Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Le projet de loi relatif à la protection des enfants, porté par la ministre Aurore Bergé, réforme l'aide sociale à l'enfance et durcit la réponse pénale aux violences sexuelles sur mineurs. Il est examiné en procédure accélérée depuis le 15 juillet.
  • Le vendredi 17 juillet, l'article 11 — réclusion criminelle à perpétuité pour les viols en série sur mineurs de moins de 15 ans, ou accompagnés de tortures ou d'actes de barbarie — avait été rejeté par 41 voix contre 37, dans un hémicycle aux trois quarts vide, grâce à la mobilisation de la gauche.
  • Le week-end a été dominé par la polémique : RN et une partie du bloc central ont accusé la gauche de complaisance envers les pédocriminels ; la gauche a dénoncé un « populisme pénal » et des rangs macronistes déserts au moment du vote.
  • Le gouvernement a utilisé l'article 101 du règlement de l'Assemblée pour demander une seconde délibération de l'article 11, mardi 21 juillet, juste avant le vote solennel.
  • En trois jours de séance (15-17 juillet), l'hémicycle sans majorité avait déjà profondément remanié le texte : article 2 supprimé, imprescriptibilité adoptée, ordonnance de sûreté réécrite.

L'Assemblée nationale a adopté mardi 21 juillet, en première lecture, le projet de loi relatif à la protection des enfants, par 378 voix pour, 7 contre et 173 abstentions. Quelques heures plus tôt, les députés avaient rétabli par 258 voix contre 84, en seconde délibération, la peine de perpétuité pour les viols en série sur mineurs — celle-là même qu'ils avaient rejetée quatre jours auparavant. Un retournement complet, obtenu par le gouvernement à la faveur d'un hémicycle enfin rempli.

378
Pour
7
Contre
173
Abstentions

Quatre jours pour un retournement

Vendredi 17 juillet, 22 heures : 78 députés seulement sont présents quand l'article 11 est mis aux voix. La gauche, mieux mobilisée que le socle gouvernemental et le RN réunis, le fait tomber par 41 voix contre 37. Le rejet déclenche immédiatement une polémique nationale : tout le week-end, le RN, Gabriel Attal et Édouard Philippe accusent la gauche d'avoir voté contre la protection des enfants — quand celle-ci répond que leurs propres bancs étaient vides au moment du vote.

« Vendredi dernier, l'article 11 a été rejeté par quarante et une voix contre trente-sept. Tous les votes contre sont venus de la gauche. […] Quant aux amis de M. Attal, ils brillaient par leur absence. »

Sophie Blanc
RN
Pyrénées-Orientales (1)
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Mardi, le gouvernement dégaine l'arme prévue par l'article 101 du règlement : la seconde délibération, qui permet de refaire voter l'Assemblée sur un article avant le vote sur l'ensemble. L'amendement de rétablissement, déposé au nom du gouvernement par Aurore Bergé, est arrivé « quelques minutes avant le début de la séance », a protesté la rapporteure Marianne Maximi (LFI), qui y a vu la marque d'un texte « toujours mené dans la précipitation ». Cette fois, l'hémicycle est plein : 352 votants, quatre fois plus que vendredi.

258 voix pour rétablir la perpétuité

Le rétablissement de l'article 11 est acquis par 258 voix contre 84. Le RN fournit le contingent le plus important (89 voix), devant les 53 voix d'EPR et les 37 de la Droite républicaine. La gauche vote contre — LFI (43), les socialistes (20) et les écologistes (16) en tête — mais neuf députés socialistes votent pour, signe que le sujet divise jusque dans les rangs de l'opposition.

Seconde délibération — le rétablissement de l'article 11, groupe par groupe (258 pour, 84 contre, 10 abstentions)
Pour
Contre
Abstention
RN
89 pour
EPR
53 pour, 1 contre
LFI-NFP
43 contre, 1 abs
DR
37 pour
SOC
20 contre, 9 pour
DEM
21 pour, 1 contre
HOR
22 pour
ECOS
16 contre, 5 abs
LIOT
9 pour, 1 contre
UDDPLR
8 pour
NI
6 pour
GDR
3 pour, 2 contre

Un sous-amendement de Perrine Goulet (Démocrates), présidente de la commission spéciale, a d'abord été adopté de justesse (178 voix contre 163) : il retirait de l'amendement gouvernemental la mention de la période de sûreté, déjà prévue à l'article 11 ter — qui permet de la porter jusqu'à trente ans en cas de condamnation à perpétuité. Un toilettage juridique que le RN (89 contre) et la Droite républicaine (34 contre) ont combattu, mais que la gauche a voté avec le bloc central.

« Il est important de dire aux criminels que, dorénavant, un crime en série n'emporte pas la même peine qu'un crime unique. »

Perrine Goulet
DEM
Nièvre (1)
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Une adoption sans les voix de la gauche

Au vote solennel, le texte passe très largement : 378 voix pour, venues du RN (119 voix, premier contingent), d'EPR (86), de la Droite républicaine (48), d'Horizons (35), des Démocrates (33), de LIOT (23) et de l'UDR (17). Mais le chiffre politique du jour est ailleurs : 173 abstentions, dont 165 à gauche. Les 69 députés LFI présents se sont tous abstenus, comme 63 socialistes et 33 écologistes — une manière de ne pas voter contre un texte de protection de l'enfance, tout en refusant d'endosser la perpétuité rétablie et un texte jugé sans moyens pour l'aide sociale à l'enfance.

Seuls 7 députés ont voté contre : tous communistes. Le groupe GDR est d'ailleurs le seul à s'être fracturé en trois — 7 contre, 5 abstentions, 5 pour. Yannick Monnet (GDR) avait donné le ton en séance : « L'article 11 illustre comment vous avez manœuvré pour ne pas assumer vos responsabilités en matière de politiques publiques de protection de l'enfance. »

« « Les textes inutilement répressifs, mais politiquement exploitables, je les refuserai toujours. » Ces mots sont ceux de Robert Badinter. Je vous invite à les méditer ! »

Florence Herouin-Léautey
SOC
Seine-Maritime (1)
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Ce que contient le texte transmis au Sénat

⚖️
Perpétuité pour les viols en série (article 11)
Réclusion criminelle à perpétuité pour les viols sur mineurs de moins de 15 ans commis en concours avec d'autres viols, ou accompagnés de tortures ou d'actes de barbarie. La période de sûreté peut être portée à trente ans (article 11 ter).
🛡️
Ordonnance de sûreté de l'enfant (article 6)
Permet d'écarter en urgence un parent suspecté d'inceste ou de maltraitance : interdiction de contact, attribution du logement, coordination des juges.
Imprescriptibilité des crimes sur mineurs
Les crimes sexuels sur mineurs deviennent imprescriptibles, un régime jusqu'ici réservé aux crimes contre l'humanité. Constitutionnalité incertaine.
👨‍👩‍👧
Placements et fratries (article 1er)
Renouvellement des placements encadré par une décision spécialement motivée, maintien des liens de fratrie, réexamen de chaque situation par une commission pluridisciplinaire.
🔒
Libération sous contrainte restreinte (article 12)
Les auteurs d'infractions sexuelles sur mineurs sont exclus de la libération sous contrainte de plein droit en fin de peine.
🏕️
Contrôle des accueils de mineurs (article 13)
Un régime de contrôle administratif est créé pour les accueils collectifs de mineurs hors des catégories déjà réglementées.
À noter : l'article 2, qui accélérait la procédure de délaissement parental, reste supprimé du texte. Et dans son avis, le Conseil d'État avait pointé une incohérence dans l'échelle des peines créée par la perpétuité de l'article 11 — l'argument central de la rapporteure pour s'y opposer. Saisi en procédure accélérée, le Sénat peut encore remanier l'ensemble du texte à la rentrée, avant une commission mixte paritaire.

Et maintenant ?

27 mai 2026
Dépôt du projet de loi relatif à la protection des enfants à l'Assemblée nationale, en procédure accélérée.
Jusqu'au 7 juillet
Examen par une commission spéciale : 1 238 amendements déposés ; la commission remplace la perpétuité de l'article 11 par trente ans de réclusion.
15-17 juillet
Séance publique : l'ordonnance de sûreté est réécrite, l'imprescriptibilité adoptée, l'article 2 supprimé. Le 17, l'article 11 est rejeté par 41 voix contre 37.
21 juillet
Seconde délibération : l'article 11 est rétabli par 258 voix contre 84. Au vote solennel, le texte est adopté par 378 voix pour, 7 contre et 173 abstentions.
À venir
Transmission au Sénat. En procédure accélérée, une seule lecture par chambre avant une éventuelle commission mixte paritaire.

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