- La réforme des retraites de 2023 relève progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison d'un trimestre par génération, et porte la durée d'assurance à 172 trimestres.
- Le 14 octobre 2025, dans sa déclaration de politique générale, le premier ministre Sébastien Lecornu annonce qu'il proposera au Parlement de suspendre cette réforme jusqu'à la présidentielle : « aucun relèvement de l'âge de départ ne se fera d'ici janvier 2028 ».
- C'était la principale exigence du groupe Socialistes pour ne pas censurer le gouvernement. La mesure est donc arrivée dans le budget de la Sécurité sociale, et non dans une loi dédiée.
- Le 12 novembre 2025, les députés votent l'article 45 bis du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 : la suspension est adoptée par 255 voix contre 146, avec 103 abstentions.
- Le gouvernement chiffre le coût de la mesure à 400 millions d'euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027, à compenser par des économies ailleurs.
- La loi a été promulguée le 30 décembre 2025 et publiée au Journal officiel le 31 décembre. Elle entre en vigueur le 1er septembre 2026.
Dans deux semaines, la mesure la plus commentée de l'automne parlementaire deviendra du droit applicable. À partir du 1er septembre 2026, les pensions de retraite liquidées seront calculées selon un calendrier gelé : l'âge légal reste bloqué à 62 ans et 9 mois pour la génération 1964 et le premier trimestre 1965, au lieu de passer à 63 ans. Cette suspension, valable jusqu'au 1er janvier 2028, a été votée le 12 novembre 2025 par une coalition que personne n'avait anticipée : le Rassemblement national a fourni 111 des 255 voix pour, le groupe Socialistes 67 — pendant que La France insoumise votait contre et que le groupe macroniste Ensemble pour la République s'abstenait à 65 voix sur 73 votants.
Le détail du scrutin, groupe par groupe et député par député — vous pouvez y chercher le vôtre :
Le RN, premier contingent d'une majorité de circonstance
Le vote du 12 novembre n'a pas opposé une majorité à une opposition : il a coupé l'hémicycle en travers de tous les blocs. Sur les 255 voix pour, le Rassemblement national en apporte 111, soit 43,5 % à lui seul. Les socialistes, à l'origine politique de la mesure, en fournissent 67. Les écologistes ajoutent 30 voix, LIOT 17. À l'inverse, le socle gouvernemental s'est effrité : le MoDem s'est partagé (11 pour, 18 abstentions, 1 contre), la Droite républicaine aussi (8 pour, 9 abstentions, 25 contre), et le groupe Ensemble pour la République — celui du gouvernement — n'a apporté que 3 voix pour, contre 65 abstentions.
Le RN, qui promet l'abrogation de la réforme depuis 2023, a voté un texte négocié entre le gouvernement et les socialistes. Ses députés l'ont fait sans réserve : 111 voix pour, zéro contre, zéro abstention — la cohésion la plus totale de tout l'hémicycle sur ce scrutin.
« Les Français ne sont pas dupes : ils savent qui agit pour soi-même et qui agit pour eux. Or le seul bloc sincère est celui du Rassemblement national ; nous, nous ne jouons pas avec la retraite des Français, nous la défendons ! »
À gauche, la ligne de fracture passe entre « suspendre » et « abroger »
Les 60 députés de La France insoumise ont voté contre, rejoints par 11 élus du groupe GDR (communistes). Leur reproche ne porte pas sur le gel du calendrier, qu'ils réclament depuis trois ans, mais sur son prix : la suspension devait être financée par des économies inscrites ailleurs dans le même budget de la Sécurité sociale. « Quels seront les prochains à devoir payer pour ce décalage de trois mois ? », a lancé le député insoumis Damien Maudet pendant la séance. Les socialistes, eux, ont défendu le texte pied à pied : « Contrairement à ce qui a été dit, il n'y a aucune entourloupe dans cet article », a répondu la rapporteure Sandrine Runel, en rappelant que la clause de revoyure prévue par le texte, c'était l'élection présidentielle de 2027.
Les écologistes ont majoritairement suivi les socialistes (30 pour, 4 abstentions), au nom de ce que la réforme de 2023 avait déclenché dans le pays.
« La réforme des retraites de 2023 a jeté des millions de personnes dans la rue pendant de nombreuses semaines – un nombre jamais vu depuis 1968. »
Les 146 « contre » : le coût, et le mot
Le camp du refus s'est structuré autour d'un argument budgétaire — 400 millions d'euros en 2026, 1,8 milliard en 2027 selon le chiffrage du gouvernement lui-même — et d'un argument sémantique. Horizons (29 contre), la Droite républicaine (25 contre) et l'UDR d'Éric Ciotti (14 contre) ont refusé de qualifier de « suspension » ce qui n'interrompt pas la trajectoire vers 64 ans mais la décale d'une génération.
« J'insiste donc sur l'aberration économique que représente la mesure qui est soumise au vote. […] Il s'agissait d'un décalage, et pas d'une suspension. Merci d'appeler un chat, un chat. »
Ce vote du 12 novembre n'était qu'une étape : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a ensuite été adopté définitivement le 16 décembre 2025, par 247 voix contre 232 et 90 abstentions, puis validé pour l'essentiel par le Conseil constitutionnel le 30 décembre.
Ce qui change concrètement le 1er septembre
Vous voulez savoir ce qu'a voté votre député sur cet article ? Le widget en haut de page permet de le chercher par son nom, et chaque fiche de parlementaire détaille l'ensemble de ses votes, de ses amendements et de ses questions au gouvernement — avec un bouton pour lui écrire directement.