Pourquoi ce texte ? Le contexte en six points
  • Depuis 2014, le dispositif « tiers payant contre génériques » prive d'avance de frais le patient qui refuse le générique proposé par son pharmacien : il paie, puis se fait rembourser.
  • La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 étend ce mécanisme à deux nouvelles familles de médicaments : les hybrides (proches des génériques, mais avec une forme ou un dosage différents) et les biosimilaires (copies de médicaments biologiques, utilisés dans le diabète, les maladies inflammatoires chroniques, les cancers).
  • Ces traitements concernent d'abord des patients sous traitement long : insulines, anti-TNF pour le psoriasis ou la polyarthrite, facteurs de croissance en oncologie.
  • L'enjeu financier est chiffré dans l'hémicycle : environ 600 millions d'euros d'économies potentielles pour la sécurité sociale, dans un budget social qui affichait 23 milliards de déficit prévus pour 2025.
  • Le droit de substitution des biosimilaires par le pharmacien est récent : encadré par la LFSS 2024, son délai d'attente a été ramené de deux ans à un an par la LFSS 2025.
  • L'entrée en vigueur est fixée au 1er septembre 2026.

À partir du 1er septembre, un patient qui refuse au comptoir le médicament hybride ou biosimilaire que lui propose son pharmacien perd le tiers payant : il avance la totalité du prix et remplit une feuille de soins papier. La mesure figure à l'article 33 du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, adopté dans la nuit du 5 décembre 2025 à l'Assemblée nationale. L'amendement qui demandait sa suppression a été rejeté par 119 voix contre 32. Il n'a donné lieu à aucune prise de parole sur le fond : le compte rendu de séance enregistre exactement deux mots d'argumentaire, « Défavorable » du rapporteur général, « Défavorable » de la ministre.

32
Pour la suppression
119
Contre
35
Abstentions

Cent quatre-vingt-six députés sur 577 ont pris part à ce scrutin — un tiers de l'Assemblée. Le détail, groupe par groupe et député par député :

Un mécanisme adopté sans débat, à une heure avancée

La séquence tient en quelques lignes de compte rendu. La présidente annonce : « L'amendement no 671 de M. Hadrien Clouet est défendu » — la formule signifie que son auteur n'a pas pris la parole pour le soutenir. Le groupe La France insoumise demande un scrutin public. Le rapporteur général Thibault Bazin répond « Défavorable. L'amendement a été repoussé en commission. » La ministre de la santé Stéphanie Rist répond « Défavorable ». Le scrutin est appelé, l'amendement est rejeté, l'article 33 est adopté quelques minutes plus tard.

Un second amendement portant sur le même article a subi le même sort dans la même séquence : celui de Karine Lebon (GDR), qui reprenait des propositions de l'association d'usagers France Assos Santé pour rétablir des garanties d'information au patient. « L'amendement no 434 de Mme Karine Lebon est défendu », note le compte rendu. Avis défavorable, rejet à main levée.

Cette discrétion contraste avec l'ampleur du virage législatif. Le rapporteur général l'a lui-même décrit, un mois plus tôt, en défendant la montée en puissance des biosimilaires :

« Pendant des années, nous avons rejeté des amendements qui favorisaient la substitution par les médicaments biosimilaires. Puis le débat a évolué et certains d'entre nous sont devenus de fervents défenseurs de cette substitution. »

Thibault Bazin
Thibault Bazin
DR
Meurthe-et-Moselle (4)
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Qui a voulu supprimer la mesure, et qui l'a gardée

Les 32 voix pour la suppression viennent presque intégralement de la gauche : 21 députés La France insoumise, 5 écologistes, 3 du groupe GDR, 2 socialistes — Gérard Leseul et Isabelle Santiago — et un élu du Rassemblement national, José Beaurain.

Le bloc des 119 voix contre est plus large que la majorité : 51 députés du Rassemblement national, 27 d'Ensemble pour la République, 21 du MoDem, 6 de la Droite républicaine, 6 d'Horizons, 3 du groupe LIOT. Le RN, qui a voté contre l'ensemble du budget social une semaine plus tard, a donc fourni à lui seul 43 % des voix qui ont maintenu le mécanisme dans le texte.

Le groupe socialiste, lui, s'est massivement abstenu : 29 abstentions sur 31 votants. Le même groupe défendait pourtant, le soir même et sur l'article suivant, une ligne explicite sur les économies de médicaments.

« Eu égard à la situation des comptes sociaux, il convient de prendre toutes les mesures d'économies possibles, a fortiori celles qui sont indolores pour les assurés. »

Sandrine Runel
Sandrine Runel
SOC
Rhône (4)
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Ce que change le 1er septembre au comptoir

💳
Plus de tiers payant en cas de refus
Le patient qui refuse l'hybride ou le biosimilaire proposé règle la totalité du prix au pharmacien, puis attend son remboursement.
📄
Feuille de soins papier
La dispensation sort du circuit de la carte Vitale : il faut une feuille de soins à envoyer à l'Assurance maladie.
📉
Remboursement aligné sur la copie
Le remboursement se calcule sur le biosimilaire ou l'hybride le plus cher du groupe, pas sur le prix du médicament de référence acheté. La différence reste à charge.
✍️
Deux exceptions
Le tiers payant est maintenu si le prescripteur a porté une mention « non substituable » justifiée, ou si le médicament de référence coûte autant ou moins que sa copie.

L'argument des partisans du dispositif est constant depuis deux ans : les biosimilaires sont des médicaments équivalents, et leur diffusion en France reste inférieure à celle de ses voisins.

« Les médicaments biosimilaires représentent un potentiel d'économies de 600 millions d'euros pour les comptes de la sécurité sociale. […] Elle constitue une source d'économies sans représenter aucun danger pour nos concitoyens, dans la mesure où ce sont les mêmes médicaments que les princeps. »

Agnès Firmin Le Bodo
Agnès Firmin Le Bodo
HOR
Seine-Maritime (7)
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Le devoir d'information ajouté par le Sénat a été retiré

Le Sénat avait modifié l'article dans un sens plus protecteur pour le patient : assouplissement des conditions dérogatoires de substitution, et création d'un devoir d'information du pharmacien lors de la substitution d'un biosimilaire. En nouvelle lecture, un amendement du rapporteur général a supprimé ces alinéas, au motif que ces dispositifs « fragiliseront la confiance des usagers dans le processus de substitution » et « complexifieront de façon excessive la dispensation des biosimilaires » — l'exposé des motifs s'appuie sur une alerte de l'Agence nationale de sécurité du médicament. Cet amendement, lui, a été adopté.

À noter : depuis la promulgation de la loi le 30 décembre 2025, une seule question écrite de député et une seule question de sénatrice mentionnent les médicaments biosimilaires — et aucune des deux ne porte sur le tiers payant. Sur l'ensemble de la législature, 50 questions de députés et 33 questions de sénateurs évoquent ces médicaments : 3 ont reçu une réponse du gouvernement.

Le calendrier

2014
Mise en place du dispositif « tiers payant contre génériques » : refuser le générique fait perdre l'avance de frais.
Décembre 2023
La LFSS 2024 encadre la substitution des médicaments biologiques par leurs biosimilaires en pharmacie d'officine.
Décembre 2024
La LFSS 2025 ramène de deux ans à un an le délai avant lequel un biosimilaire peut être substitué.
4 novembre 2025
Début de l'examen du PLFSS 2026 à l'Assemblée. La motion de rejet préalable est repoussée par 322 voix contre 61.
Nuit du 5 décembre 2025
En nouvelle lecture, l'amendement de suppression du « tiers payant contre biosimilaires » est rejeté par 119 voix contre 32. L'article 33 est adopté.
16 décembre 2025
Lecture définitive : l'Assemblée adopte l'ensemble du budget de la sécurité sociale par 247 voix contre 232, avec 90 abstentions.
30 décembre 2025
Promulgation de la loi n° 2025-1403 de financement de la sécurité sociale pour 2026.
1er septembre 2026
Entrée en vigueur de l'extension du dispositif aux hybrides et aux biosimilaires.

Le parcours complet du texte, ses scrutins et les positions de chaque groupe sont consultables sur la fiche du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Pour savoir ce qu'a voté votre député ce soir-là, ouvrez le scrutin ci-dessus et cherchez son nom — puis écrivez-lui depuis sa fiche.