Pourquoi cet article ? Le contexte en 5 points
  • Dans un courrier daté du mardi 22 septembre, adressé aux députés et sénateurs socialistes et révélé par Le Monde, Sébastien Lecornu leur propose de « bâtir » un compromis sur le budget 2027 : « Le compromis de 2026 a été possible parce que chacun a accepté de faire un pas. »
  • Le projet de loi de finances 2027 doit passer en Conseil des ministres le 30 septembre et être déposé à l'Assemblée au plus tard le 6 octobre. Le gouvernement y annonce un effort de 54 milliards d'euros ; le porte-parole du PS, Arthur Delaporte, a parlé de « potion d'austérité ».
  • Aucun groupe n'a la majorité à l'Assemblée. Faire tomber le gouvernement demande 289 voix : sans les socialistes, les motions de censure de gauche et du RN n'y arrivent pas.
  • À l'automne 2025, ce sont les socialistes qui ont permis au gouvernement Lecornu de survivre, en échange de la suspension de la réforme des retraites de 2023.
  • Ce « compromis de 2026 » invoqué par le Premier ministre a laissé une trace précise : une douzaine de scrutins publics, où l'on peut lire ce que le groupe socialiste a voté, refusé et laissé passer.

Le compromis que Sébastien Lecornu propose de reconduire tient en trois gestes, tous enregistrés dans les scrutins de l'Assemblée. Les socialistes ont voté le budget de la Sécurité sociale 2026, avec 63 voix pour et aucune contre en lecture définitive, le 16 décembre 2025. Ils ont voté contre la partie recettes du budget de l'État, comme presque tout l'hémicycle. Et quand le gouvernement a fait adopter ce budget de l'État sans vote, par trois 49.3, ils ont apporté 5 voix, jamais plus, aux motions de censure de la gauche, et aucune à celles du RN.

63
socialistes pour le budget de la Sécu 2026
56
contre la partie recettes du budget de l'État 2026
5
au plus pour la censure contre le 49.3

Le prix d'entrée : la suspension de la réforme des retraites

Le point de départ du compromis est la censure du 16 octobre 2025. La motion de La France insoumise contre le gouvernement Lecornu obtient 271 voix, 18 de moins que la majorité requise. Seuls 7 socialistes la votent. Deux jours plus tôt, dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre avait annoncé la suspension de la réforme des retraites.

La contrepartie arrive le 12 novembre 2025, dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. L'article 45 bis, qui suspend la hausse de l'âge de départ, est adopté par 255 voix contre 146. Les 66 socialistes présents votent pour, à l'unanimité, aux côtés de 111 députés RN. Les insoumis votent contre, n'y voyant qu'un simple « décalage » de la réforme, et la majorité des députés EPR s'abstiennent.

« Voici venue l’heure de vérité, celle où le pacte de non-censure entre le gouvernement, le Parti socialiste et Les Républicains va – ou non – se matérialiser sous nos yeux. »

Séance du 12 novembre 2025, avant le vote sur la suspension de la réforme des retraites.

Marine Le Pen
RN
Pas-de-Calais (11)
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La Sécu votée, et presque à l'unanimité du groupe

Le budget de la Sécurité sociale est le seul texte budgétaire de l'automne 2025 que les socialistes ont voté en entier. Le 9 décembre 2025, en nouvelle lecture, il passe par 247 voix contre 234 : 62 socialistes pour, 6 abstentions, aucune voix contre. Une semaine plus tard, en lecture définitive, le résultat est presque identique, 247 contre 232, avec 63 socialistes pour et 5 abstentions.

L'écart de 15 voix montre ce que pesait le groupe. Sans ses 63 voix pour, le texte aurait été rejeté. Le RN (122 voix) et La France insoumise (69) ont voté contre. Les écologistes, eux, se sont surtout abstenus (27 abstentions, 9 contre, 2 pour).

« Ceux qui sont favorables au décalage de la réforme n’ont pas consenti à un compromis, mais à une compromission. »

Séance du 9 décembre 2025, vote du budget de la Sécu en nouvelle lecture.

Ségolène Amiot
LFI-NFP
Loire-Atlantique (3)
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Le budget de l'État, jamais voté

Côté État, le groupe socialiste n'a jamais voté pour. Le 21 novembre 2025, la partie recettes du projet de loi de finances pour 2026 est rejetée par 404 voix contre 1. Les 56 socialistes présents votent contre, comme le RN, LFI, les Républicains et Horizons. Le vote n'a donc rien de spécifique au PS : EPR et les démocrates s'abstiennent, et le texte ne recueille qu'une seule voix pour.

Sur le budget rectificatif de fin de gestion 2025, le groupe choisit l'abstention : 31 abstentions en première lecture le 18 novembre, 58 sur le texte final le 2 décembre. Le 23 décembre, faute de budget au 1er janvier, 66 socialistes votent la loi spéciale qui permet de continuer à lever l'impôt. Elle est adoptée par 496 voix, seuls les insoumis s'abstenant.

Le compromis de 2025-2026 en dix votes du groupe socialiste
Pour
Contre
Abstention
Retraites
66 pour (12 nov. 2025, suspension de la réforme des retraites (article 45 bis))
Fin gestion
2 pour + 1 contre + 31 abst. (18 nov. 2025, budget rectificatif 2025, 1re lecture)
PLF 2026
56 contre (21 nov. 2025, partie recettes du budget de l'État 2026)
Fin gestion
1 pour + 1 contre + 58 abst. (2 déc. 2025, budget rectificatif 2025, texte de la CMP)
Sécu 2026
62 pour + 6 abst. (9 déc. 2025, budget de la Sécu, nouvelle lecture)
Sécu 2026
63 pour + 5 abst. (16 déc. 2025, budget de la Sécu, lecture définitive)
Loi spéciale
66 pour (23 déc. 2025, loi spéciale (pas de budget au 1er janvier))
Censure
5 pour (23 janv. 2026, 1re censure de gauche contre le 49.3)
Censure
5 pour (27 janv. 2026, 2e censure de gauche contre le 49.3)
Censure
5 pour (2 févr. 2026, 3e censure de gauche contre le 49.3)

Longueur de barre : nombre de socialistes ayant pris part au vote, rapporté au maximum de 68 votants (9 et 16 décembre 2025). Une motion de censure ne recueille que des voix « pour ».

Trois 49.3, trois censures non votées

En janvier 2026, après l'échec de la commission mixte paritaire, Sébastien Lecornu engage la responsabilité du gouvernement à trois reprises sur le budget de l'État. La gauche dépose trois motions de censure, le RN trois autres. À chaque fois, 5 socialistes seulement votent celle de la gauche, et aucun celle du RN.

Le détail montre ce que valait cette abstention. La motion du 23 janvier obtient 269 voix, dont celles des 122 députés RN : il en manque 20. Celle du 27 janvier en obtient 267, il en manque 22. Celle du 2 février, 260, il en manque 29. Le groupe socialiste comptait alors plus de 60 députés : ses voix auraient suffi à faire tomber le gouvernement, et donc à arrêter le budget. Le groupe a préféré le laisser passer, un choix que Laurent Baumel défendait à la tribune le 23 janvier en rappelant que le PS avait déjà fait tomber Michel Barnier.

« …ce PLFSS est imparfait. Mais c’est précisément là que nos visions, que nos appréciations de la situation divergent : entre le « rien » et le « un peu », nous prenons le « un peu », pour les Français. »

Séance du 16 décembre 2025, lecture définitive du budget de la Sécu.

Océane Godard
SOC
Côte-d'Or (1)
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Ce que le compromis de 2025 a changé

⏸️
Retraites
Suspension du relèvement de l'âge de départ jusqu'au 1er janvier 2028, votée par les 66 socialistes présents le 12 novembre 2025.
🏥
Budget de la Sécu
Adopté à 15 voix près en lecture définitive, avec 63 voix socialistes. Le gel des pensions et le doublement des franchises médicales ont été retirés en cours de navette.
🏛️
Budget de l'État
Jamais voté par le PS. Adopté par trois 49.3 en janvier-février 2026, sans qu'aucune des six motions de censure n'atteigne la majorité absolue (288 voix le 23 janvier, 289 ensuite).
🗳️
Censure
Depuis la chute de Michel Barnier, aucune motion de censure n'a réuni le PS et le RN. Le dernier vote massif des socialistes pour une censure remonte au 1er juillet 2025 (66 voix), contre François Bayrou.
À noter : le compromis de 2025 n'a jamais pris la forme d'un vote socialiste pour le budget de l'État. Il a tenu en deux choses : un vote pour le budget de la Sécurité sociale, qui contenait la suspension des retraites, et un refus de censurer quand le budget de l'État est passé par 49.3. En 2027, la question posée aux socialistes sera la même, à six mois d'une élection présidentielle et avec une primaire socialiste dont le premier tour a lieu les 9 et 10 octobre.

Le calendrier

16 octobre 2025
Censure LFI contre le gouvernement Lecornu : 271 voix, 7 socialistes. Le gouvernement survit à 18 voix près.
12 novembre 2025
Suspension de la réforme des retraites adoptée (255 contre 146), 66 socialistes pour.
21 novembre 2025
Partie recettes du budget de l'État rejetée par 404 voix contre 1, dont 56 socialistes.
16 décembre 2025
Budget de la Sécu 2026 adopté définitivement (247 contre 232), 63 socialistes pour.
23 décembre 2025
Loi spéciale adoptée par 496 voix, dont 66 socialistes.
23 janvier – 2 février 2026
Trois 49.3 sur le budget de l'État. Six motions de censure rejetées, 5 voix socialistes au plus.
22 septembre 2026
Courrier de Sébastien Lecornu aux parlementaires socialistes pour un « compromis » sur le budget 2027.
30 septembre – 6 octobre 2026
Projet de loi de finances 2027 en Conseil des ministres, puis dépôt à l'Assemblée. Le calendrier du vote du budget 2027 suit.

Chaque vote cité ici est consultable, député par député. Pour savoir ce qu'a voté votre député socialiste sur la Sécu, la loi spéciale ou les censures, ouvrez sa fiche, par exemple celle du président du groupe, Boris Vallaud, ou celle du premier secrétaire du parti, Olivier Faure, et écrivez-lui directement depuis notre site avant le dépôt du budget 2027.