- Le permis de conduire est le premier examen de France : 1,8 million d'épreuves pratiques organisées en 2024, dont 1,6 million pour la seule catégorie B, pour environ 1,3 million de candidats par an.
- Son coût moyen est estimé à 1 234 euros en 2023, et de 1 400 à 2 000 euros selon le nombre d'heures de conduite — davantage en cas d'échec à l'épreuve pratique.
- Depuis 2019, les apprentis majeurs pouvaient obtenir une aide forfaitaire de 500 euros. Environ 73 000 en ont bénéficié en 2024, sur 942 000 apprentis en contrat, selon le rapport d'activité de France compétences.
- Depuis 2019 également, la préparation au permis est la formation la plus souscrite sur MonCompteFormation : environ 300 millions d'euros par an, soit 15 % de la dépense totale du compte personnel de formation (CPF).
- Le projet de loi de finances pour 2026, déposé à l'automne 2025, portait deux mesures d'économies sur ce terrain : son article 80 supprimait l'aide aux apprentis (36 millions d'euros), son article 81 restreignait le CPF.
- En parallèle, les délais d'obtention d'une place d'examen s'échelonnent de trois à neuf mois selon les départements, alors que la loi d'orientation des mobilités de 2019 fixait un objectif de 45 jours.
Le budget 2026 a réglé deux fois le même sujet contre l'avis des commissions. L'article 80 du projet de loi de finances, qui supprimait l'aide de 500 euros au permis de conduire des apprentis, a été effacé neuf fois par des amendements adoptés en commission entre le 22 octobre et le 7 novembre 2025 — signés par des députés Droite Républicaine, Horizons, écologistes, socialistes et insoumis. Il figure pourtant dans la loi promulguée le 19 février 2026, à l'article 202. Son voisin, devenu l'article 203, ferme le financement du permis par le CPF à la quasi-totalité des salariés. Depuis, les députés ont déposé 146 questions sur le permis de conduire ; 34 attendent encore une réponse.
Article 80 : neuf suppressions votées, une réécriture finale
Trente-six amendements évoquant le permis de conduire ont été déposés sur l'article 80 du projet de loi de finances. Neuf ont été adoptés en commission, et tous disaient la même chose en une ligne : « Supprimer cet article. » Le premier est signé Pierre Cordier (DR, Ardennes) le 22 octobre 2025, le dernier Hadrien Clouet (LFI, Haute-Garonne) le 7 novembre. Entre les deux : Félicie Gérard (HOR), Jean-Claude Raux (Écologiste et social, deux fois), Océane Godard (SOC, deux fois), Estelle Mercier (SOC) cosignée par le communiste Emmanuel Maurel, et Hadrien Clouet une première fois le 3 novembre.
Les exposés des motifs se répondent d'un bord à l'autre. Pierre Cordier chiffre : « passer son permis de conduire coûte entre 1 400 à 2 000 euros selon le nombre d'heures de conduite, et cela peut aller jusqu'à plus de 3 000 euros lorsqu'il faut ajouter des leçons après un échec ». Océane Godard rappelle le rendement de la mesure : 36 millions d'euros d'économies. Hadrien Clouet souligne qu'« un apprenti de 18 à 20 ans est rémunéré entre 43 % et 67 % du SMIC ». Félicie Gérard, dans la majorité, écrit que la suppression « reviendrait à fragiliser davantage l'attractivité de l'apprentissage ».
Aucun de ces votes n'a survécu. La version du budget que le gouvernement a retenue lors de l'engagement de sa responsabilité au titre de l'article 49, alinéa 3, a rétabli la suppression de l'aide. Elle est aujourd'hui l'article 202 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, et modifie l'article L. 6123-5 du code du travail.
« Cela s'ajoute à une pléthore de mauvais coups : gel des minima sociaux, gel de l'APL, fin de l'aide à 500 euros qui aidait les apprentis à payer le permis de conduire. »
Article 203 : le CPF réservé aux demandeurs d'emploi, plafonné à 900 euros
La seconde mesure n'est pas née à l'Assemblée. Le recentrage du CPF a pris sa forme définitive au Sénat, début décembre 2025, par trois amendements identiques déposés par la socialiste Monique Lubin, Nathalie Delattre (RDSE) et Pierre-Jean Rochette (Les Indépendants), adoptés en séance de nuit après des défenses réduites à un mot.
Le résultat est en vigueur. La préparation au permis du groupe léger — voiture, moto, quadricycles lourds — reste finançable par le CPF pour les demandeurs d'emploi ; pour les autres actifs, elle exige désormais un cofinancement d'au moins 100 euros par l'employeur, une collectivité ou un opérateur. Le décret n° 2026-127 du 24 février 2026 ajoute un plafond de prise en charge de 900 euros sur les droits acquis, soit moins que le coût moyen d'un permis.
L'argumentaire du gouvernement, développé en séance le 10 février 2026 par le ministre du travail Jean-Pierre Farandou, tient en deux points : les évaluations de la Dares montreraient que les bénéficiaires « vivent majoritairement dans des zones bien desservies par les transports collectifs » et invoquent souvent un usage personnel ; et la dépense, 300 millions d'euros par an, « pèse durablement sur le dispositif ». Le ministère parle d'un « recentrage », pas d'une suppression.
« Je veux vous dire le désappointement qu'un tel choix suscite chez moi. Je suis élu d'un département rural. Or, chez nous, l'accès à l'emploi est conditionné à l'obtention du permis de conduire. »
François Jolivet est un député de la majorité présidentielle. Sa question orale du 10 février 2026 soulève un effet de bord rarement cité : jusqu'ici, un salarié ayant perdu son permis pouvait le repasser sur son CPF, ce que les tribunaux de police lui indiquaient explicitement pour éviter la conduite sans permis. Cette porte est désormais conditionnée à un cofinancement.
Douze groupes sur douze ont interrogé le gouvernement
Le permis de conduire est l'un des rares sujets sur lesquels l'Assemblée parle d'une seule voix — sans effet visible. Depuis le début de la législature, 146 questions de députés portent explicitement sur le permis de conduire : places d'examen, effectifs d'inspecteurs, financement, échanges de permis étrangers, visite médicale. Les douze groupes de l'Assemblée en ont déposé au moins une. Trente-quatre n'ont jamais reçu de réponse.
Le pic est net : seize questions écrites déposées entre le 3 et le 24 février 2026 portent sur le seul financement du permis, dans les jours qui suivent la promulgation du budget. Elles viennent de huit groupes — cinq de la Droite Républicaine, quatre du Rassemblement national, deux d'Ensemble pour la République, une des insoumis, une des socialistes, une des communistes, une de LIOT, une d'Horizons. La série ne s'est pas arrêtée avec le vote du budget. Les 21 et 28 juillet 2026, Stéphane Peu (GDR, Seine-Saint-Denis) interrogeait sur l'attribution des places d'examen dans son département, Patrick Hetzel (DR, Bas-Rhin) et Charlotte Parmentier-Lecocq (HOR, Nord) sur les délais. Aucune n'a de réponse à ce jour.
« En France, il est désormais plus difficile pour un jeune d'obtenir son permis de conduire que d'obtenir son baccalauréat. Non pas en raison de la difficulté des épreuves, mais en raison des places disponibles et des délais d'attente. »
Le 20 janvier 2026, dans l'hémicycle, la ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur Marie-Pierre Vedrenne a répondu à René Lioret par un bilan : 83 000 examens supplémentaires depuis juillet, un comité de suivi préfectoral dans chaque département où le délai médian dépasse 80 jours, et « un concours pour recruter quatre-vingts inspecteurs ». Le député a répliqué que « les quatre-vingts nouveaux postes avaient déjà été promis » par le prédécesseur de la ministre.
Ce qui reste ouvert à la rentrée
Deux dossiers restent en suspens. Le premier est la transposition de la directive européenne du 21 octobre 2025 sur le permis de conduire, qui prévoit un contrôle médical périodique — tous les quinze ans, tous les cinq ans après 65 ans. La France dispose de quatre ans pour la transposer et, selon la réponse faite le 21 avril 2026 à Fabrice Brun (DR, Ardèche), le gouvernement « privilégie » l'auto-évaluation plutôt que la visite obligatoire, qui représenterait 2,5 millions d'avis médicaux supplémentaires par an. Le second est le rythme des places d'examen : rien, dans le budget 2026, n'y est consacré, et la loi de finances pour 2027 sera examinée à partir de l'automne.
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