- Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido dévaste Mayotte, département le plus pauvre de France, faisant une quarantaine de morts et détruisant une grande partie de l'habitat.
- Le Parlement vote d'abord une loi d'urgence, promulguée le 24 février 2025, puis une loi de programmation pour la refondation de Mayotte, promulguée le 11 août 2025.
- Cette loi de programmation prévoit près de 4 milliards d'euros d'investissements sur la période 2026-2031 : reconstruction, convergence sociale, infrastructures — et un volet migratoire durci.
- Un an après, selon le gouvernement lui-même, seuls 54 millions d'euros ont été dépensés sur les 674 millions de crédits ouverts pour 2026, soit 11,7 %.
- Le Premier ministre Sébastien Lecornu est à Mayotte les 26 et 27 août, accompagné de plusieurs ministres, pour un « bilan complet » et des annonces d'accélération.
Sébastien Lecornu passe deux jours à Mayotte, les 26 et 27 août, pour tenter d'accélérer une reconstruction qui patine. Le déplacement intervient un peu plus d'un an après l'adoption définitive, le 9 juillet 2025, de la loi de programmation pour la refondation de Mayotte : 337 députés avaient voté pour, 111 contre, 62 s'étaient abstenus. Depuis, l'écart entre ce que le Parlement a voté et ce qui a été dépensé est devenu le cœur du sujet : 11,7 % des crédits 2026 ont été consommés à ce jour.
Le RN, premier contingent des « pour »
Le vote du 9 juillet 2025, sur le texte issu de la commission mixte paritaire, dessine une majorité inhabituelle. Avec 122 voix, le Rassemblement national forme le premier contingent du « pour », devant les 69 voix d'Ensemble pour la République. Le socle gouvernemental au complet a suivi — Droite républicaine (37), Démocrates (35), Horizons (32) —, rejoint par LIOT (20) et l'UDR (15). Les deux députées de Mayotte, Estelle Youssouffa (LIOT) et Anchya Bamana (RN), ont toutes deux voté pour.
« Mayotte est maîtresse de son destin, un destin français. Oui, la République est imparfaite et perfectible, la République a manqué à ses devoirs à Mayotte, mais elle reste notre choix. »
Une gauche divisée en trois blocs
Face à ce front, la gauche s'est fragmentée en trois positions distinctes. La France insoumise (67 voix) et les Écologistes (37) ont voté contre, dénonçant le volet migratoire du texte : durcissement des conditions de séjour, titres territorialisés, restrictions au regroupement familial. Les socialistes ont massivement choisi l'abstention (55 abstentions, 3 pour, 2 contre), reconnaissant les crédits programmés tout en refusant de cautionner les mesures migratoires. La GDR s'est éclatée entre abstention (6) et vote contre (5).
« Commencer l'examen de ce texte par l'article 2, qui vise à durcir les conditions d'accès au séjour, est très révélateur. La volonté du gouvernement est clairement de faire croire que la situation socio-économique catastrophique à Mayotte serait due à l'immigration. »
Le même jour, la loi organique relative au département-région de Mayotte connaissait un sort tout différent : 508 voix pour, 2 contre. L'évolution institutionnelle — la fusion des compétences départementales et régionales dans une collectivité unique — fait consensus d'un bout à l'autre de l'hémicycle ; c'est le volet migratoire de la loi de programmation qui a cristallisé la division.
Un an après : 54 millions dépensés sur 674
C'est le chiffre qui domine le déplacement du Premier ministre : sur les 674 millions d'euros de crédits ouverts en 2026 pour la refondation de Mayotte, 54 millions ont été dépensés à ce stade, soit 11,7 %, selon les données gouvernementales. La loi programme pourtant près de 4 milliards d'euros d'ici 2031. Sébastien Lecornu, accompagné de plusieurs ministres, promet des « résultats » et annonce un comité de suivi interministériel pour piloter l'accélération.
« En 2027, une fois que nous exercerons ces responsabilités, Mayotte ne sera plus un territoire oublié et sacrifié. »
Ce que la loi de programmation prévoit
Un dossier qui n'a jamais quitté l'Assemblée
Depuis le début de la législature, Mayotte est restée un sujet parlementaire de premier plan : 302 scrutins publics dont l'intitulé mentionne l'archipel, plus de 2 200 amendements qui le citent, 47 questions écrites de députés et 43 de sénateurs. Le Parlement a aussi adopté au printemps une réforme du droit du sol à Mayotte — un an de résidence régulière exigé d'un parent — que nous avons détaillée dans un précédent article.
Pour savoir comment votre député a voté sur la refondation de Mayotte, utilisez la recherche du widget ci-dessus ou consultez sa fiche sur NosParlementaires : chaque vote, chaque amendement et chaque question y sont recensés.