Pourquoi ce sujet ? Le contexte en 6 points
  • Au 1er août 2026, le tarif réglementé de l'électricité augmente de 2,5 % en moyenne, une hausse annoncée le 16 juillet par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Environ 20 millions de foyers sont concernés, pour un surcoût moyen d'environ 26 € par an.
  • La loi énergie-climat de novembre 2019 imposait au Parlement de voter une loi de programmation énergétique avant le 1er juillet 2023, puis tous les cinq ans. Cette loi n'a jamais été adoptée.
  • Un texte existait : la proposition de loi du sénateur Daniel Gremillet, adoptée par le Sénat en octobre 2024, qui fixait la trajectoire nucléaire et renouvelables de la France jusqu'en 2035.
  • Le 24 juin 2025, l'Assemblée nationale l'a rejetée par 361 voix contre 141, après l'ajout en séance d'un moratoire sur l'éolien et le solaire.
  • Le Sénat a retiré le moratoire et réadopté le texte le 8 juillet 2025. Transmis à l'Assemblée le lendemain, il n'a jamais été réinscrit à l'ordre du jour depuis — plus d'un an.
  • En février 2026, le gouvernement a fixé la trajectoire énergétique par décret (la « PPE 3 »), sans vote du Parlement.

Au 1er août, la facture d'électricité de 20 millions de foyers abonnés au tarif réglementé augmente de 2,5 % en moyenne, soit environ 26 € de plus par an pour un ménage type. Cette hausse, décidée par la Commission de régulation de l'énergie, tombe dans un paysage singulier : la France n'a toujours pas de loi de programmation énergétique, alors que la loi l'exige depuis 2023. Le seul texte qui pouvait en tenir lieu a été rejeté par les députés il y a treize mois — par 361 voix contre 141 — et n'est jamais revenu dans l'hémicycle.

141
Pour
361
Contre
41
Abstentions

Ce qui change au 1er août

La hausse de 2,5 % du tarif réglementé ne vient pas d'une décision des députés. Elle résulte de l'augmentation du TURPE — le péage payé pour l'utilisation des réseaux, en hausse d'environ 3 % — et de l'intégration d'un nouveau « mécanisme de capacité » destiné à sécuriser l'approvisionnement lors des pics de consommation. Deux paramètres fixés par la CRE, l'autorité indépendante de régulation. Après dix-huit mois de baisses (–15 % en février 2025, puis une nouvelle baisse en août 2025), la courbe repart à la hausse.

La loi de programmation ? Rejetée il y a treize mois, jamais réexaminée

Pendant que le tarif évolue par délibérations du régulateur, la trajectoire de fond — combien de réacteurs nucléaires, combien d'éoliennes, quels prix à long terme — attend toujours son vote. La proposition de loi de programmation nationale énergie-climat, dite « loi Gremillet », devait combler ce vide. Le 24 juin 2025, après huit jours de débats et 207 scrutins publics sur ce seul texte, l'Assemblée l'a rejetée massivement : 361 voix contre, 141 pour, 41 abstentions.

Le détail du vote raconte une configuration inhabituelle : les 141 voix pour proviennent presque exclusivement du Rassemblement national (121 voix) et de ses alliés de l'UDR d'Éric Ciotti (15 voix). Tout le reste de l'hémicycle — les macronistes d'EPR (79 contre), LFI (71), les socialistes (69), les écologistes (37), le MoDem (35), Horizons (32) — a voté contre, tandis que la Droite républicaine s'abstenait à 40 voix. Un texte d'origine LR, rejeté par le bloc central et soutenu par la seule extrême droite : c'est le résultat des transformations subies par le texte en séance.

« Les énergies décarbonées, c'est bien, mais si elles sont intermittentes et diffuses, elles coûtent cher. Comme nous avons le souci du pouvoir d'achat des Français, nous proposons de supprimer la mention des installations solaires et éoliennes. »

Maxime Amblard
Maxime Amblard
RN
Meuse (1)
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Le moratoire qui a fait dérailler le texte

Le point de bascule s'est joué sur les énergies renouvelables. En séance, les députés de la Droite républicaine et du Rassemblement national ont fait adopter un moratoire suspendant les nouvelles autorisations d'éolien et de photovoltaïque — une mesure absente du texte voté par le Sénat. Jérôme Nury (DR) l'assumait comme une pause en attendant une « étude précise et objective ».

« Le bon sens, c'est aussi se soucier de la souveraineté de notre électricité et de sa robustesse, tout en veillant au montant de la facture pour les Français et les entreprises. C'est le sens de la mesure suspendant les autorisations d'implantation des énergies renouvelables intermittentes. »

Jérôme Nury
Jérôme Nury
DR
Orne (3)
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Pour la gauche et une partie du bloc central, ce moratoire rendait le texte inacceptable : privé de nouvelles capacités renouvelables, le pays mettait selon eux en danger à la fois sa sécurité d'approvisionnement et les prix. Le texte ainsi remanié n'avait plus de majorité — d'où le paradoxe final d'un vote où seuls le RN et l'UDR ont soutenu « l'ensemble ».

« C'est une vision très dangereuse pour la sécurité de l'approvisionnement énergétique de notre pays, pour le climat, mais aussi pour la facture des Françaises et des Français. »

Julie Laernoes
Julie Laernoes
ECOS
Loire-Atlantique (4)
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Depuis, le texte dort — et le décret a pris la place

La navette n'était pourtant pas terminée. Dès le 8 juillet 2025, le Sénat a adopté le texte en deuxième lecture, délesté du moratoire sur l'éolien et le solaire et recentré sur la programmation, précisément pour le rendre votable par les députés. Transmis à l'Assemblée le 9 juillet 2025, il y est depuis en attente : un examen était envisagé fin septembre 2025, mais la chute du gouvernement l'a balayé, et aucune date de séance publique n'a été fixée depuis. Notre base de données le confirme : depuis le 24 juin 2025, plus aucun scrutin public n'a porté sur la programmation énergétique.

Dans l'intervalle, le gouvernement a tranché seul : le 12 février 2026, la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) a été publiée par décret, fixant la stratégie 2026-2035 — relance du nucléaire comprise. Le décret encadre aussi le rythme de soutien public à l'éolien terrestre et au photovoltaïque jusqu'à fin 2028 : une partie de ce que le Parlement n'a pas voté s'applique désormais sans lui.

À noter : la hausse du 1er août n'est pas décidée par le Parlement — le tarif réglementé relève de la CRE. Mais la trajectoire qui pèse sur les prix de long terme (combien de réacteurs, combien de renouvelables, quels investissements réseaux) devait, elle, passer par une loi : celle prévue par la loi énergie-climat de 2019 pour juillet 2023 au plus tard. Trois ans après l'échéance, elle n'existe toujours pas.

Ce que les députés ont réellement voté sur l'énergie

Le Parlement n'est pas resté inactif sur l'énergie — mais il a légiféré à la marge, texte sectoriel par texte sectoriel, sans jamais trancher la stratégie d'ensemble. Depuis le début de la 17e législature, 261 scrutins publics de l'Assemblée touchent à l'énergie (dont 207 sur la seule loi de programmation rejetée), et 269 députés ont posé 540 questions au gouvernement mentionnant l'énergie ou l'électricité.

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Hydroélectricité : la seule grande loi votée
La loi de relance des investissements hydroélectriques a été adoptée le 17 juin 2026 par 290 voix contre 59 — LFI seul contre, RN et Écologistes abstenus.
☢️
Essais nucléaires : indemnisation élargie
Le 29 janvier 2026, l'Assemblée a adopté à l'unanimité des votants (69 voix pour, aucune contre) la reconnaissance des victimes des essais nucléaires français.
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La stratégie d'ensemble : par décret
Faute de loi de programmation, la trajectoire nucléaire et renouvelables 2026-2035 est fixée par la PPE 3, publiée par décret le 12 février 2026 — sans vote parlementaire.

Les dates clés

8 novembre 2019
La loi énergie-climat impose une loi de programmation énergétique quinquennale, la première avant le 1er juillet 2023. Elle ne sera jamais votée.
16 octobre 2024
Le Sénat adopte en première lecture la proposition de loi de programmation du sénateur Daniel Gremillet.
16-24 juin 2025
Marathon à l'Assemblée : 207 scrutins publics. Un moratoire sur l'éolien et le solaire est ajouté en séance par la droite et le RN.
24 juin 2025
L'Assemblée rejette l'ensemble du texte : 361 voix contre, 141 pour (RN et UDR pour l'essentiel), 41 abstentions.
8-9 juillet 2025
Le Sénat réadopte le texte sans le moratoire et le transmet à l'Assemblée. Il n'y sera plus jamais examiné en séance.
12 février 2026
Le gouvernement publie la PPE 3 par décret : la trajectoire énergétique 2026-2035 s'applique sans vote du Parlement.
1er août 2026
Le tarif réglementé de l'électricité augmente de 2,5 % en moyenne pour environ 20 millions de foyers.

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