- Le 27 septembre 2026, 178 sièges de sénateurs sont remis en jeu dans 64 départements : c'est le renouvellement de la « série 2 », soit la moitié du Sénat.
- Les électeurs ne sont pas les citoyens mais environ 162 000 grands électeurs, à 95 % des délégués des conseils municipaux issus des municipales de mars 2026.
- Ces grands électeurs votent pour des sortants dont le bilan parlementaire n'est publié nulle part sous forme comparable.
- Nous avons dépouillé l'agenda officiel tenu par l'administration du Sénat — séances, commissions, délégations, missions — pour les 176 sortants encore en fonction, ainsi que leurs amendements, questions et rapports depuis octobre 2020.
- Premier enseignement : le taux de participation aux votes, l'indicateur le plus cité, ne distingue personne — à cause de la délégation de vote. La vraie présence se lit dans l'agenda, et elle va de 91 à 604 jours.
À vingt-six jours du scrutin, la question que se posent les grands électeurs est simple : le sortant a-t-il travaillé ? L'agenda officiel du Sénat y répond mieux que n'importe quel taux de vote. Sur les 159 sénateurs de la série 2 en fonction sans interruption depuis octobre 2020, les jours de présence enregistrés — séances publiques, commissions, délégations, missions — vont de 91 à 604 jours, un rapport de 1 à 6,6. La médiane s'établit à 406 jours, soit près de 70 jours par an.
Pourquoi il ne faut pas regarder les votes
L'indicateur le plus réclamé — le taux de participation aux scrutins — est le seul qui ne distingue personne. Sur les 909 scrutins publics tenus depuis octobre 2023, 155 des 159 sortants dépassent 95 % de participation, et 86 dépassent même 99 %. La médiane s'établit à 99,2 %. La raison est mécanique : lors d'un scrutin public ordinaire, le président de groupe vote pour l'ensemble de ses membres par délégation. Un sénateur absent de l'hémicycle est compté comme votant dès lors que son groupe s'exprime. Le taux de participation mesure l'existence d'un groupe, pas la présence d'une personne.
La délégation de vote en une fiche : compté votant sur 99,2 % des scrutins, il n'apparaît qu'à 233 jours à l'agenda du Sénat — 148e de la série sur 159. Aucune contradiction : son groupe vote pour lui. C'est précisément pourquoi le taux de participation ne mesure pas la présence.
De 91 à 604 jours : ce que dit l'agenda
L'agenda d'activité, rempli par l'administration du Sénat et non par les cabinets des élus, enregistre chaque séance publique, réunion de commission, délégation ou mission à laquelle le sénateur participe. C'est cette donnée institutionnelle — celle qui alimente le bloc « Présence au Sénat » de nos fiches — qui départage réellement les sortants.
En tête, Marie Mercier (Saône-et-Loire, 604 jours, plus de 100 jours par an), Antoine Lefèvre (Aisne, 598) et Loïc Hervé (Haute-Savoie, 577). En queue, les trois agendas les plus légers appartiennent à des élus d'outre-mer ou de territoires éloignés : Mikaele Kulimoetoke (Wallis-et-Futuna, 91 jours — à 16 000 kilomètres de Paris), Frédérique Gerbaud (Indre, 113) et Lana Tetuanui (Polynésie française, 156). L'éloignement géographique explique une partie des écarts — pas tous.
Le seul sortant que le taux de participation « voit » : non inscrit, il ne bénéficie d'aucune délégation, et ses 126 votes sur 909 scrutins sont ses seuls votes en personne. Son agenda — 220 jours, 151e de la série — le place pourtant au niveau de sénateurs crédités de 99 % de participation, comme Albéric de Montgolfier et ses 233 jours.
Le travail législatif creuse les mêmes écarts
Les autres indicateurs confirment ce que montre l'agenda. Le nombre d'amendements déposés comme auteur va de 0 à 751, les questions au gouvernement de 0 à 1 119, les rapports signés de 0 à 48. Au total, les 176 sortants ont déposé 18 440 amendements, posé 8 633 questions et signé 1 963 rapports pendant le mandat. Les médianes — 67 amendements, 33 questions, 10 rapports — disent l'essentiel : la moitié de l'activité est concentrée sur une minorité d'élus.
Recordman d'amendements de la série — 751 déposés comme auteur, dont 119 adoptés — et sixième total de jours de présence. Son taux de participation aux scrutins, 96,3 %, le classait pourtant sous la médiane de la série : l'agenda le décrit bien mieux que les votes.
L'amendement, arme des groupes minoritaires
La lecture par groupe éclaire ces écarts. Les Écologistes affichent la médiane d'amendements la plus élevée de la série — 411 par sortant — devant les communistes du CRCE-K (143). Les Républicains, groupe majoritaire au Sénat, se situent à 56. Le rapport n'est pas de zèle mais de position : un groupe qui ne peut pas gagner un vote dépose des amendements ; un groupe qui contrôle la majorité écrit le texte en commission. Les effectifs comparés vont de 4 sortants (CRCE-K) à 70 (Les Républicains).
Deuxième déposante d'amendements de la série, et neuvième en jours de présence. Son groupe, les Écologistes, affiche la médiane d'amendements la plus élevée du Sénat — 411 par sortant, contre 56 chez Les Républicains : l'amendement est l'arme des groupes qui ne peuvent pas gagner les votes.
Rapports et questions : deux métiers de sénateur
Le contraste le plus net de la série oppose deux usages du mandat. Pascale Gruny (Aisne) a signé 48 rapports, premier total de la série, avec 563 jours de présence à l'agenda. Hervé Maurey (Eure) a posé 1 119 questions — plus de cinq fois le deuxième, Bruno Belin (210) — pour 27 rapports. Deux façons également légitimes d'exercer le mandat, que le taux de participation aux votes rend toutes deux invisibles.
Quatre sortants n'ont déposé aucun amendement comme auteur pendant tout le mandat, et trois aucune question. Dix n'ont signé aucun rapport. Ces chiffres ne disent pas qu'ils n'ont rien fait — le travail de terrain et les interventions en séance ne se comptent pas ainsi — mais ce sont, avec l'agenda, les seules traces publiques et vérifiables que laisse un mandat sénatorial.
Ce qu'il faut regarder avant de voter
Le bilan détaillé de chaque sortant — présence à l'agenda, votes, amendements, questions et rapports — est consultable sur sa fiche, bloc « Présence au Sénat ». La liste complète des sièges remis en jeu département par département figure dans notre trombinoscope des sortants, et le fonctionnement du scrutin est détaillé dans notre dossier sénatoriales 2026.