- Aux municipales des 15 et 22 mars 2026, 38 députés ont été élus maires de leur commune.
- Depuis la loi organique du 14 février 2014, le mandat de député est incompatible avec une fonction exécutive locale (maire, adjoint). L'élu dispose de 30 jours pour choisir.
- Le député qui opte pour sa mairie n'est pas remplacé par une élection : c'est son suppléant, élu avec lui en 2024, qui devient député de plein droit.
- Résultat : 23 députés ont voté pour la première fois dans l'hémicycle depuis février 2026 — dont 18 remplacent un élu parti prendre une mairie.
- Une seule élection partielle a eu lieu sur la période. Les autres arrivées relèvent de la suppléance : mairies, deux nominations au gouvernement, un décès, un départ pour le PMU.
Un député sur vingt-cinq. Depuis février, 23 élus qui n'avaient jamais pris part à un scrutin dans l'hémicycle y ont voté pour la première fois, selon les données de vote de l'Assemblée nationale compilées par NosParlementaires. L'essentiel de la vague arrive en avril-mai, dans le sillage direct des élections municipales de mars : 18 de ces nouveaux venus occupent le siège d'un député élu maire — d'Emmanuel Grégoire à Paris à Thomas Cazenave à Bordeaux. Un seul des 23 est passé par les urnes ; tous les autres sont des suppléants devenus députés de plein droit, sans nouvelle élection.
De Paris à Agde, la vague des maires
Le 22 mars au soir, les résultats du second tour dessinent une hémorragie inédite pour le Palais-Bourbon : 38 députés sont élus maires, selon le décompte de LCP. Parmi eux, des figures nationales. Emmanuel Grégoire (PS) remporte Paris face à Rachida Dati avec 50,5 % des voix ; Thomas Cazenave (Ensemble) prend Bordeaux ; Franck Riester retrouve Coulommiers, Olivier Falorni La Rochelle, David Guiraud (LFI) s'empare de Roubaix et Christophe Barthès fait basculer Carcassonne pour le RN.
La loi de 2014 sur le cumul des mandats ne leur laisse que 30 jours pour trancher. La grande majorité choisit la mairie : entre le 2 avril et le 5 mai, 17 suppléants font leur entrée dans l'hémicycle, selon nos données de vote — la plus forte rotation de sièges en si peu de temps depuis le début de la législature. Le dernier de la série, Jean-Yves Bonnefoy (DR), qui succède à Jean-Pierre Taite parti diriger Feurs, a pris part à ses premiers votes mercredi : pour la loi RIPOST sur l'ordre public, contre l'aide à mourir.
« Depuis 2023, quel budget a-t-il été voté dans cet hémicycle ? Aucun ! Vous gouvernez à coups de 49.3, vous court-circuitez l'Assemblée quand ça vous arrange et vous invoquez sa souveraineté quand ça vous embarrasse. »
À Roubaix, c'est Shéhérazade Bentorki qui reprend le siège de David Guiraud. Comme la plupart des nouveaux arrivants, elle n'a pas tardé à monter au créneau : dès le 13 mai, elle interpellait le gouvernement sur la crise du logement — et sur la légitimité d'une Assemblée court-circuitée.
Le jeu de chaises ne bouleverse pas les équilibres politiques : le suppléant partage presque toujours l'étiquette de son titulaire. Presque. Trois sièges ont changé de groupe sans repasser par les urnes : celui d'Éric Woerth (EPR) est passé au groupe Horizons avec Véronique Ludmann, celui de Jean-Didier Berger (Droite républicaine) au groupe démocrate avec Carole Guillerm, et celui du socialiste Julien Gokel au groupe LIOT avec Jean Bodart.
Qui remplace qui : la liste complète
| Nouveau député | Groupe | Circonscription | Succède à | Motif du départ | 1er vote |
|---|---|---|---|---|---|
| Antoine Valentin | UDR | Haute-Savoie (3) | Christelle Petex | élection partielle, après la démission de la députée LR | 3 février |
| Marie-Philippe Lubet | EPR | Loiret (1) | Stéphanie Rist | nommée ministre de la Santé | 27 février |
| Alim Latrèche | EPR | Isère (1) | Camille Galliard-Minier | nommée ministre déléguée à l'Autonomie | 31 mars |
| Véronique Ludmann | HOR | Oise (4) | Éric Woerth | démission pour briguer la présidence du PMU | 1er avril |
| Carole Guillerm | DEM | Hauts-de-Seine (12) | Jean-Didier Berger | réélu maire de Clamart | 2 avril |
| Cyril Tribuiani | RN | Alpes-Maritimes (6) | Bryan Masson | élu maire de Cagnes-sur-Mer | 7 avril |
| Shéhérazade Bentorki | LFI-NFP | Nord (8) | David Guiraud | élu maire de Roubaix | 8 avril |
| Dorine Bregman | SOC | Paris (7) | Emmanuel Grégoire | élu maire de Paris | 13 avril |
| Cendrine Chazé | DR | Orne (3) | Jérôme Nury | élu maire de Tinchebray-Bocage | 15 avril |
| Catherine Dellong Meng | RN | Gard (3) | Pascale Bordes | élue maire de Bagnols-sur-Cèze | 28 avril |
| Jérôme End | DR | Moselle (4) | Fabien Di Filippo | élu maire de Sarrebourg | 28 avril |
| Patricia Lemoine | EPR | Seine-et-Marne (5) | Franck Riester | élu maire de Coulommiers | 28 avril |
| Pauline Cestrières | EPR | Aveyron (1) | Stéphane Mazars | élu maire de Rodez | 28 avril |
| Sabine Gervais | DEM | Charente-Maritime (1) | Olivier Falorni | élu maire de La Rochelle | 28 avril |
| Gabriel Tomatis | RN | Alpes-Maritimes (4) | Alexandra Masson | élue maire de Menton | 4 mai |
| Patricia Maussion | DEM | Maine-et-Loire (7) | Philippe Bolo | élu maire d'Avrillé | 4 mai |
| Édouard Jordan | RN | Aude (1) | Christophe Barthès | élu maire de Carcassonne | 4 mai |
| Bernard Chaumeil | RN | Hérault (7) | Aurélien Lopez-Liguori | élu maire d'Agde | 5 mai |
| Emeline Rey-Rinchet | DR | Lot-et-Garonne (3) | Guillaume Lepers | élu maire de Villeneuve-sur-Lot | 5 mai |
| Jean Bodart | LIOT | Nord (13) | Julien Gokel | élu maire de Cappelle-la-Grande | 5 mai |
| Alexandra Martin | EPR | Gironde (1) | Thomas Cazenave | élu maire de Bordeaux | 5 mai |
| Dominique Paillat | HOR | Vendée (2) | Béatrice Bellamy | décès de la députée | 16 juin |
| Jean-Yves Bonnefoy | DR | Loire (6) | Jean-Pierre Taite | élu maire de Feurs | 15 juillet |
Ministres, PMU, décès : les cinq autres portes de sortie
Cinq arrivées ne doivent rien aux municipales. Le 26 février, un remaniement envoie deux députées au gouvernement : Stéphanie Rist à la Santé et Camille Galliard-Minier à l'Autonomie — leurs suppléants Marie-Philippe Lubet et Alim Latrèche siègent à leur place. Le 1er mars, Éric Woerth quitte l'Assemblée après 23 ans de mandat pour briguer la présidence du PMU. Fin mai, le décès de Béatrice Bellamy fait de son suppléant Dominique Paillat le député de la Vendée.
Un seul siège est passé par les urnes : en Haute-Savoie, la démission de la députée LR Christelle Petex — qui dénonçait « critiques, attaques et menaces » — a déclenché une législative partielle, car une démission volontaire, contrairement aux autres cas, ne permet pas au suppléant de prendre le relais. C'est Antoine Valentin (UDR) qui l'a emportée, faisant basculer la circonscription de la droite républicaine vers l'alliance d'Éric Ciotti.
« Je suis un jeune parlementaire et lorsque j'ai été élu, la première chose que j'ai faite en rapport avec ce texte – qui devrait nous inviter à la retenue – a été d'aller visiter un service de soins palliatifs, celui de l'hôpital Dufresne-Sommeiller, dans ma circonscription. Je n'y ai pas rencontré un seul soignant qui considère que donner la mort fait partie d'un soin. »
Ciotti, Tabarot : élus maires… et toujours députés
Tous les députés élus maires n'ont pas quitté l'hémicycle. Huit ont renoncé à leur mairie pour garder leur siège, selon LCP. Michèle Tabarot, victorieuse au Cannet, a laissé le fauteuil de maire à son premier adjoint, comme en 2020 : elle a pris part à plus de 150 scrutins à l'Assemblée depuis début mai.
Des suppléants déjà au travail
Les nouveaux venus n'ont pas fait de figuration. Véronique Ludmann, enseignante de métier, a déposé 25 questions au gouvernement et questions écrites depuis le 1er avril — dès son premier jour en séance, elle interpellait le ministre de l'Éducation sur les fermetures de classes. Antoine Valentin compte 28 questions et une cinquantaine d'interventions en séance. Pauline Cestrières, agricultrice de l'Aveyron, a défendu cette semaine ses amendements sur le projet de loi protection des enfants, et Sabine Gervais, infirmière puéricultrice passée par la PMI, a pesé dans le même débat au nom de quinze ans de terrain.
« Oui, la démographie scolaire décline. Oui, l'Europe vieillit. Mais ce vertige démographique ne saurait devenir l'alibi d'un renoncement éducatif. Moins d'élèves, cela devrait signifier plus d'attention pour chacun d'entre eux. »
Qui est votre député aujourd'hui ? La réponse a peut-être changé sans que vous le sachiez. Retrouvez la fiche de chaque parlementaire — votes, amendements, questions, présence — sur la carte des circonscriptions, et nos portraits des nouveaux venus Pauline Cestrières et Dominique Paillat.