Pourquoi ce texte ? Le contexte en 5 points
  • La « loi intégrale » veut regrouper en un seul texte la réponse aux violences sexuelles et sexistes : prévention, plainte, enquête, justice spécialisée, soins, travail, protection de l'enfance. Elle compte 69 articles.
  • Elle est portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et 150 organisations, qui réclament 3 milliards d'euros par an.
  • Une commission spéciale de l'Assemblée l'a examinée du 21 au 23 septembre 2026, avec neuf rapporteurs issus de huit groupes. Elle l'a adoptée le 23 septembre à l'unanimité des votants, les députés RN s'abstenant.
  • Le gouvernement propose 1,5 milliard d'euros en 2027 pour la lutte contre ces violences, plus 2,6 milliards pour la protection de l'enfance.
  • Le texte arrive en séance le 1er octobre ; le vote solennel est prévu le 13 octobre.

En commission spéciale, les députés ont déposé 1 050 amendements sur la loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes. Le Rassemblement national, premier groupe de l'Assemblée avec 122 députés, en a signé 15. Le groupe écologiste, 38 députés, en a déposé 234. Un seul amendement RN a été adopté, et il était identique à ceux de cinq autres groupes.

1 050
Amendements déposés
345
Adoptés
15
Déposés par le RN

Neuf rapporteurs ont écrit plus de la moitié des changements

La commission a adopté 345 amendements, un tiers de ceux déposés. Les neuf rapporteurs, qui se partagent les chapitres du texte, en ont déposé 233 et fait adopter 200 : 58 % des modifications viennent d'eux. Les 817 amendements des autres députés ont connu un sort plus rude : 145 adoptés, soit 18 %. 179 ont été déclarés irrecevables avant tout débat, dont 92 parce qu'ils créaient une charge publique (article 40 de la Constitution). 46 des amendements adoptés créent un article nouveau.

Les rapporteurs viennent de huit groupes : Guillaume Gouffier Valente (EPR, 63 amendements adoptés sur 64), Karim Benbrahim (socialiste, 40 sur 41), Marie-Charlotte Garin (écologiste, 38 sur 58), Céline Thiébault-Martinez (socialiste, 18 sur 18), Soumya Bourouaha (GDR), David Taupiac (LIOT), Émilie Bonnivard (Droite républicaine), Erwan Balanant (Démocrates) et Isabelle Rauch (Horizons). Ni le RN, ni LFI, ni l'UDR n'ont de rapporteur. Le rapport de la commission est consultable sur notre fiche du rapport.

Amendements déposés en commission spéciale, par groupe de l'auteur
Adoptés
Rejetés, retirés, tombés ou irrecevables
ECOS
234 (69 adoptés), 38 députés
DEM
157 (22 adoptés), 37 députés
SOC
149 (84 adoptés), 67 députés
LFI
147 (24 adoptés), 71 députés
EPR
145 (78 adoptés), 90 députés
GDR
78 (25 adoptés), 17 députés
DR
41 (11 adoptés), 48 députés
HOR
36 (9 adoptés), 36 députés
LIOT
31 (16 adoptés), 23 députés
RN
15 (1 adoptés), 122 députés
NI
13 (6 adoptés), 11 députés
UDR
4 (0 adoptés), 17 députés

Rapporté au nombre de députés, l'écart est net. Les écologistes ont déposé six amendements par député, les Démocrates et les communistes du groupe GDR plus de quatre, socialistes et insoumis un peu plus de deux, EPR 1,6. Le RN en est à 0,12, l'UDR d'Éric Ciotti à 0,24. Côté insoumis, 147 amendements ont produit 24 adoptions, et 55 rejets : le plus fort total de rejets de la commission, devant le groupe écologiste (36).

Les 15 amendements du RN

Huit députés RN ont déposé des amendements. Thomas Ménagé en signe six. Cinq visaient à encadrer des articles jugés trop larges : le socle minimal d'actes d'enquête après une plainte (article 4, trois amendements rejetés), le délit d'envoi non sollicité d'images sexuelles, le consentement appliqué à la diffusion de contenus intimes. Sophie Blanc voulait maintenir les conditions actuelles de l'ordonnance de protection ; Christophe Bentz supprimer l'accès au travail des demandeurs d'asile ayant porté plainte (retiré). Au total : 1 adopté, 9 rejetés, 4 tombés, 1 retiré. Les quatre amendements de l'UDR ont été déclarés irrecevables ou non soutenus.

À noter : le seul amendement RN adopté, celui de Thomas Ménagé à l'article 19, supprime le mot « majeur » dans la définition du viol incestueux commis par un descendant. Cinq amendements identiques avaient été déposés par la Droite républicaine, les socialistes, EPR, les écologistes et LIOT. Adoptés ensemble, ils étendent la qualification d'inceste aux descendants mineurs.

Voter pour, s'abstenir, voter contre : le RN change selon le texte

L'abstention du 23 septembre prolonge un comportement constant depuis le début de la législature. Quand le texte est ciblé, le RN vote pour. Le 12 mai 2026, la proposition de loi de Laure Miller sur l'information des victimes lors de la libération de leur agresseur a été adoptée par 146 voix contre zéro, dont 31 RN. Le 28 janvier 2026, les députés RN présents ont voté la création d'une commission d'enquête sur l'inceste parental.

« Je tiens d’abord à souligner l’homogénéité de l’hémicycle sur la question des violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants. »

Séance du 12 mai 2026, texte sur l'information des victimes

Céline Thiébault-Martinez
SOC
Seine-et-Marne (9)
Voir la fiche →

Quand le texte est large, le RN s'abstient. Le 28 janvier 2025, la proposition de loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes a été adoptée par 129 voix contre 19 : les 54 RN présents et les 6 UDR se sont abstenus, les 19 voix contre venaient de LFI.

Et sur la définition du viol, il vote contre. La loi qui introduit le non-consentement dans le code pénal a été adoptée définitivement le 23 octobre 2025 par 155 voix contre 31. 27 des 31 voix contre étaient RN, les quatre autres UDR.

« Je le dis avec gravité : ce texte fait passer notre société à la culture du soupçon. Il prétend protéger, mais il divisera. »

Séance du 23 octobre 2025, loi sur le consentement

Sophie Blanc
RN
Pyrénées-Orientales (1)
Voir la fiche →

Or la loi intégrale reprend cette définition : son article 26 applique à la diffusion de contenus intimes la notion de consentement « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable » issue de la loi du 6 novembre 2025. C'est l'un des articles que Thomas Ménagé proposait de restreindre.

Ce que la commission a changé

Au-delà de l'inceste, plusieurs amendements adoptés viennent de députés qui ne sont pas rapporteurs.

⚖️
Viols sériels : garde à vue jusqu'à 96 heures
Laure Miller (EPR) fait adopter la possibilité de prolonger la garde à vue à 96 heures dans les enquêtes sur des viols en série, et crée une circonstance aggravante quand plusieurs viols sont commis sur une même victime.
🩺
Médecins mis en examen
Annie Vidal (EPR) inscrit à l'article 51 deux recommandations de la mission flash sur l'affaire Le Scouarnec. Frédéric Valletoux (Horizons) retouche le même article.
📵
Pornographie mettant en scène des mineurs
Frédéric Valletoux fait punir la représentation scénarisée de viols de mineurs ou incestueux ; Alexandra Martin (EPR) crée un délit d'apologie des violences sexuelles sur mineurs.
💶
3 milliards par an, sans plancher
L'article 68 engage « la Nation » à 3 milliards d'euros par an de 2027 à 2032, sans valeur contraignante. L'amendement d'Élise Leboucher (LFI) pour en faire un plancher a été rejeté ; celui de Gabrielle Cathala (LFI) sur le suivi territorial des crédits, adopté.

Le volet sur les plateformes, qui fait des intermédiaires de type OnlyFans ou MYM des proxénètes, a été détaillé dans notre article du 23 septembre. Le parcours de la rapporteure est dans notre portrait de Céline Thiébault-Martinez.

« Nous devons donc changer la loi. Néanmoins, changeons-la sans mettre en danger la jurisprudence. »

Séance du 1er avril 2025, loi sur le consentement

Erwan Balanant
DEM
Finistère (8)
Voir la fiche →

Calendrier

28 janvier 2025
Loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes adoptée en première lecture, 129 voix contre 19. RN et UDR s'abstiennent, LFI vote contre.
1er avril 2025
Première lecture de la loi sur le non-consentement : 161 voix contre 56, dont 41 RN.
23 octobre 2025
Adoption définitive de la loi sur le non-consentement, 155 voix contre 31 (RN et UDR). Promulgation le 6 novembre.
12 mai 2026
Loi de Laure Miller sur l'information des victimes adoptée à l'unanimité, 146 voix dont 31 RN.
21-23 septembre 2026
Commission spéciale : 1 050 amendements, 345 adoptés. Texte adopté à l'unanimité des votants, abstention du RN.
1er octobre 2026
Début de l'examen en séance publique.
13 octobre 2026
Vote solennel prévu sur l'ensemble du texte, puis transmission au Sénat.

Les amendements, interventions et votes de chaque député sur le texte figurent sur la page de la loi intégrale et sur les fiches des élus. Pour savoir ce que votre député a déposé, cherchez son nom sur NosParlementaires.