- L'État dépense environ 1 milliard d'euros par an en communication : campagnes grand public, communication des ministères, des préfectures et des opérateurs (agences, établissements publics).
- Cette dépense a progressé de 45 % entre 2019 et 2024, soit près de trois fois l'inflation sur la même période.
- Le 4 octobre 2025, une circulaire du Premier ministre Sébastien Lecornu relative à la politique de communication de l'État fixait déjà l'objectif de réduire de 20 % ces dépenses en 2026 par rapport à 2025.
- Le dimanche 9 août 2026, Matignon a annoncé une réforme structurelle : ramener la facture de 1 milliard à 700 millions d'euros, avec une pleine mise en œuvre en janvier 2027.
- Entre les deux, le Parlement a examiné deux budgets. Onze amendements y demandaient de réduire ces dépenses. Aucun n'a été adopté.
Sébastien Lecornu a annoncé le 9 août une baisse de 300 millions d'euros des dépenses de communication de l'État, ramenées d'un milliard d'euros (niveau 2024) à 700 millions. Dans la base de données de l'Assemblée nationale, cette économie a une histoire parlementaire précise : depuis l'automne 2024, onze amendements budgétaires ont demandé de réduire ces mêmes dépenses. Six ont été rejetés en séance, cinq n'ont jamais reçu de sort. Aucun n'a été adopté. Et tous, sans exception, portent la signature de députés du Rassemblement national.
700 millions d'euros, c'est le niveau de 2019
La cible annoncée par Matignon mérite d'être remise en perspective. Si la dépense s'élevait à un milliard d'euros en 2024 après une hausse de 45 % depuis 2019, alors le point de départ de 2019 se situait autour de 690 millions d'euros. Les 700 millions visés pour 2027 ne constituent donc pas une coupe historique : ils ramènent la communication de l'État à peu près à son niveau d'avant la crise sanitaire, après six années de croissance rapide.
Le niveau 2024 (1 milliard d'euros) et la hausse de 45 % depuis 2019 sont les chiffres communiqués par Matignon ; la valeur 2019 en est reconstituée. La cible de 700 M€ doit être atteinte à horizon janvier 2027.
Onze amendements, un seul groupe
Le décompte tient en une requête. Sur l'ensemble de la 17e législature, onze amendements aux projets de loi de finances visaient explicitement à réduire des crédits de communication de l'État — le Service d'information du Gouvernement (SIG) ou les lignes « communication » des ministères. Dix sont signés d'Anthony Boulogne (RN, Meurthe-et-Moselle), un de Roger Chudeau (RN, Loir-et-Cher). Aucun autre groupe n'en a déposé.
Le plus radical, déposé sur le projet de loi de finances pour 2026, proposait de « liquider intégralement » les crédits de fonctionnement du SIG, soit 12 millions d'euros. Rejeté le 30 octobre 2025. Une version de repli, ramenée à une réduction de moitié (6 millions), a été redéposée en nouvelle lecture en janvier 2026. Rejetée également.
Dans l'exposé sommaire de son amendement, le député de Meurthe-et-Moselle détaille ce que finance le SIG selon le projet annuel de performances : le pilotage et la diffusion des campagnes de communication, le suivi de « l'évolution de l'opinion publique et des contenus médiatiques », et la « digitalisation et la modernisation de la communication gouvernementale ».
« L'importance de ces postes de dépenses budgétaires reste assez limitée : il s'agit surtout, à nos yeux, d'un gaspillage d'argent public. »
Exposé sommaire de son amendement de suppression des crédits du SIG, projet de loi de finances pour 2026.
La circulaire d'octobre 2025 contre le budget d'octobre 2025
Le point le plus documenté du dossier n'est pas la coupe elle-même, mais la contradiction interne au gouvernement. Deux amendements RN, l'un de Roger Chudeau, l'autre d'Anthony Boulogne, s'appuient sur la circulaire du Premier ministre du 4 octobre 2025 pour constater que le budget déposé par ce même gouvernement quelques jours plus tôt allait dans l'autre sens : les crédits de l'action 03 « Communication » du ministère de l'Éducation nationale progressaient de 500 000 euros en projet de loi de finances 2026 par rapport à la loi de finances 2025.
Le SIG, cible budgétaire et sujet de souveraineté
Le Service d'information du Gouvernement, placé sous l'autorité de Matignon, est au cœur des deux dossiers : la réforme annoncée prévoit de recentrer ses missions et d'y intégrer davantage d'outils d'intelligence artificielle, ainsi que de créer une cellule mutualisée à Matignon pour coordonner la veille. Or le SIG avait déjà occupé le Parlement en 2025, pour une autre raison : l'attribution en juin de son marché de veille des réseaux sociaux à l'entreprise Talkwalker, aux dépens du titulaire sortant français Visibrain. Trois députés de trois groupes différents — Philippe Latombe (DEM), Alexandre Dufosset (RN) et Jean-Louis Thiériot (DR) — ont interrogé le gouvernement sur ce choix.
« La veille des réseaux sociaux du Gouvernement va donc être assurée par une entreprise américaine qui aura accès aux données de deux géants des réseaux sociaux dont aucun n'est français. »
Question écrite du 8 juillet 2025 au Premier ministre, à laquelle le gouvernement a répondu.
Le gouvernement a répondu point par point, et sa réponse contredit une partie de la question : Talkwalker est « une entreprise luxembourgeoise, disposant d'une implantation en France depuis 2019 et dont les serveurs traitant les données sont situés en Allemagne », rachetée en 2024 par une société canadienne à actionnariat partiellement américain. Matignon souligne aussi que le référé engagé par Visibrain a été rejeté par le tribunal administratif de Paris le 17 juin 2025, tout en reconnaissant que l'offre technique de Visibrain était arrivée première, devant celle de Talkwalker, deuxième.
À gauche aussi, la dépense de communication a été contestée
Si aucun groupe de gauche n'a déposé d'amendement de coupe budgétaire sur ces lignes, la critique de la dépense de communication n'a pas été l'apanage du RN. Elle a pris la forme de questions écrites sur des opérations précises — comme la refonte, en mars 2025, de l'enseigne des 20 000 marchands de presse, dont le remplacement est pris en charge par l'État à hauteur de 80 % en zone urbaine et 90 % en zone rurale.
« Cela ne se fera pas avec des mesurettes floues qui ne servent qu'à servir la communication gouvernementale, sans aucune action concrète pour redonner aux vendeurs de presse une plus grande indépendance. »
Question écrite du 18 mars 2025 à la ministre de la culture, qui a répondu sans chiffrer le coût total de l'opération.
Ce que contient la réforme annoncée
C'est ce dernier point qui change le plus la donne pour le contrôle parlementaire. Jusqu'ici, les députés qui voulaient chiffrer la communication de l'État devaient reconstituer les montants ligne par ligne dans les projets annuels de performances, action par action, programme par programme — ce que font précisément les exposés sommaires des onze amendements rejetés.
Le calendrier place la réforme au cœur de la discussion budgétaire de l'automne : les députés retrouveront ces lignes de crédits dans le projet de loi de finances pour 2027. Vous pouvez suivre les votes, amendements et questions de chaque député sur sa fiche : Anthony Boulogne, Roger Chudeau, Philippe Latombe, Alexis Corbière.