- Le point d'indice sert de base au traitement de tous les agents publics. Sa valeur n'a pas bougé depuis le 1er juillet 2023 : 59,07 euros par an, soit 4,92 euros par mois et par point.
- Le 17 septembre, dans Le Figaro, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu'il resterait gelé en 2027, pour une économie de 2 milliards d'euros sur les 54 milliards d'effort du budget. Ce sera la quatrième année sans hausse.
- Le mardi 29 septembre, les huit syndicats de la fonction publique ont fait grève. À la mi-journée, le ministère comptait 9,64 % de grévistes dans la fonction publique de l'État, 5,68 % dans la territoriale et 4,5 % dans l'hospitalière. Le 5 décembre 2024, ils étaient 18,18 % sur la journée.
- Dans la rue, le ministère de l'Intérieur a compté 206 000 manifestants, la CGT plus de 300 000.
- Le projet de loi de finances pour 2027 est présenté en conseil des ministres le jeudi 1er octobre. L'Assemblée l'examine à partir de la mi-octobre.
Le gel du point d'indice en 2027 ne sera pas soumis au vote des députés. Sa valeur est fixée par décret, et le gouvernement a répété le jour de la grève qu'il ne la relèverait pas. Une chambre du Parlement s'est pourtant déjà prononcée sur le sujet. Le 19 février 2025, le Sénat a rejeté par 226 voix contre 112 un article de loi qui obligeait à augmenter le point d'indice chaque année au moins autant que l'inflation.
Au Sénat, la droite et le centre ont dit non à l'indexation
Le texte venait du groupe communiste. La proposition de loi visant à indexer les salaires sur l'inflation, déposée par Cathy Apourceau-Poly et ses collègues, rapportée par Silvana Silvani, tenait en cinq articles. Le premier indexait les salaires du privé. Le deuxième visait les agents publics : « La valeur du point d'indice de la fonction publique augmente annuellement au minimum en fonction du taux prévisionnel d'évolution » des prix.
La commission des affaires sociales ne l'a pas adopté. Son rapport retient que le texte « représentait un coût élevé pour les finances publiques s'agissant du traitement des fonctionnaires ». En séance, l'article 2 a réuni les voix des socialistes (65), des communistes (17), des écologistes (16) et de 14 membres du RDSE, dont trois autres se sont abstenus. Ont voté contre 130 sénateurs Les Républicains, 59 centristes, les 19 élus du RDPI, le groupe macroniste, et 18 Indépendants. Les quatre autres scrutins publics sur ce texte ont été perdus par ses auteurs avec des écarts voisins, et la proposition de loi a été rejetée.
À l'Assemblée, 250 amendements et aucun vote sur la valeur du point
Depuis le début de la législature, en 2024, 250 amendements déposés à l'Assemblée mentionnent le point d'indice, dont 157 sur le seul budget 2025. Leur premier auteur est un député de La France insoumise dans 76 cas, un écologiste dans 41, un élu de la Droite républicaine dans 36, un socialiste dans 35. Mais le point d'indice y sert presque toujours d'argument, pas d'objet : six amendements seulement le citent dans leur dispositif, et aucun ne fixe sa valeur.
Aucun des 22 amendements mis aux voix dans l'hémicycle (14 adoptés, 8 rejetés) ne touche au salaire des agents. Presque tous portent sur la facture : ils demandent plus de ressources pour les communes, les départements ou les chambres consulaires, qui ont dû absorber les hausses de 2022 et 2023, ou traitent des indemnités des élus locaux, calculées elles aussi en points d'indice. Pour les employeurs locaux, le gel est d'abord une dépense en moins.
« On demande aux collectivités des efforts budgétaires contraignants […] et elles subissent par ailleurs des augmentations de point d'indice ou encore le Ségur. Cela n'a pas été le cas en 2025 – bravo ! – mais il faut digérer tout cela depuis quelques années. »
En séance le 5 novembre 2025, pendant l'examen du budget de la Sécurité sociale pour 2026.
Les rares amendements qui visaient le gel lui-même sont restés en commission. À l'automne 2024, Paul Molac (LIOT) a déposé en commission des lois un « amendement d'appel » pour alerter sur ses conséquences. Son exposé chiffre le coût d'une indexation sur l'inflation de l'époque, 1,2 %, à 1,2 milliard d'euros par an pour la seule fonction publique de l'État. Il a été rejeté. Ceux d'Arnaud Bonnet (Écologiste et Social), qui rétablissaient les crédits de la garantie individuelle du pouvoir d'achat, une prime versée aux agents dont le traitement progresse moins vite que les prix, ont été rejetés en commission en 2024 puis en 2025.
« Indexons le point d'indice de la fonction publique sur l'inflation, et nous résoudrons bon nombre des problèmes de pouvoir d'achat des fonctionnaires ! »
En séance le 5 mai 2026, pendant l'examen de la loi de programmation militaire.
Le seul levier des députés leur a échappé deux fois
Les députés ne peuvent pas fixer la valeur du point : elle figure dans un décret de 1985 que le gouvernement modifie à chaque revalorisation. Ils ne peuvent pas non plus alourdir la dépense par amendement, la Constitution l'interdit. Il leur reste un levier, le vote des crédits de personnel de chaque ministère dans la loi de finances. C'est pour cela que Paul Molac déplaçait symboliquement 1,2 million d'euros d'un programme à l'autre.
Or ce vote n'a jamais eu lieu depuis 2024. Le budget 2025 et le budget 2026 ont tous deux été adoptés par 49.3, sans que les députés votent la partie dépenses dans l'hémicycle. Le gel a donc été décidé, reconduit et financé sans qu'un député ait à lever la main.
« Dans la fonction publique, nous avons décidé le gel du point d'indice, le non-versement de la garantie individuelle du pouvoir d'achat […], l'instauration de trois jours de carence […]. Ces décisions difficiles, nous les assumons. »
Alors ministre de la fonction publique, aux questions au gouvernement du 4 décembre 2024.
Sébastien Lecornu a promis un budget 2027 sans 49.3 ni ordonnances. S'il tient parole et si l'examen va à son terme, les députés voteront cet automne, pour la première fois de la législature, les crédits qui paient les agents publics. Ils pourront les déplacer, pas décider d'une hausse : le décret restera entre les mains du gouvernement.
Sept questions écrites depuis juillet, aucune réponse
Reste le contrôle. Les députés ont posé 48 questions écrites qui évoquent le point d'indice depuis octobre 2024, et 32 ont reçu une réponse. Les sénateurs en ont posé 64 depuis juillet 2023. Mais les sept questions de députés déposées depuis le rendez-vous salarial du 8 juillet 2026, où le gouvernement a annoncé qu'il n'y aurait pas de mesure générale, sont toutes sans réponse.
Elles viennent de La France insoumise comme du Rassemblement national. Hubert Ott (Les Démocrates) s'inquiète des traitements passés sous le SMIC, compensés par une indemnité qui « ne tient compte ni du grade ni de l'ancienneté ». Mathilde Hignet (La France insoumise) soulève le même problème, Laurence Robert-Dehault (Rassemblement national) demande une révision des grilles des catégories B et C. La dernière date du jour de la grève : Pierre Cordier (Droite républicaine) interroge le ministre sur la rémunération des agents de catégorie C. Selon la CGT, 862 000 agents touchent une indemnité différentielle pour atteindre le SMIC depuis sa hausse du 1er juin.
Jour de carence et arrêts maladie : ce qui a vraiment changé
Les deux autres revendications des syndicats relèvent, elles, de la loi. Depuis le 1er mars 2025, un fonctionnaire en arrêt maladie ordinaire touche 90 % de son traitement au lieu de 100 % pendant les trois premiers mois. La mesure figure à l'article 189 de la loi de finances pour 2025, adoptée par 49.3.
Le jour de carence, en revanche, est resté à un jour. En décembre 2025, le Sénat a inscrit dans le budget 2026 un article 79 bis qui le portait à trois jours. En nouvelle lecture, début janvier 2026, la commission des finances de l'Assemblée a adopté les amendements de suppression d'Hadrien Clouet (La France insoumise) et d'Emmanuel Duplessy (Écologiste et Social). Le gouvernement n'a pas repris l'article dans le texte adopté par 49.3, selon Acteurs publics.
Pour savoir ce que votre député ou votre sénateur a déposé sur les salaires des agents publics, consultez sa fiche ou parcourez les débats sur le point d'indice. Le reste de l'effort demandé en 2027 est détaillé dans notre article sur les 54 milliards d'économies, et les suppressions de postes à France Travail dans celui-ci.
Article mis à jour le 30 septembre 2026, au lendemain de la grève. Une première version avait été publiée le 3 septembre.