Pourquoi ce débat ? Le contexte en six points
  • Le 28 mai 2025, l'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec a été condamné à vingt ans de réclusion par la cour criminelle du Morbihan pour des viols et agressions sexuelles commis dans le cadre de ses fonctions entre 1989 et 2014, sur 299 victimes, presque toutes mineures.
  • Il avait déjà été condamné en 2005 pour détention d'images pédopornographiques. Cette condamnation n'a été suivie d'aucune interdiction d'exercer auprès de mineurs : il a continué d'opérer pendant quinze ans.
  • En avril 2026, les commissions des affaires sociales et des lois de l'Assemblée ont confié à quatre députées une mission « flash » sur les suites à donner à l'affaire : Gabrielle Cathala (LFI-NFP), Laure Miller (EPR), Sandrine Rousseau (ECOS) et Annie Vidal (EPR).
  • Leurs conclusions ont été présentées le mardi 8 septembre 2026, après une vingtaine d'auditions : une trentaine de recommandations, et le constat qu'aucune institution n'a revu ses procédures en profondeur.
  • Entre-temps, l'Assemblée a examiné en juillet le projet de loi relatif à la protection des enfants, dont l'article 5 réécrit les contrôles d'honorabilité des personnes en contact avec des mineurs, professionnels de santé compris.
  • C'est dans ce texte qu'a eu lieu le seul vote nominatif de la législature portant sur la suspension d'un soignant poursuivi.

« Les conditions ne sont toujours pas réunies pour prévenir la reproduction d'une telle situation », a résumé mardi Annie Vidal en présentant le rapport de la mission. Deux mois plus tôt, dans la nuit du 16 juillet, l'Assemblée avait tranché sur exactement cette question : fallait-il suspendre d'exercice un professionnel de santé dès sa mise en examen pour violences sexuelles sur un patient ? Le sous-amendement écologiste qui l'organisait a recueilli 11 voix pour et 57 contre, 35 députés s'abstenant.

11
Pour la suspension
57
Contre
35
Abstentions

Cent trois députés sur 577 ont pris part à ce scrutin, appelé en troisième séance. Le détail, groupe par groupe et député par député :

Ce que prévoyait le dispositif

Le sous-amendement no 1210, signé par l'ensemble du groupe Écologiste et social, ajoutait deux mesures au régime des incapacités du code de la santé publique : une suspension prononcée sans délai par l'agence régionale de santé dès la mise en examen d'un soignant pour un crime ou un délit sexuel commis sur un patient, et une obligation de transmission immédiate de l'information entre la justice, les ARS et les ordres professionnels. Son auteur l'a défendu en séance du 16 juillet.

« Faute de condamnation définitive, faute d'échanges suffisants entre les autorités, un soignant mis en cause peut continuer des années durant à exercer auprès d'enfants, comme nous l'a prouvé l'affaire Joël Le Scouarnec. »

Arnaud Bonnet
Arnaud Bonnet
ECOS
Seine-et-Marne (8)
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Un vote de fin de soirée, à dix groupes contre un

Les 11 voix pour viennent des 9 écologistes présents, d'un député Ensemble pour la République et d'un député MoDem. Les 57 voix contre agrègent le Rassemblement national (20), Ensemble pour la République (12), Horizons (10), les socialistes (10), la Droite républicaine (4) et un élu LIOT. Les 23 députés de La France insoumise présents se sont abstenus, comme 7 MoDem, 3 élus de la Droite républicaine, un LIOT et un GDR.

Sous-amendement no 1210 — vote par groupe, 16 juillet 2026
Pour
Contre
Abstention
LFI-NFP
23 abs
RN
20 contre
EPR
12 contre, 1 pour
HOR
10 contre
SOC
10 contre
ECOS
9 pour
DEM
7 abs, 1 pour
DR
4 contre, 3 abs
LIOT
1 contre, 1 abs
GDR
1 abs

Les socialistes avaient déposé le même objectif trois semaines plus tôt

Le 26 juin, neuf députés socialistes — Ayda Hadizadeh, Céline Thiébault-Martinez, Colette Capdevielle et six de leurs collègues — avaient déposé sur le même projet de loi un amendement rendant automatique « l'interdiction temporaire d'exercice des professionnels ou intervenants du système de santé mis en examen ou condamnés non définitivement », sauf décision contraire motivée. Leur exposé citait nommément l'affaire Le Scouarnec et le fait que le casier judiciaire du chirurgien n'avait été mis à jour que plus d'un an après sa condamnation de 2005. L'amendement a été retiré avant d'être mis aux voix. Trois semaines plus tard, les dix députés socialistes présents ont voté contre le dispositif écologiste, qui reposait sur le même déclencheur — la mise en examen — avec une autorité différente, l'ARS.

Un troisième amendement écologiste au même objet, le no 1173, était tombé le 10 juillet du fait de la réécriture globale de l'article 5. Sur les cinq amendements de la législature dont l'exposé cite l'affaire Le Scouarnec, un seul a été adopté : celui qui interdit la confusion des peines pour les crimes sexuels commis en série sur des mineurs de moins de 15 ans, cosigné notamment par Laure Miller, l'une des quatre rapporteures de la mission.

« Dans l'affaire Le Scouarnec, l'absence de communication auprès de l'Ordre des médecins a permis à ce chirurgien de continuer d'exercer à l'insu de ses confrères. »

Émilie Bonnivard
Émilie Bonnivard
DR
Savoie (3)
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La députée de la Droite républicaine, qui a voté contre la suspension automatique, a soutenu le même soir les amendements imposant à l'autorité judiciaire d'informer l'ordre professionnel après une condamnation. C'est la ligne de partage du débat : presque tous les groupes acceptent de renforcer la circulation de l'information après jugement, très peu acceptent une mesure conservatoire avant condamnation définitive.

À noter : la loi votée en juillet n'est pas vide sur ce point. La réécriture de l'article 5, adoptée par 54 voix et 55 abstentions, étend le contrôle des antécédents judiciaires aux professionnels de santé en contact avec des mineurs et des personnes vulnérables. Ce qui a été refusé, c'est la suspension d'exercice pendant la procédure, avant toute condamnation définitive — précisément la séquence qui a permis à Joël Le Scouarnec de continuer d'opérer après 2005.

Ce que la mission demande maintenant

🚫
Retrait du droit d'exercer
Retirer le droit d'exercer aux professionnels de santé condamnés pour infraction sexuelle — la recommandation qui prolonge le vote rejeté en juillet.
⚖️
Peine portée à trente ans
Faire passer de vingt à trente ans de réclusion la peine encourue pour viol assorti de plusieurs circonstances aggravantes.
💶
Un budget pour les procès hors norme
Sanctuariser une enveloppe dédiée aux procès de crimes sexuels sériels et étendre l'aide juridictionnelle à toutes les victimes d'infractions sexuelles.
👮
Enquêteurs formés
Prioriser les affaires de violences sexuelles sur mineurs et réserver l'audition des victimes à des enquêteurs spécialement formés.

Ces recommandations n'ont pour l'instant aucun véhicule législatif identifié. Le premier texte inscrit à l'ordre du jour de la session qui s'ouvre le 1er octobre est la proposition de loi « intégrale » sur les violences sexuelles de Céline Thiébault-Martinez, qui porte notamment le quantum de peine à trente ans — mais pas le contrôle des soignants.

Dix questions parlementaires, une seule sans réponse

Depuis le procès, huit questions écrites de députés et deux questions de sénateurs citent l'affaire Le Scouarnec dans leur texte. Neuf ont reçu une réponse du gouvernement. La seule restée sans réponse à ce jour est celle de Paul Molac (LIOT), déposée le 23 juin 2026 sur l'accompagnement des victimes. Par ailleurs, une proposition de résolution de Sarah Legrain (LFI-NFP) demandant une commission d'enquête sur les violences sexuelles commises dans les secteurs médicaux et hospitaliers n'a donné lieu à aucun vote en séance.

« Joël Le Scouarnec avait été condamné en 2005 pour avoir consulté des images de violences sexuelles commises par des adultes sur des enfants. Ensuite, durant quinze ans, plus personne n'a suivi le devenir de cet homme ; c'est là que réside le problème ! »

Marianne Maximi
Marianne Maximi
LFI-NFP
Puy-de-Dôme (1)
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2005
Joël Le Scouarnec est condamné pour détention d'images pédopornographiques. Aucune interdiction d'exercer auprès de mineurs n'est prononcée ; l'Ordre des médecins n'est pas informé par la justice.
28 mai 2025
Vingt ans de réclusion prononcés par la cour criminelle du Morbihan pour des faits commis entre 1989 et 2014 sur 299 victimes.
Avril 2026
Les commissions des affaires sociales et des lois lancent une mission « flash » de quatre députées sur les suites à donner à l'affaire.
26 juin 2026
Neuf députés socialistes déposent un amendement rendant automatique l'interdiction temporaire d'exercer pour les soignants mis en examen. Il est retiré.
16 juillet 2026
Le sous-amendement écologiste organisant la suspension par l'ARS est rejeté : 11 voix pour, 57 contre, 35 abstentions.
21 juillet 2026
Le projet de loi protection des enfants est adopté en première lecture par 378 voix contre 7, avec 173 abstentions, après le rétablissement de la perpétuité pour les viols en série sur mineurs (258 voix contre 84).
8 septembre 2026
La mission rend une trentaine de recommandations et conclut qu'aucune institution n'a revu ses procédures en profondeur.

Le texte revient au Sénat à l'automne : chaque député garde la trace de son vote du 16 juillet. Vous pouvez retrouver la position de votre élu dans le détail du scrutin ci-dessus, consulter sa fiche et lui écrire directement depuis notre site, ou suivre l'avancée du projet de loi protection des enfants.