Pourquoi ce compte à rebours ? Le contexte en 6 points
  • L'encadrement des loyers n'est pas une loi permanente : c'est une expérimentation, créée par l'article 140 de la loi Elan du 23 novembre 2018 pour cinq ans, puis portée à huit ans par la loi 3DS du 21 février 2022.
  • Elle s'éteint donc le 23 novembre 2026. Sans vote du Parlement d'ici là, les collectivités qui plafonnent les loyers perdent leur base juridique : le dispositif disparaît, il n'y a rien à abroger.
  • Environ 72 communes et intercommunalités l'appliquent aujourd'hui : Paris, Lille, Lyon, Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble-Alpes Métropole, le Pays basque, Est Ensemble, Plaine Commune.
  • Un seul texte peut le sauver : la proposition de loi socialiste d'Iñaki Echaniz, adoptée à l'Assemblée le 11 décembre 2025, qui pérennise le dispositif au lieu de le prolonger.
  • Elle a été transmise au Sénat le lendemain. Le Sénat a désigné son rapporteur le 8 juillet 2026, sept mois plus tard, et l'examinera en séance publique le 21 octobre 2026 — 33 jours avant l'échéance.
  • Entre-temps, le rapport d'évaluation commandé par le Parlement aux économistes Gabrielle Fack et Guillaume Chapelle a été remis le 22 mai 2026. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun s'est dit favorable, fin juin, à une simple prolongation de deux ans.

Il reste 106 jours. Le 23 novembre 2026, à minuit, l'expérimentation de l'encadrement des loyers s'achèvera d'elle-même dans les quelque 72 communes et intercommunalités qui l'appliquent, sauf si le Parlement vote un texte avant cette date. Le seul véhicule législatif disponible — la proposition de loi pour retrouver la confiance et l'équilibre dans les rapports locatifs — a été adopté par l'Assemblée nationale le 11 décembre 2025 par 105 voix contre 56. Soit 165 députés votants sur 577.

105
Pour
56
Contre
165
Votants sur 577

Ce chiffre de 165 votants n'a rien d'anormal : le texte était inscrit dans la « niche » du groupe Socialistes, ces journées où un groupe d'opposition maîtrise l'ordre du jour et où l'hémicycle se vide. Mais il situe le poids politique du vote : un texte qui engage le loyer de plusieurs centaines de milliers de ménages a été arbitré par moins d'un député sur trois.

Une majorité de gauche, une opposition qui va des Républicains au RN

Le vote du 11 décembre dessine une ligne nette. Les 105 voix pour viennent presque entièrement de la gauche : 54 socialistes, 30 députés de La France insoumise, 17 écologistes, 3 du groupe GDR et 1 du groupe LIOT. Les 56 voix contre agrègent le Rassemblement national (28 contre, 1 abstention), Ensemble pour la République (13 contre, 3 abstentions), Horizons (6), les Démocrates (4), UDR (3) et La Droite Républicaine (2). Aucun groupe de la coalition gouvernementale n'a soutenu le texte.

L'affrontement le plus révélateur n'est pourtant pas celui-là. C'est le vote sur l'amendement de suppression de l'article premier — l'article qui pérennise l'encadrement — déposé par Guillaume Kasbarian, ancien ministre du Logement. Rejeté par 123 voix contre 51, avec un hémicycle plus fourni que pour le vote final.

Amendement Kasbarian de suppression de l'article premier — rejeté, 11 décembre 2025
Pour la suppression
Contre la suppression
Abstention
SOC
59 contre
LFI-NFP
38 contre
RN
27 pour
ECOS
19 contre
EPR
9 pour, 4 contre
HOR
6 pour
DR
6 pour
DEM
3 abstentions
UDDPLR
3 pour
LIOT
2 contre
GDR
1 contre

Le bloc central s'est divisé sur cet amendement : 9 députés Ensemble pour la République ont voté la suppression, 4 s'y sont opposés. Les 3 députés Démocrates présents se sont abstenus. À l'inverse, le Rassemblement national a voté la suppression de façon compacte — 27 voix, aucune défection — alignant sa position sur celle des Républicains et d'Horizons.

« La droite et la Macronie expliquent que l'encadrement des loyers décourage les propriétaires. Comprenez : ils ne peuvent plus louer à des prix extravagants. Quel drame absolu — j'en suis tout émue ! »

Anaïs Belouassa-Cherifi
Anaïs Belouassa-Cherifi
LFI-NFP
Rhône (1)
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L'argument des opposants : une pérennisation avant l'évaluation

Le principal argument des opposants, en décembre, portait sur la méthode. La loi Elan prévoyait une évaluation de l'expérimentation ; elle n'était pas encore rendue au moment du vote. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun avait lui-même jugé le calendrier « un peu prématuré », faisant valoir que le rapport commandé aux économistes Gabrielle Fack et Guillaume Chapelle était toujours attendu.

« L'encadrement des loyers ne saurait être une solution miracle. C'est un outil de régulation, utile dans certaines situations, mais qui ne suffit pas, à lui seul, à rétablir l'équilibre du marché. Monsieur le ministre, la France a besoin d'une politique du logement ambitieuse et cohérente. »

Philippe Gosselin
Philippe Gosselin
DR
Manche (1)
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Le rapport a été remis le 22 mai 2026. Ses conclusions ne tranchent pas le débat, mais elles le déplacent : dans les zones encadrées, les loyers ont augmenté de 2 à 4 % de moins que dans les villes témoins les deux premières années, un écart qui atteint environ 5 % en fin de période observée, soit de l'ordre de 600 millions d'euros par an qui restent dans la poche des locataires. Les économistes relèvent aussi une baisse d'environ 8 % du nombre d'annonces locatives dans les zones encadrées hors Île-de-France — mais constatent que ce recul s'observe également dans les villes non encadrées, ce qui interdit de l'attribuer au seul dispositif.

À noter : le principal enseignement du rapport Fack-Chapelle n'est pas sur l'efficacité du plafond, mais sur son application. 35,6 % des baux parisiens signés entre 2020 et 2024 dépassaient le plafond légal, et plus de 40 % à Bordeaux et dans certaines zones d'Île-de-France. Les gains, par ailleurs, profitent davantage aux locataires des 7e à 10e déciles de revenus qu'aux ménages les plus modestes.

Le mot qui fâche

Le débat du 11 décembre a aussi porté sur le vocabulaire. La députée Annaïg Le Meur, autrice du rapport parlementaire sur la fiscalité locative qui a inspiré la loi sur les meublés de tourisme, a proposé de rebaptiser le dispositif.

« Le mot “encadrement” fait peur. C'est pourquoi je propose plutôt de parler d'ajustement des loyers aux prix du marché, ce qui correspond à la réalité. En effet, la loi en vigueur, loin de déterminer un loyer social, permet la fixation d'un loyer juste par rapport au marché. »

Annaïg Le Meur
Annaïg Le Meur
EPR
Finistère (1)
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Le député RN Philippe Lottiaux lui a répondu en séance : « N'ayez pas l'encadrement honteux ! Assumez d'encadrer les loyers ! Vous proposez la formulation "ajuster les loyers aux prix du marché" alors que vous faites l'inverse : vous les sortez du prix du marché. » Son groupe a néanmoins voté contre le texte, et pour la suppression de son article premier.

Ce que contient le texte adopté par l'Assemblée

♾️
Fin de l'expérimentation
L'encadrement des loyers devient un dispositif permanent, sans date de péremption, dans les communes qui choisissent de l'appliquer.
🗺️
Extension aux communes voisines
Les communes situées en zone tendue et celles limitrophes appartenant à la même intercommunalité peuvent instaurer le plafonnement.
📉
Complément de loyer plafonné
Le supplément facturé pour les logements « exceptionnels » est limité à 20 % du loyer de référence majoré — la principale faille du dispositif actuel.
⚖️
Recours des locataires allongé
Le texte élargit la fenêtre pendant laquelle un locataire peut contester le montant de son loyer, y compris après avoir quitté le logement.

Ce qui va réellement se passer

La pérennisation votée en décembre a peu de chances de survivre au Sénat en l'état. Fin juin, Vincent Jeanbrun a fait connaître son arbitrage : prolonger l'expérimentation de deux ans, « sans ajouter de nouvelles communes », et renvoyer la question de la pérennisation après l'élection présidentielle. Iñaki Echaniz, auteur du texte, a indiqué qu'il porterait lui-même l'amendement de prolongation, le gouvernement s'engageant en échange à inscrire le texte à l'ordre du jour du Sénat.

Le calendrier reste serré. Si le Sénat modifie le texte le 21 octobre — ce que la prolongation de deux ans implique mécaniquement —, il faudra un second vote de l'Assemblée avant le 23 novembre pour que le dispositif ne s'éteigne pas. Il restera alors 33 jours, jours de séance non garantis, dans une session déjà occupée par le budget 2027.

Une seconde proposition de loi existe : celle des sénateurs Ian Brossat, Marianne Margaté et Antoinette Guhl, visant à pérenniser, généraliser et améliorer le dispositif d'encadrement des loyers, déposée au Sénat le 27 novembre 2025. Elle n'a jamais été inscrite à l'ordre du jour.

23 novembre 2018
La loi Elan crée l'encadrement des loyers à titre expérimental, pour cinq ans (article 140).
21 février 2022
La loi 3DS porte l'expérimentation à huit ans. Terme fixé au 23 novembre 2026.
27 novembre 2025
Dépôt au Sénat de la proposition de loi Brossat-Margaté-Guhl de pérennisation. Jamais inscrite à l'ordre du jour.
11 décembre 2025
L'Assemblée adopte la proposition de loi Echaniz par 105 voix contre 56, dans la niche du groupe Socialistes. L'amendement de suppression de l'article premier est rejeté 123 à 51.
12 décembre 2025
Transmission au Sénat, où le texte devient la proposition de loi n° 217 (2025-2026).
22 mai 2026
Remise du rapport d'évaluation Fack-Chapelle : baisse relative des loyers de 2 à 5 %, environ 600 millions d'euros par an de gains pour les locataires, 35,6 % de baux parisiens hors plafond.
24 juin 2026
Vincent Jeanbrun se prononce pour une prolongation de deux ans sans extension à de nouvelles communes.
8 juillet 2026
La commission des affaires économiques du Sénat désigne enfin son rapporteur, sept mois après la transmission.
21 octobre 2026
Examen prévu en séance publique au Sénat.
23 novembre 2026
Extinction automatique de l'expérimentation si aucun texte n'a été définitivement adopté.

Si vous louez à Paris, Lille, Lyon, Villeurbanne, Bordeaux, Montpellier, Grenoble ou au Pays basque, votre plafond de loyer dépend de ce que feront les parlementaires entre le 21 octobre et le 23 novembre. Vous pouvez consulter le vote de décembre député par député dans le graphique ci-dessus, retrouver la fiche complète du texte et son parcours législatif, et écrire directement à votre député depuis sa fiche pour lui demander sa position.