- Le « périscolaire » désigne l'accueil des enfants avant et après la classe, le midi et le mercredi. Il est organisé par les communes, pas par l'Éducation nationale.
- D'après le cinquième baromètre de la CNAF publié en novembre 2025, neuf enfants sur dix scolarisés en primaire le fréquentent, une proportion en hausse depuis 2019.
- Depuis l'automne 2025, des affaires de violences sexuelles commises sur des enfants de 2 à 5 ans par des animateurs ont été révélées par la presse, à Paris d'abord, puis dans de nombreuses communes.
- La commission de la culture du Sénat a créé une mission d'information dotée des pouvoirs d'une commission d'enquête, présidée par Laurent Lafon et dont la rapporteure est Agnès Evren, sénatrice de Paris.
- Elle a tenu treize auditions entre le 3 et le 16 septembre 2026, en pleine suspension des travaux parlementaires, alors que la moitié du Sénat est en campagne pour les sénatoriales du 27 septembre.
- Les témoins ont déposé sous serment : associations de familles, journaliste, policiers, procureurs, maires, anciens ministres de l'Éducation et responsables de la Ville de Paris.
Treize auditions, trois semaines, une cinquantaine d'heures d'audition publique. Au terme de ce cycle achevé le 16 septembre, le constat le plus solide établi par la mission sénatoriale sur les violences dans le périscolaire n'est pas un chiffre : c'est l'absence de chiffre. Aucune administration française n'est aujourd'hui capable de dire combien d'enfants ont été victimes de violences pendant le temps périscolaire, ni dans combien de communes. Ni l'Éducation nationale, qui n'a pas la compétence, ni les communes, qui l'exercent chacune de leur côté, ni le ministère de la Justice, dont les outils informatiques ne distinguent pas les faits commis pendant le temps scolaire de ceux commis pendant le périscolaire.
Le seul décompte national disponible est celui d'une association
Le chiffre de 70 départements touchés, dans 16 régions et jusqu'en outre-mer, revient dans presque toutes les auditions. Il ne provient d'aucune administration : il a été construit par SOS Périscolaire, une association de parents créée après les premières révélations. Lors de la table ronde inaugurale du 3 septembre, ses représentants ont expliqué avoir commencé à recenser les cas parce que personne d'autre ne le faisait. « Il n'existe pas aujourd'hui une cartographie officielle nationale et indépendante des violences commises dans le cadre périscolaire », ont-ils déclaré sous serment. Une avocate présente à la même table ronde a indiqué accompagner 75 familles devant la justice, la plupart pour viols et agressions sexuelles sur des enfants de 3 à 6 ans.
Les chiffres officiels qui existent sont locaux, et ils ne sont apparus que parce que des parquets ont accepté de les transmettre à la mission. À Paris, la procureure de la République Laure Beccuau a confirmé le 7 septembre l'ouverture de 235 enquêtes pénales pour des violences commises en milieu scolaire et périscolaire — un état des lieux actualisé depuis les chiffres de mai, qui portaient sur 84 écoles maternelles. Sur ces 235 procédures, 60 % ont été déclenchées par un signalement et 40 % par une plainte. Le même jour, le procureur de Nanterre Yves Badorc a fait état de 64 enquêtes en cours dans les Hauts-de-Seine, et d'une augmentation de 372 % des faits de viol commis sur des mineurs dans son ressort entre 2016 et 2025. La brigade de protection des mineurs de Paris, entendue dans la foulée, a indiqué gérer 1 900 dossiers en cours, toutes affaires confondues.
Huit minutes pour être recrutée animatrice, sans diplôme ni casier vérifié
Le deuxième acquis des auditions porte sur le recrutement. Le 3 septembre, la mission a entendu Hermine Le Clech, journaliste à RTL et M6, qui s'était fait recruter en novembre 2025 comme animatrice périscolaire vacataire par la ville de Créteil pour les besoins d'un reportage. Son récit sous serment est précis : elle se présente un matin à la direction de la jeunesse avec un CV falsifié, déclare n'avoir aucun diplôme, et ressort du bureau huit minutes plus tard. On lui demande si elle est disponible le jour même. Elle l'est. Elle se retrouve au contact des enfants sans qu'aucune vérification de son casier judiciaire ait été faite.
« Entre le moment où je suis entrée dans le bureau et le moment où je suis sortie du bureau, il s'est déroulé 8 minutes. La personne m'a demandé si j'avais des diplômes. J'ai dit que je n'en avais pas. Puis m'a demandé si j'étais disponible aujourd'hui pour travailler. »
Entendu six jours plus tard lors de la table ronde des maires, le maire de Créteil Laurent Cathala a confirmé les faits et livré l'explication interne : la commune s'était fixé un volant d'une cinquantaine de vacataires remplaçants, et l'agent chargé du recrutement « a préféré recruter rapidement la journaliste sans vérifier son casier judiciaire, plutôt qu'être en dessous des normes que nous nous sommes nous-mêmes imposées ». La ville a depuis porté ce volant à 70. Autrement dit, la pénurie d'animateurs a directement produit le contournement du contrôle.
Les maires décrivent des contrôles qui ne contrôlent pas grand-chose
La table ronde du 9 septembre, qui réunissait les maires de Charly (Rhône), Créteil, Colombes, Vincennes et Saint-Ouen, tous confrontés à des faits commis par un animateur, a documenté les limites des outils existants. Le bulletin n° 2 du casier judiciaire, que les communes demandent, efface automatiquement les condamnations au bout de cinq à dix ans : un animateur condamné il y a trente ans présente un B2 vierge. L'attestation d'honorabilité, elle, ne remonte pas avant la majorité, de sorte qu'un agresseur ayant commis les faits lorsqu'il était mineur obtient une attestation vierge à 18 ans. Un maire a résumé le problème en une phrase.
« Le BAFA n'est pas un certificat de non-agression. Si tous les animateurs qui avaient le BAFA n'étaient pas des prédateurs, ce serait facile. Si tous les prédateurs étaient des animateurs, ce serait facile. »
Le même élu a décrit la logique institutionnelle qui a longtemps prévalu : « À partir du moment où il n'y a pas de signalement, il n'y a pas d'agression, il n'y a donc pas de problème. » Plusieurs maires ont ajouté qu'ils ne disposent d'aucune information sur les plaintes déposées contre leurs propres agents, et ne peuvent donc pas mettre les enfants en sécurité avant d'être avertis. Une commune a indiqué que deux mois s'étaient écoulés entre la suspension de l'animateur, décidée en avril, et la première information officielle reçue de la justice.
Le décalage entre le temps de la suspension et le temps de l'enquête
C'est le troisième acquis des auditions, et le plus précisément chiffré. Un maire qui suspend un animateur mis en cause dispose de quatre mois, renouvelables une fois. Les délais d'enquête décrits par les magistrats sont plus longs : la procureure de Paris a évoqué quatre à cinq mois pour une affaire à victime et auteur uniques, huit à dix mois lorsque les victimes et les auteurs sont multiples, auxquels s'ajoutent six à huit mois d'audiencement une fois l'instruction terminée. À Nanterre, le délai moyen de traitement par les services d'enquête des violences sexuelles sur mineurs atteint 15 mois. La suspension administrative tombe donc, presque mécaniquement, avant que la justice ait tranché.
Laure Beccuau a par ailleurs reconnu devant la mission que la multiplication des procédures impose des arbitrages : « Nous avons des délais d'enquêtes qui augmentent », et « parmi toutes ces procédures que nous aurions traitées avec la même qualité, nous avons des nécessités de priorisation ». Elle a maintenu que les violences sur mineurs constituent une priorité de politique pénale. Devant les mêmes magistrats, la rapporteure a opposé l'argument du temps de l'enfant : lorsqu'un enfant de maternelle est entendu trois ou quatre mois après les faits, la précision attendue de sa parole devient une exigence difficile à tenir.
« Ce n'est pas l'information qui crée la panique, c'est le silence qui crée la panique. À Paris, les inscriptions pour le périscolaire, en juillet et en août, ont baissé de 16 %, soit 2 000 enfants de moins. »
La dernière semaine a été consacrée aux responsables parisiens
Les trois dernières journées d'audition ont changé de nature : après les constats techniques, la mission a entendu les responsables politiques. Vincent Peillon a reconnu le 14 septembre que sa réforme des rythmes scolaires de 2013 avait abaissé les exigences d'encadrement du périscolaire, aux côtés de Jean-Michel Blanquer. Anne Hidalgo a reconnu le 15 septembre que la Ville de Paris avait cessé de saisir systématiquement le procureur entre 2021 et 2025, sans qu'elle en soit informée, lors d'une journée où Patrick Bloche était également entendu. Emmanuel Grégoire a assumé le 16 septembre d'avoir écarté des animateurs sans base légale, et a appris en séance qu'un tribunal l'avait déjugé.
Ces trois auditions ont porté sur la responsabilité d'une collectivité. Les dix précédentes, beaucoup moins commentées, ont porté sur les mécanismes eux-mêmes — et ce sont elles qui nourriront les recommandations que la rapporteure a annoncées pour l'automne, y compris sur le plan législatif et pénal.
À l'Assemblée, neuf textes attendent toujours
Pendant que le Sénat auditionnait, l'Assemblée nationale n'examinait rien. Nous l'avons établi le 16 septembre : neuf textes portant sur le contrôle des encadrants de mineurs ou sur les violences dans le périscolaire ont été déposés depuis septembre 2024, et aucun n'a jamais été inscrit à l'ordre du jour. Deux d'entre eux demandaient précisément ce que le Sénat fait aujourd'hui : une commission d'enquête.
La seule mesure législative réellement votée sur le sujet l'a été ailleurs, dans l'article 5 du projet de loi relatif à la protection des enfants, qui généralise l'attestation d'honorabilité pour les personnes travaillant au contact de mineurs. L'Assemblée a adopté l'ensemble du texte le 21 juillet 2026.
Transmis au Sénat le jour même, ce texte y attend depuis 59 jours. Il n'y a fait l'objet d'aucun vote. Les sénateurs qui auditionnent depuis trois semaines sur les défaillances du contrôle d'honorabilité n'ont donc pas encore examiné le texte qui généralise ce contrôle — la mission d'information et la navette législative avancent, au Sénat, sur deux calendriers séparés.
Les treize auditions sont consultables en vidéo sur le site du Sénat. Pour suivre l'activité des sénateurs de la commission, consultez les fiches d'Agnès Evren et de Laurent Lafon, ou le dossier du projet de loi relatif à la protection des enfants, dont l'examen au Sénat déterminera si l'attestation d'honorabilité entre en vigueur avant la rentrée 2027.