- Député de la circonscription unique de Saint-Barthélemy et Saint-Martin depuis le 18 juin 2022, réélu le 6 juillet 2024 — groupe Les Démocrates (majorité présidentielle). Sa suppléante est Mélissa Lake.
- Né le 21 janvier 1954 à Saint-Martin — 72 ans. Professeur de mathématiques et de sciences, puis personnel de direction de l'éducation nationale : principal adjoint du collège de Marigot, enfin proviseur de la cité scolaire Robert Weinum de Saint-Martin jusqu'à sa retraite en 2017.
- Président du conseil territorial de Saint-Martin de mai 2009 à 2012 — sa première élection à ce poste, en août 2008, avait été annulée par le Conseil d'État à cause de bulletins pré-imprimés à son nom.
- Membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation ; rapporteur de la loi sur la restitution des biens culturels spoliés, adoptée définitivement à l'unanimité en mai 2026, et co-rapporteur de la commission mixte paritaire avec la sénatrice Catherine Morin-Desailly.
- Élu d'une circonscription à environ 6 700 kilomètres de Paris, couvrant deux collectivités d'outre-mer : Saint-Barthélemy et la partie française de l'île de Saint-Martin.
- Aucun blâme ni rappel à l'ordre dans les communiqués de sanctions de l'Assemblée recensés dans notre base.
Ce jeudi 16 juillet, l'Assemblée nationale a adopté sans modification le projet de loi ratifiant l'accord entre la France et les Pays-Bas qui fixe, pour la première fois depuis le traité de Concordia de 1648, le tracé précis des 16 kilomètres de frontière coupant l'île de Saint-Martin en deux — nous avons raconté l'histoire de cette frontière jamais tracée. Après le vote du Sénat le 15 avril, l'adoption est définitive. Dans l'hémicycle, ce dossier a un visage : Frantz Gumbs, 72 ans, le député de l'île. Un élu que presque rien ne signale — zéro proposition de loi en quatre ans, une participation aux scrutins parmi les plus faibles de l'Assemblée — sauf une année 2026 où l'histoire est passée trois fois par lui : rapporteur de la loi sur la restitution des biens culturels spoliés votée à l'unanimité, voix de Saint-Martin dans l'abrogation du Code noir, témoin du jour où la République a enfin dessiné la carte de son île. Portrait en données.
Le rapporteur qui répare l'histoire
Le fait d'armes de Frantz Gumbs dans cette législature tient en un texte : la loi-cadre sur la restitution des biens culturels provenant d'États privés de leur patrimoine par une appropriation illicite. La France légiférait jusqu'ici au cas par cas, une loi par restitution ; le texte crée une procédure permanente, avec comité scientifique et décret en Conseil d'État. Gumbs en est le rapporteur pour la commission des affaires culturelles (rapport n° 2628, déposé le 8 avril 2026), puis co-rapporteur de la commission mixte paritaire aux côtés de la sénatrice Catherine Morin-Desailly. Le parcours du texte est sans fausse note : unanimité au Sénat en janvier, adoption à l'Assemblée le 13 avril, CMP conclusive le 30 avril, unanimité finale au Sénat le 7 mai. En séance, on découvre un rapporteur de méthode, qui défend « le cadre strict de la convention de l'Unesco » et s'en remet à « la sagesse de l'Assemblée » quand un amendement l'ébranle — et qui, sur les deux codex aztèques réclamés par le Mexique, sort une fois de sa réserve : « Mon sentiment personnel est que le Mexique et ces communautés autochtones sont tout à fait légitimes pour récupérer ces documents. »
Six semaines plus tard, le 28 mai — jour où Saint-Martin commémore l'abolition de l'esclavage —, il monte à la tribune pour l'abrogation du Code noir, votée à l'unanimité. Il y raconte une histoire que peu de ses collègues connaissent : celle d'Auguste-François Perrinon, né d'une mère esclave affranchie, qui mena à partir de 1844 dans les salines de Saint-Martin ses expérimentations de travail libre — et démontra, « chiffres à l'appui », que des ouvriers payés travaillaient mieux que des hommes réduits en esclavage, avant d'aider Victor Schœlcher à rédiger les décrets d'abolition de 1848.
« Nous allons abroger le Code noir – officiellement, définitivement. Nous allons mettre fin à l'existence juridique d'un texte qui a organisé, pendant cent cinquante ans, l'esclavage dans les colonies françaises. Ce n'est pas un geste anodin. »
Frantz Gumbs, séance du 28 mai 2026 — discussion de la proposition de loi abrogeant le Code noir, adoptée à l'unanimité.
89 amendements d'auteur, un taux d'adoption hors norme
Frantz Gumbs ne dépose pas de textes — aucune proposition de loi comme premier signataire en quatre ans —, il amende ceux des autres. Et il le fait avec une efficacité rare : sur ses 89 amendements déposés comme auteur, 48 ont été adoptés, soit 54 % — quand la plupart des députés voient l'écrasante majorité des leurs rejetés ou tomber. Sa cible principale raconte son île par procuration : 37 amendements sur la loi de refondation de Mayotte, l'archipel dévasté par le cyclone Chido. En séance, il explique pourquoi ce texte le concerne : « Je crois connaître mieux que la plupart des gens » ce qu'est la reconstruction après un ouragan, témoigne-t-il en évoquant la préfecture de Saint-Martin détruite par Irma en septembre 2017 — l'année même où il quittait son poste de proviseur sur l'île.
L'élu des 6 700 kilomètres
Le reste de son activité dessine un élu de terrain absorbé par les urgences de ses deux collectivités. Ses questions au gouvernement parlent de la desserte maritime alimentaire de Saint-Martin, de la préservation du patrimoine historique de l'île, de l'avenir de son système éducatif, du statut de région ultrapériphérique, ou du rattachement de Saint-Barthélemy et Saint-Martin à une commission d'indemnisation des accidents médicaux. En mars 2025, il alerte sur la prison de Basse-Terre, compétente pour les détenus des Îles du Nord : « 229 détenus y sont écroués, pour 129 places ». Au budget de la Sécurité sociale pour 2026, il défend une idée à lui : six mois de régularisation à l'amiable, sans redressement rétroactif, pour sortir les entreprises de Saint-Martin de l'économie souterraine où les ont poussées Irma puis la crise sanitaire.
« Cette mesure a un précédent qui a bien fonctionné en 1993 à Saint-Martin ; il a permis de régulariser un grand nombre d'entreprises et d'employés, motivés par la perspective d'une amnistie. »
Frantz Gumbs, séance du 8 novembre 2025 — défendant son amendement au budget de la Sécurité sociale pour une régularisation à l'amiable des entreprises de Saint-Martin.
Discipline et présence : loyal de loin
Le revers du personnage est dans les chiffres de présence. Sur les 8 281 scrutins publics de la législature, Frantz Gumbs n'a exprimé un vote que 1 452 fois : 17,5 % de participation, nettement sous la médiane de l'Assemblée (23,5 %). Plus de 400 députés sur 603 font mieux — il pointe au 410e rang. La donnée est brute et doit s'apprécier avec sa géographie : sa circonscription est à 6 700 kilomètres et six heures de décalage horaire du Palais-Bourbon, et les scrutins publics se concentrent sur des textes où il choisit ses batailles. Quand il vote, en revanche, c'est en soldat discipliné de la majorité : 95,7 % de ses votes sont alignés sur la position dominante de son groupe Les Démocrates — POUR sur la loi RIPOST, la programmation militaire, la Corse autonome, la justice criminelle. Aucune sanction disciplinaire ne figure dans notre base le concernant.
Sa solitude est d'une autre nature que celle des frondeurs : c'est celle de l'ultramarin qui défend des amendements territoriaux devant un hémicycle clairsemé. En février 2026, lors de l'examen du projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales, il plaide — seul — pour que le procès-verbal de flagrance ne s'applique pas aux très petites entreprises des collectivités d'outre-mer, « sous-capitalisées et peu structurées ».
« Il est vrai que je me sens ce matin aussi seul qu'hier soir… Un accompagnement des entreprises serait préférable à ce qui sera vécu comme une véritable condamnation à mort. Nous avons déjà suffisamment de problèmes à résoudre pour ne pas en rajouter. »
Frantz Gumbs, séance du 27 février 2026 — défendant un amendement des députés ultramarins au projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales.
Ses chantiers législatifs
Parcours express
Votes, amendements, questions : retrouvez l'intégralité de l'activité parlementaire de Frantz Gumbs sur sa fiche NosParlementaires, le parcours de la ratification de l'accord frontalier, et comparez les députés dans nos classements.