- France Travail a remplacé Pôle emploi le 1er janvier 2024, en application de la loi « pour le plein emploi ». C’est l’opérateur public qui inscrit, indemnise, accompagne et contrôle les demandeurs d’emploi.
- Depuis le 1er janvier 2025, les allocataires du RSA et les jeunes suivis par les missions locales y sont inscrits automatiquement : plus de 1,2 million de nouveaux inscrits, selon les amendements déposés à l’Assemblée.
- Le budget 2026 a baissé sa subvention de près de 159 millions d’euros (−12 %) et réduit son plafond d’emplois de 515 postes (équivalents temps plein), de 49 147 à 48 632.
- Le chômage est remonté à 8,3 % au deuxième trimestre 2026. Pour 2027, le ministère du Travail doit trouver 2,5 milliards d’euros d’économies.
- Mardi 29 septembre, les dix syndicats de France Travail appellent à la grève ensemble, une première depuis 2018, le même jour que la grève de toute la fonction publique.
Les 515 postes supprimés cette année à France Travail, deux commissions de l’Assemblée et le Sénat avaient voté pour les conserver. En novembre 2025, les commissions des finances et des affaires sociales ont adopté les crédits nécessaires. Le Sénat a ensuite rétabli les 515 emplois dans le texte. Le gouvernement les a retirés le 23 janvier 2026 par un amendement intégré au texte qu’il a fait adopter par l’article 49.3, sans vote des députés. Quatre jours plus tard, la motion de censure qui pouvait faire tomber ce budget a manqué la majorité de 22 voix.
Un amendement du camp gouvernemental, adopté deux fois en commission
L’amendement qui est allé le plus loin ne vient pas de l’opposition. Christine Le Nabour (Horizons) a proposé de rendre à France Travail 158,7 millions d’euros, soit exactement l’écart entre la subvention 2025 et celle prévue pour 2026. Son objectif, écrit noir sur blanc : que l’effort budgétaire « s’opère par des leviers d’efficience et de rationalisation, sans réduction de ses effectifs ». La commission des finances l’a adopté le 3 novembre 2025, la commission des affaires sociales le 7 novembre.
Ces votes n’ont jamais été confirmés en séance. En première lecture, l’Assemblée a rejeté la partie recettes du projet de loi de finances pour 2026, et le texte est parti au Sénat sans que les dépenses aient été examinées. En nouvelle lecture, en janvier, Christine Le Nabour a redéposé l’amendement, porté à 188,7 millions d’euros pour annuler aussi une coupe de 30 millions votée au Sénat. Il était cosigné par trois députés EPR, Sandra Marsaud, Didier Le Gac et Christophe Marion, et par Michel Castellani (LIOT). Il n’a jamais été appelé.
À gauche, une vingtaine d’amendements, un seul adopté
La gauche a déposé la plupart des amendements pour conserver les postes, à chaque étape. Le groupe socialiste, avec Océane Godard puis Estelle Mercier, s’est opposé à la suppression des 515 postes, en commission comme en séance. Les écologistes, avec Sophie Taillé-Polian et Tristan Lahais, voulaient arrêter la baisse des crédits. Emmanuel Maurel (GDR) ciblait la coupe de 30 millions ajoutée par le Sénat. Côté LFI, un amendement d’appel d’Hadrien Clouet pour « protéger les 515 postes menacés » a été rejeté en commission des finances en novembre, puis adopté par la même commission le 6 janvier 2026, en nouvelle lecture.
À l’opposé, le groupe Droite républicaine proposait de retirer encore 13 millions d’euros à France Travail pour ramener sa subvention « à son niveau de 2021 ». L’amendement, signé par Laurent Wauquiez, a été rejeté en commission des finances.
« Les demandeurs d’emploi sont perdus sur les plateformes et les conseillers se retrouvent ainsi à jouer le rôle d’opérateurs de contrôle de la recherche d’emploi plutôt que de remplir leur mission d’accompagnement. »
En séance, le 7 janvier 2026.
Le Sénat rétablit les postes, le gouvernement les retire par 49.3
Au Sénat, en décembre 2025, le plafond d’emplois de France Travail a été relevé de 515 équivalents temps plein, pour garder ses effectifs au niveau de 2025. À ce stade, la suppression des postes n’était plus dans le texte.
Le 23 janvier 2026, le gouvernement a engagé sa responsabilité sur la partie dépenses du budget. Il a déposé le même jour un amendement à l’article 55, celui des plafonds d’emplois des opérateurs, qui « rétablit en premier lieu la diminution du plafond d’emplois de l’opérateur France Travail de 515 ETPT », « conformément aux orientations fixées par le Gouvernement ». Avec le 49.3, c’est le gouvernement qui choisit les amendements retenus, et celui-ci l’a été. Le rapport de la commission des finances du Sénat du 28 janvier 2026 le confirme : le texte adopté par 49.3 revient sur la hausse des effectifs de France Travail votée par les sénateurs.
267 voix pour la censure, il en fallait 289
Le 27 janvier 2026, la motion de censure de la gauche contre ce 49.3 a réuni 267 voix, 22 de moins que la majorité absolue. Le RN a apporté 121 voix, LFI 71, les écologistes 35, l’UDR 16 et le GDR 14. Le groupe socialiste n’en a apporté que 5, alors que ses députés avaient déposé des amendements contre la suppression des 515 postes en commission comme en séance. La Droite républicaine n’en a fourni qu’une. Le budget a été considéré comme adopté, et les postes supprimés avec lui.
Plus d’inscrits, plus de contrôles, moins d’agents
Les exposés des amendements, de Horizons à LFI, font le même constat. L’inscription automatique a ajouté plus de 1,2 million de personnes, auxquelles s’ajoutent environ 50 000 allocataires du RSA chaque mois. Les agents doivent aussi appliquer les 15 heures d’activité hebdomadaire et le contrôle renforcé de la recherche d’emploi. France Travail dit de son côté avoir engagé un redéploiement de 3 700 emplois d’ici 2027 vers ses missions prioritaires, sans hausse de ses effectifs totaux.
« Vous avez obligé France Travail et d’autres agences à placer tous les demandeurs d’emploi dans des formations pour les faire sortir des catégories du chômage, mais ils ne sont pas pour autant en emploi. »
En séance, le 3 novembre 2025.
Les députés ont interrogé le gouvernement par écrit ou à l’oral. Depuis octobre 2024, 154 questions parlementaires mentionnent France Travail : 37 viennent de LFI, 33 du RN, 17 d’EPR, 15 des socialistes. Exactement la moitié (77) a reçu une réponse. En juin 2026, Thierry Frappé (RN) alertait sur le chômage des 15-24 ans, alors que le taux national atteignait 8,1 % au premier trimestre, « son plus haut niveau depuis 2021 ».
Des moyens votés pour le contrôle, pas pour l’accompagnement
Un mois après le budget, les députés ont examiné le projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales. Le texte débattu en séance donne à France Travail de nouveaux pouvoirs : accès aux données de connexion et aux fichiers des compagnies aériennes, et possibilité pour son directeur général de suspendre les allocations en cas de manœuvres frauduleuses. Ces missions de contrôle s’ajoutent pour des effectifs réduits, ce que la gauche a souligné à plusieurs reprises dans le débat.
« L’enjeu est simple : donner à France Travail les moyens de confirmer ou d’infirmer l’existence de ces fraudes. »
En séance, le 27 février 2026.
Chronologie
Pour savoir ce que votre député a déposé ou voté sur le service public de l’emploi, consultez sa fiche depuis la recherche thématique. Les revendications salariales de la grève (point d’indice, jour de carence) sont détaillées dans notre article sur ce que le Parlement vote pour les agents publics. Le calendrier du prochain budget est dans notre guide du budget 2027.