le dispositif Asalée, qui coordonne la coopération entre médecins et infirmières. Un rapport a récemment été remis sur la question, ses auteurs envisagent une généralisation. Il faut rester vigilant quant au coût de ce déploiement par rapport à la file active de patients pris en charge par ces équipes. »
L'ancien ministre de la santé Aurélien Rousseau, aujourd'hui député socialiste des Yvelines, avait posé ce soir-là l'objection de fond : le protocole Asalée est un régime dérogatoire, et lier l'avenir de la coopération entre médecins et infirmiers à ce seul véhicule était, selon lui, une impasse.
« On est toujours impressionné par le travail des infirmiers et infirmières dans le cadre du dispositif Asalée, mais il serait inutile de tout figer autour de ce protocole. Les nouvelles modalités de coopération entre médecins et infirmiers pourront être différentes, et ne pas correspondre au protocole Asalée, qui est spécifique. Il ne faut pas nous enfermer dans ce dispositif. »
Ce que le blocage change sur le terrain
Le calendrier
La session ordinaire reprend le 1er octobre, et le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027 sera le premier texte où la question du financement des coopérations entre médecins et infirmiers peut être tranchée par un vote plutôt que par une convention. Pour savoir si votre député ou votre sénateur a écrit sur ce dossier, sa fiche recense ses questions : l'annuaire des 577 députés, celui des sénateurs, ou la recherche sur le mot Asalée.