- Fin août 2026, le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance pour 2026 de 0,9 % à 0,7 %, s'alignant sur l'Insee, le FMI et l'OCDE — la Banque de France table, elle, sur 0,5 %.
- Le déficit public a atteint 5,1 % du PIB en 2025, l'un des plus élevés de la zone euro. Objectif affiché : environ 5 % en 2026, puis environ 4,9 % en 2027. La dette dépasse 3 536 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026.
- Le projet de loi de finances pour 2027 sera présenté en Conseil des ministres le 30 septembre, pour un examen à l'Assemblée dès octobre et un vote solennel annoncé le 17 novembre.
- Les pistes documentées par le gouvernement : revaloriser les pensions les plus élevées en dessous de l'inflation (un gel total représenterait environ 6 milliards d'euros), relever le plafond annuel des franchises médicales de 100 à 140 euros, et revoir des niches fiscales — dont l'abattement de 10 % des retraités.
- Sébastien Lecornu exclut toute hausse générale d'impôts et a démenti d'autres pistes (APL étudiantes, gel du RSA) — des mesures qui figuraient pourtant dans ses textes de 2026.
- Toutes ces pistes, sauf les franchises, ont déjà été soumises au vote des députés lors des budgets 2026, il y a moins d'un an.
Le cadrage du budget 2027 se durcit : croissance revue à la baisse, déficit à ramener sous les 5 % du PIB, présentation du texte le 30 septembre. Mais les principales pistes d'économies avancées par le gouvernement ont un point commun que Bercy mentionne rarement : l'Assemblée nationale les a déjà jugées. La sous-indexation des pensions a été supprimée par 308 voix contre 99 en novembre 2025, puis une seconde fois en décembre. Le remplacement de l'abattement fiscal des retraités par un forfait a été enterré par 213 voix contre 17. Seul le plafonnement des arrêts maladie est passé — à 26 voix d'écart.
Sous-indexer les pensions : déjà écrit, déjà supprimé — deux fois
Geler ou sous-revaloriser les pensions n'est pas une idée neuve : c'était l'article 44 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, qui prévoyait la désindexation des pensions de retraite et le gel de prestations sociales. Le 12 novembre 2025, les députés l'ont supprimé par 308 voix contre 99 : seuls les trois groupes du socle gouvernemental — EPR (46 voix), Horizons (25) et Démocrates (23) — ont défendu la mesure, balayée par une coalition allant du RN (103 voix) à LFI (46), en passant par les socialistes (61), la Droite républicaine (32) et les écologistes (31). Rétabli par le gouvernement en nouvelle lecture, l'article a été supprimé une seconde fois le 5 décembre, par 197 voix contre 84.
« Le budget présenté par le gouvernement concentre beaucoup de mesures ciblant les retraités, ceux qui ont travaillé toute leur vie : gel de la revalorisation des pensions en 2026, remise en cause de l'abattement de 10 % pour l'impôt sur le revenu et, comme si cela ne suffisait pas, limitation à 0,9 % de la hausse des retraites en 2027. »
La mise en garde d'Ian Boucard, prononcée en séance le 5 novembre 2025, décrit presque mot pour mot le scénario remis sur la table pour 2027 : selon les pistes documentées par la presse, les pensions les plus élevées seraient revalorisées en dessous de l'inflation, avec trois taux possibles — gel total en haut, taux intermédiaire, indexation normale pour les petites retraites. Le ministre Roland Lescure a seulement exclu une « année blanche généralisée ».
Et pendant que le gouvernement cherchait à freiner la dépense de retraite, l'Assemblée votait en sens inverse. Le même 12 novembre 2025, elle adoptait par 255 voix contre 146 la suspension de la réforme des retraites, qui gèle l'âge légal à 62 ans et 9 mois — appliquée depuis le 1er septembre. En juin 2026, les députés ont encore battu deux fois le gouvernement qui voulait limiter le coût de la revalorisation des retraites agricoles. Sur ce terrain, la ligne de l'hémicycle est constante : il dépense, il n'économise pas.
L'abattement des retraités : même le groupe du gouvernement a voté contre sa réforme
Deuxième piste assumée : rogner la niche fiscale des retraités, l'abattement de 10 % sur les pensions, plafonné à 4 399 euros par foyer. Là encore, le vote a déjà eu lieu. L'article 6 du projet de loi de finances pour 2026 proposait de le remplacer par un forfait de 2 000 euros par retraité. Le 13 novembre 2025, les députés ont supprimé l'article par 213 voix contre 17 — un des scores les plus déséquilibrés de la séquence budgétaire. Le RN (75 voix), les socialistes (41), la Droite républicaine (23) et LFI (22) ont voté ensemble la suppression ; fait plus rare, le groupe EPR lui-même a lâché la mesure de son gouvernement, avec 17 voix pour la suppression contre 8 pour la défendre.
Le reste du chantier « niches fiscales » ne s'annonce pas plus simple : les députés ont rejeté à quatre reprises le rabotage du crédit d'impôt emploi à domicile, le Sénat comme l'Assemblée ont fait échouer sept resserrements du pacte Dutreil, et les onze amendements réduisant les dépenses de communication de l'État ont tous été repoussés lors du dernier budget.
Santé : une mesure passée à 26 voix, l'autre jamais votée
Le volet santé est le seul où le gouvernement a déjà engrangé une victoire parlementaire — étroite. L'article 28 du PLFSS 2026, qui plafonne un premier arrêt maladie à 31 jours et sa prolongation à 62 jours, a été adopté le 9 novembre 2025 par 116 voix contre 90 : le RN a fourni 58 de ces voix, la moitié exactement, devant le groupe EPR (26). La mesure s'applique depuis le 1er septembre 2026.
« Nous souhaitons que la sécurité sociale remplisse pleinement son rôle en remboursant intégralement tous les soins. Nous nous opposerons donc au doublement des franchises médicales. »
L'autre mesure santé, elle, ne passera jamais par un vote : le relèvement du plafond annuel des franchises médicales de 100 à 140 euros — 70 euros pour les médicaments et actes paramédicaux, 70 euros pour les consultations — relève du décret, comme le doublement déjà opéré en 2026. Lors de l'examen du PLFSS, en séance le 8 novembre 2025, les députés n'avaient pu qu'en débattre, sans jamais trancher la mesure elle-même — ce que même un soutien du gouvernement avait déploré.
« Tous les orateurs l'ont rappelé : l'objet de cet article ne relève pas forcément de notre compétence immédiate, puisque la perspective du doublement des franchises est renvoyée à un décret. À titre personnel, je le regrette. »
Ce que le gouvernement met sur la table pour 2027
Une majorité de 15 voix pour tout faire tenir
Reste l'équation politique. Le dernier budget de la Sécurité sociale n'a été adopté en lecture définitive, le 16 décembre 2025, que par 247 voix contre 232 : sans les 64 voix socialistes, pas de majorité. Le budget de l'État, lui, n'a jamais été voté — il est passé par trois 49.3, et le gouvernement garde en réserve l'arme des ordonnances de l'article 47. C'est dans ce rapport de force que Sébastien Lecornu devra faire adopter, en cinq semaines chrono, des économies que les députés ont déjà refusées une à une il y a un an.
Pour suivre ces votes scrutin par scrutin cet automne, consultez les fiches de vos députés sur NosParlementaires — chaque position sur le budget 2027 y sera enregistrée, comme le furent celles de 2026.