- Le 17 septembre 2026, dans Le Figaro, Sébastien Lecornu a chiffré l'effort du budget 2027 à environ 54 milliards d'euros, pour ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027. Il atteignait 5,1 % en 2025.
- Ces 54 milliards ne sont pas seulement des coupes. C'est l'écart entre la hausse spontanée de la dépense (pensions indexées sur l'inflation, départs en retraite, santé, défense) et la cible de déficit. Le budget des armées augmente à lui seul de 6,4 milliards.
- Le Premier ministre exclut toute hausse générale d'impôts. Il annonce un gel en valeur des dépenses de l'État, un effort de moins de 6 milliards demandé aux retraités, 2 milliards sur les arrêts maladie, 2 milliards par le gel du point d'indice des fonctionnaires, 2,5 milliards au ministère du Travail, 1 milliard de plus contre la fraude, un plafonnement des dépenses des collectivités et un possible gel partiel des APL.
- Le minimum vieillesse, le RSA, l'allocation aux adultes handicapés et les petites retraites sont annoncés comme préservés.
- Le projet de loi de finances (PLF) et le budget de la Sécu (PLFSS) pour 2027 sont présentés le 30 septembre. L'examen commence le 12 octobre à l'Assemblée, le vote solennel est prévu le 17 novembre (le calendrier du vote, étape par étape).
- Presque tous ces postes ont déjà été soumis aux députés dans les budgets 2026, il y a moins d'un an. Le 21 novembre 2025, ils avaient rejeté la première partie du budget de l'État par 404 voix contre 1.
Sur les 54 milliards d'euros d'effort que Sébastien Lecornu veut inscrire dans le budget 2027, la plupart des postes ont déjà un passé à l'Assemblée nationale, et il n'est pas favorable au gouvernement. Le gel des pensions a été supprimé par 308 voix contre 99 en novembre 2025, puis une seconde fois en décembre. Le remplacement de l'abattement fiscal des retraités par un forfait a été rejeté par 213 voix contre 17. La surtaxe sur les grandes entreprises, votée en octobre, n'a pas été rétablie par les députés en janvier. Deux postes seulement ont déjà trouvé une majorité : le plafonnement des arrêts maladie, adopté avec 26 voix d'écart, et la loi contre la fraude. Deux autres n'ont jamais été soumis à un vote en séance : le point d'indice, fixé par décret, et la ponction sur les collectivités.
Retraités : moins de 6 milliards, déjà refusés trois fois
C'est le poste le plus lourd de la liste : un effort « inférieur à 6 milliards d'euros » demandé aux retraités. Sébastien Lecornu laisse au Parlement le choix de la méthode : un gel partiel des pensions, les plus élevées d'abord, ou un rabot sur l'abattement fiscal de 10 % des retraités. Les deux options ont déjà été votées.
Le gel figurait à l'article 44 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, avec celui de nombreuses prestations. Le 12 novembre 2025, les députés l'ont supprimé par 308 voix contre 99. Selon la ventilation officielle (groupe au moment du vote), seuls les trois groupes du socle gouvernemental l'ont défendu : EPR (47 voix), Horizons (24) et Démocrates (23). En face, une coalition allait du RN (104 voix) à LFI (46), avec les socialistes (61), la Droite républicaine (32) et les écologistes (31). Le gouvernement a rétabli l'article en nouvelle lecture. Il a été supprimé une seconde fois le 5 décembre, par 197 voix contre 84. Au Sénat, la droite l'avait entre-temps rétabli par 198 voix contre 120. La loi promulguée ne contient pas d'« année blanche ».
« Le budget présenté par le gouvernement concentre beaucoup de mesures ciblant les retraités, ceux qui ont travaillé toute leur vie : gel de la revalorisation des pensions en 2026, remise en cause de l'abattement de 10 % pour l'impôt sur le revenu et, comme si cela ne suffisait pas, limitation à 0,9 % de la hausse des retraites en 2027. »
L'avertissement d'Ian Boucard, prononcé en séance le 5 novembre 2025, visait déjà les deux options. L'abattement a connu le même sort que le gel. L'article 6 du projet de loi de finances pour 2026 le remplaçait par un forfait de 2 000 euros par retraité. Le 13 novembre 2025, les députés ont supprimé l'article par 213 voix contre 17, l'un des scores les plus déséquilibrés de la séquence budgétaire. Même le groupe EPR a lâché la mesure de son gouvernement : 17 de ses députés ont voté la suppression, 8 l'ont défendue. Depuis, les députés ont proposé d'autres formules, avec des forfaits allant de 450 à 2 800 euros.
Grandes entreprises : une surtaxe votée en octobre, lâchée en janvier
Côté recettes, le gouvernement reconduit la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, mais la ramène à environ 5 milliards d'euros. Cette surtaxe a un parcours plus sinueux à l'Assemblée. Le 27 octobre 2025, l'article 4 du budget 2026, qui la prolongeait en la recentrant sur les très grandes entreprises, a été adopté par 204 voix contre 142. La gauche a voté pour ; le RN, Horizons et la Droite républicaine contre.
« Notre groupe soutiendra la prorogation de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises prévue à l'article 4. »
Le matin même, Jean-Philippe Tanguy annonçait ce soutien dans l'hémicycle. Quelques heures plus tard, une fois la version recentrée du gouvernement adoptée, les 93 députés RN présents ont voté contre l'article. Le Sénat l'a ensuite supprimé. En nouvelle lecture, le 15 janvier 2026, l'Assemblée a refusé de le rétablir par 123 voix contre 38 : seule la gauche a voté pour. C'est le texte adopté par 49.3 qui a réintroduit la surtaxe, avec 7,3 milliards d'euros attendus en 2026. Le détail de ces votes est dans notre décompte sur la taxation des superprofits.
APL et délai de carence : des mesures déjà écrites, jamais votées
Le gel partiel des APL que le gouvernement dit « possible » avait déjà été inscrit à l'article 67 du projet de budget 2026, avec l'exclusion des étudiants étrangers extracommunautaires non boursiers. En séance, les amendements de suppression venus de la gauche et même d'un député EPR ont été rejetés ou sont tombés. Le gel a pourtant disparu du texte final : les APL ont été revalorisées comme l'inflation. Seule l'exclusion des étudiants est restée (notre enquête sur les mesures « inventées »).
« Après avoir refusé toutes nos propositions destinées à faire contribuer les plus aisés de façon plus équitable, vous proposez à présent de geler les retraites, le minimum vieillesse et les prestations sociales telles que le RSA et les APL. »
Les propos de Stéphane Peu, tenus en séance le 12 novembre 2025 pendant le débat sur le gel des prestations, valent aussi pour 2027. Autre annonce du 17 septembre : un délai de carence avant l'accès des étrangers à certaines prestations non contributives. Jusqu'ici, la mesure était portée par l'opposition. Sur le budget 2026, huit amendements signés RN et Laurent Wauquiez l'ont proposée. Aucun n'a été adopté. Le seul vote nominatif sur une condition de ce type, le 5 juin 2025, s'est soldé par un rejet à 87 voix contre 36, avec le socle commun parmi les opposants.
Point d'indice, collectivités, franchises : ce que les députés ne voteront pas
Trois leviers échappent en tout ou partie au vote de l'Assemblée. Le gel du point d'indice des fonctionnaires, chiffré à 2 milliards d'euros, relève du décret : le Parlement ne l'a jamais voté, et il ne le votera pas davantage cet automne. La contribution des collectivités, que le gouvernement veut plafonner au niveau de l'inflation, a un précédent : le DILICO du budget 2026. La commission des finances avait adopté douze amendements de suppression. Pourtant, aucun des 60 amendements déposés en séance n'a été appelé, et le dispositif est entré en vigueur par 49.3, à 740 millions d'euros.
Arrêts maladie et fraude : les deux postes qui ont déjà une majorité
Deux postes font exception, et ils partagent un soutien décisif : celui du RN. Les 2 milliards visés sur les arrêts maladie prolongent une mesure déjà votée. L'article 28 du PLFSS 2026, qui plafonne un premier arrêt à 31 jours et sa prolongation à 62 jours, a été adopté le 9 novembre 2025 par 116 voix contre 90. Le RN a fourni 58 de ces voix, la moitié exactement. La mesure s'applique depuis le 1er septembre 2026. Le milliard supplémentaire attendu de la lutte contre la fraude s'appuie sur une loi adoptée le 5 mai 2026 par 335 voix contre 182, avec le RN comme premier soutien et contre la gauche.
Les 2,5 milliards demandés au ministère du Travail sont un cas intermédiaire. La réduction de l'indemnisation chômage après une rupture conventionnelle a été votée le 2 juin 2026 par 353 voix contre 114. En revanche, la suppression de l'aide au permis des apprentis et la restriction du CPF sont passées dans le budget 2026 alors que les commissions avaient voté neuf fois leur suppression.
Les 54 milliards, poste par poste
Une majorité de 15 voix pour tout faire tenir
Reste l'équation politique. Le dernier budget de la Sécurité sociale n'a été adopté en lecture définitive, le 16 décembre 2025, que par 247 voix contre 232 : sans les voix socialistes, pas de majorité. Le budget de l'État n'a jamais été voté, et le gouvernement garde en réserve l'arme des ordonnances de l'article 47. C'est dans ce rapport de force que Sébastien Lecornu devra faire adopter, entre le 12 octobre et le 17 novembre, des économies que les députés ont pour beaucoup déjà refusées.
Pour suivre ces votes scrutin par scrutin cet automne, consultez les fiches de vos députés sur NosParlementaires : chaque position sur le budget 2027 y sera enregistrée, comme celles de 2026.