Pourquoi ce texte ? Le contexte en six points
  • Le 10 mai 2023, l'Union européenne adopte la directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations : fourchettes de salaire obligatoires dans les offres d'emploi, droit pour un salarié de connaître les niveaux de rémunération de ses collègues à travail de valeur égale, sanctions en cas d'écart injustifié entre femmes et hommes.
  • Les États membres avaient jusqu'au 7 juin 2026 pour la transposer. La France ne l'a pas fait.
  • Le 25 août 2026, le ministre du travail Jean-Pierre Farandou a annoncé, lors de la rentrée de la CFDT, que le projet de loi de transposition serait présenté en conseil des ministres le 9 septembre 2026, pour une entrée en vigueur visée au 1er janvier 2028.
  • Dix mois plus tôt, dans l'hémicycle, le même ministre s'était engagé à « achever la transposition d'ici l'été 2026 ».
  • Cet engagement a servi d'argument pour rejeter un amendement d'égalité salariale lors de l'examen du budget de la Sécurité sociale, le 6 novembre 2025.
  • Selon l'Insee (Insee Focus n° 377, février 2026, données 2024), le revenu salarial des femmes reste inférieur de 21,8 % à celui des hommes dans le privé ; l'écart tombe à 14 % en équivalent temps plein et à 3,6 % à poste comparable dans le même établissement.

La France a laissé passer la date limite. La directive européenne sur la transparence des rémunérations devait être inscrite dans le droit français au plus tard le 7 juin 2026 ; le projet de loi qui la transpose ne sera présenté en conseil des ministres que le 9 septembre, pour une application annoncée au 1er janvier 2028. Entre-temps, l'Assemblée nationale a eu une occasion de voter, elle, une mesure d'égalité salariale : le 6 novembre 2025, l'amendement n° 367 de la députée écologiste Marie-Charlotte Garin au budget de la Sécurité sociale, qui conditionnait les exonérations de cotisations patronales au respect de l'égalité salariale. Il a été rejeté par 144 voix contre 77. Le principal argument opposé en séance : la directive allait être transposée.

77
Pour
144
Contre
5
Abstentions

« La directive sera transposée d'ici juin 2026 »

L'amendement, défendu en séance par Sandrine Rousseau, portait sur ce que les écologistes appellent l'égaconditionnalité : subordonner le bénéfice des allégements de cotisations patronales au respect de l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. Il avait été adopté en commission — Sandrine Rousseau le rappelle d'ailleurs sèchement au rapporteur général après son avis défavorable. En séance, le rapporteur général de la commission des affaires sociales, le député Droite républicaine Thibault Bazin, oppose un argument de calendrier.

« Ce n'est pas le bon outil ! La directive européenne sur la transparence salariale, qui devrait clairement vous satisfaire, sera transposée d'ici juin 2026. Elle prévoit des sanctions pour les employeurs qui ne respecteraient pas l'égalité salariale. »

Séance du 6 novembre 2025, avis sur l'amendement n° 367 au PLFSS 2026.

Thibault Bazin
Thibault Bazin
DR
Meurthe-et-Moselle (4)
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Le ministre du travail et des solidarités, Jean-Pierre Farandou — en poste depuis quelques jours à peine ce soir-là — va plus loin que le rapporteur général et prend un engagement de date : « Les concertations avec les partenaires sociaux ont démarré afin de préparer sa transposition concrète et nous ferons en sorte d'achever la transposition d'ici l'été 2026, échéance à laquelle la directive doit être obligatoirement transposée dans le droit français. » Avis défavorable, lui aussi, au motif que « la réduction des allégements généraux n'est pas le bon instrument ».

Neuf mois et demi plus tard, c'est le même ministre qui annonce que le texte n'est pas encore passé en conseil des ministres.

Qui a voté quoi

Le vote du 6 novembre 2025 ne dessine aucune surprise : il oppose bloc à bloc. Les 77 voix pour viennent intégralement de la gauche — 34 socialistes, 25 insoumis, 12 écologistes, 2 communistes, plus 2 voix LIOT et 2 voix RN. Les 144 voix contre additionnent l'extrême droite et le bloc central : le Rassemblement national fournit le contingent le plus important avec 59 voix contre, devant Ensemble pour la République (37), les Démocrates (19), Horizons (11), la Droite républicaine (9) et UDR (6). Aucun groupe de gauche n'a voté contre ; aucun groupe du bloc central n'a voté pour.

Sur ce sujet, le camp gouvernemental n'est pourtant pas silencieux. Huit mois plus tôt, à la veille du 8 mars 2025, une députée de la majorité interpellait déjà le gouvernement sur le même calendrier.

« En dépit de ces efforts, l'écart salarial moyen reste préoccupant — à poste équivalent, il était encore de 8,5 % en 2024 —, d'autant que les petites structures, n'étant pas soumises à l'index, continuent d'échapper à ces exigences. […] Comment comptez-vous transposer la directive européenne du 10 mai 2023, qui vise à la transparence salariale, de manière à en maximiser l'impact ? »

Séance du 5 mars 2025, questions au gouvernement.

Emmanuelle Hoffman
Emmanuelle Hoffman
EPR
Paris (4)
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Deux questions écrites en deux ans

Au-delà de ce scrutin, la trace parlementaire de la directive est mince. Dans notre base, qui indexe les débats en séance des deux chambres depuis le début de la législature, neuf prises de parole seulement mentionnent la transparence salariale ou l'index de l'égalité professionnelle. Et sur les milliers de questions écrites déposées, deux portent sur la transposition elle-même — une par chambre.

La première est sénatoriale. Le 19 février 2026, Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat, interroge le ministre du travail : « Alors que la directive prévoit une transposition en droit national au plus tard le 7 juin 2026, aucune précision n'a, à ce stade, été apportée quant au calendrier envisagé. » La réponse du gouvernement, publiée depuis, se contente de noter que « d'autres pays européens comme l'Allemagne n'ont pas encore achevé la transposition de ce texte » et que le projet de loi pourra être transmis au Parlement « sous réserve des contraintes liées à l'agenda législatif ».

La seconde est plus tardive et va dans l'autre sens : le 23 juin 2026 — seize jours après l'expiration du délai —, le député non inscrit Daniel Grenon demande au gouvernement de s'engager « à ne pas créer d'obligations supplémentaires par rapport au cadre strictement prévu par le texte européen », au nom des PME industrielles. Cette question est toujours sans réponse.

« Je tiens d'abord à saluer la célérité du gouvernement : il aura fallu à peine trois mois pour que ce nouvel avenant au protocole d'accord sur l'assurance chômage soit définitivement transposé dans la loi ! Nous, nous aurions aimé que ce gouvernement soit aussi impatient de transposer la directive européenne sur la transparence salariale. »

Séance du 2 juin 2026, discussion générale sur l'assurance chômage.

Yannick Monnet
Yannick Monnet
GDR
Allier (1)
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Ce que la directive impose — et que la France n'applique pas encore

💶
Salaire annoncé dès l'offre
L'employeur doit indiquer la rémunération ou la fourchette de rémunération dans l'offre d'emploi ou avant l'entretien.
🚫
Fin de la question sur le salaire actuel
Le recruteur ne peut plus interroger un candidat sur l'historique de sa rémunération.
📊
Droit de comparaison
Tout salarié peut demander les niveaux moyens de rémunération, ventilés par sexe, des collègues effectuant un travail de valeur égale.
⚖️
Sanctions en cas d'écart injustifié
Au-delà d'un écart significatif que l'employeur ne peut justifier, des mesures correctives et des sanctions sont prévues.
À noter : le débat français ne porte pas seulement sur le retard, mais sur le périmètre. En séance le 3 juillet 2025, la ministre du travail d'alors, Astrid Panosyan-Bouvet, annonçait aux députés que le seuil retenu pour la transposition serait « fixé à 250 salariés, limite retenue par l'Union pour les grandes entreprises ». Un an plus tard, les organisations patronales du secteur industriel s'alarment au contraire d'une extension « aux entreprises de moins de 100 salariés » — c'est l'objet de la question écrite de Daniel Grenon. Le contenu réel du texte ne sera connu qu'après son passage en conseil des ministres.

Le calendrier, date par date

10 mai 2023
Adoption de la directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations. Le délai de transposition court sur trois ans.
4 mars 2025
Le gouvernement réunit les partenaires sociaux pour ouvrir la concertation sur la transposition.
3 juillet 2025
La ministre du travail Astrid Panosyan-Bouvet annonce en séance que les députés seront saisis « sous peu » et que le seuil sera fixé à 250 salariés.
6 novembre 2025
L'Assemblée rejette par 144 voix contre 77 l'amendement n° 367 conditionnant les allégements de cotisations au respect de l'égalité salariale. Le ministre Jean-Pierre Farandou promet la transposition « d'ici l'été 2026 ».
19 février 2026
Question écrite de la sénatrice Dominique Vérien sur l'absence de calendrier.
7 juin 2026
Date limite européenne de transposition. Aucun texte n'a été déposé au Parlement.
23 juin 2026
Question écrite du député Daniel Grenon demandant d'éviter toute « surtransposition ». Sans réponse à ce jour.
9 septembre 2026
Présentation annoncée du projet de loi en conseil des ministres, avant l'examen parlementaire. Entrée en vigueur visée : 1er janvier 2028.

L'examen du texte s'ouvrira dans un calendrier déjà chargé par le budget 2027. Pour savoir comment votre député s'est prononcé le 6 novembre 2025 sur l'amendement d'égalité salariale, ou suivre son activité sur les questions de travail et d'égalité professionnelle, consultez sa fiche sur la liste des députés — et le détail du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 dans lequel cet amendement a été discuté.