Accessibilité culturelle pour les personnes en situation de handicap
Jérôme GuedjSOC
Député — Essonne (6)
La question
M. Jérôme Guedj appelle l'attention de Mme la ministre de la culture sur les insuffisances persistantes en matière d'accessibilité culturelle pour les personnes en situation de handicap, alors même que la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances impose depuis près de vingt ans des obligations claires aux établissements recevant du public. Si des progrès ont été accomplis dans certains équipements culturels, la réalité reste très inégale selon les territoires, les types de handicap et la nature des structures concernées. Les personnes présentant un handicap moteur, sensoriel, cognitif, mental ou psychique se heurtent encore à de nombreux obstacles : bâtis non conformes, absence de boucles magnétiques ou de dispositifs d'audiodescription, signalétique inadaptée, offre artistique insuffisamment pensée pour tous les publics, et communication inaccessible. Ces manquements ne sont pas anodins : ils privent des millions des citoyens d'un droit fondamental à la participation culturelle et à la vie sociale. La culture n'est pas un luxe réservé à ceux dont le corps ou les sens répondent aux normes implicites de nos lieux de spectacle. Cette situation est d'autant plus préoccupante que les outils existent : dispositifs techniques éprouvés comme la boucle magnétique, le surtitrage individuel ou collectif, l'audiodescription, l'interprétation en langue des signes, ou encore les guides de visite multisensoriels. Des compagnies artistiques, des théâtres, des musées ont montré que l'accessibilité universelle est non seulement possible mais créatrice d'une offre plus riche pour l'ensemble des publics. Pourtant, faute d'impulsion nationale structurée, faute de financement pérenne et faute de contrôle effectif, ces bonnes pratiques restent isolées et ne constituent pas encore la norme. Il lui demande si un plan national ambitieux et doté de moyens structurels sera mis en œuvre pour généraliser l'accessibilité culturelle dans l'ensemble des établissements recevant du public, en couvrant les quatre dimensions indissociables que sont l'accès physique aux lieux, l'accès à l'information, l'accès aux œuvres et à la programmation, et l'accès à la pratique artistique, et quels mécanismes de contrôle et de sanction seront renforcés pour que les obligations issues de la loi de 2005 cessent d'être lettre morte pour une part significative des établissements culturels français.
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 01/09/2026La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a fixé le principe d'une accessibilité généralisée, intégrant tous les handicaps, qu'ils soient d'ordre physique, visuel, auditif ou mental. L'accessibilité est au c ur des missions du ministère de la culture depuis 1959 : elle est devenue, en 2005, un droit pour les personnes en situation de handicap d'exercer pleinement leur citoyenneté et de participer à la vie sociale et culturelle. Le ministère travaille à lever les freins sensoriels, moteurs, mentaux, psychiques et cognitifs qui font obstacle dans tous ses domaines d'intervention à l'accès à la culture : patrimoine, architecture, création, livre, médias, cinéma, enseignements spécialisés et enseignement supérieur culture. Il porte une politique ambitieuse en faveur de l'accès aux offres, aux programmations, aux pratiques et aux établissements culturels pour les personnes en situation de handicap. S'agissant de l'accessibilité des établissements recevant du public, l'inspection générale des affaires culturelles a rendu, en mars 2025, un rapport sur l'accessibilité des lieux culturels qui conclut que, pour les personnes à mobilité réduite, le taux d'accessibilité complète ou quasi-complète s'élève à 95 % pour les établissements publics, 66 % pour les services à compétence nationale et 80 % pour les directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Pour autant, l'ambition d'accessibilité universelle se heurte encore à des obstacles complexes tels que, par exemple, les contraintes des monuments historiques. Le ministère a donc entamé un recensement des lieux où des solutions alternatives allaient devoir être proposées, telles que des visites virtuelles in situ et en temps réel. Le ministère de la culture a par conséquent développé une stratégie nationale très structurée, ambitieuse et dotée de financements pérennes. Le Fonds accessibilité, créé en 2018 et doté à hauteur de 800 000 euros par an, est un levier majeur de l'amélioration de l'accessibilité de l'offre culturelle sur l'ensemble du territoire. Il permet de soutenir annuellement près de 140 projets visant à renforcer l'accessibilité des établissements, au-delà des seuls travaux de mise en accessibilité du cadre bâti, en finançant par exemple l'acquisition de boucles magnétiques, de gilets vibrants ou de dispositifs de surtitrage. Il permet de soutenir les initiatives de mise en accessibilité des sites internet des établissements, ainsi que le développement de documents de présentation adaptés. Dédié au spectacle vivant entre 2018 et 2020, le Fonds s'est ouvert, en 2021, à l'ensemble des champs culturels : spectacle vivant, monuments et musées, médiathèques et bibliothèques, cinémas, archives, centres d'art, etc. Il a également été déconcentré au niveau des DRAC, afin d'apporter les réponses les plus ajustées sur les territoires. Le ministère continue par ailleurs de sensibiliser les acteurs et responsables culturels aux enjeux de l'accessibilité. Deux guides très concrets ont été lancés tout récemment : l'un pour l'accueil des personnes avec un ou des troubles du neurodéveloppement (en lien avec la délégation interministérielle à la stratégie nationale des troubles du neurodéveloppement), l'autre pour l'accessibilité des bibliothèques et des centres de documentation et d'information. Le ministère vient également d'engager une réflexion sur un nouvel élan à apporter à la Réunion des établissements culturels pour l'accessibilité (RECA). Créé en 2003, ce réseau, piloté jusqu'à présent par Universcience, rassemble une cinquantaine d'établissements publics, favorisant ainsi le partage et la diffusion de pratiques innovantes. La RECA a notamment contribué à diffuser des dispositifs aujourd'hui largement répandus, tels que les visites en langue des signes française, les visites tactiles ou les visites audiodécrites, expérimentées dès les années 2000 par plusieurs établissements nationaux. De manière plus générale, depuis 3 ans, le ministère s'est mobilisé pour mettre en uvre la feuille de route établie par le Président de la République, lors de la conférence nationale du handicap du 26 avril 2023. Celle-ci est articulée en 6 grands chantiers : construire une bibliothèque nationale du livre accessible et adapté, qui oriente les lecteurs en situation de handicap et qui permette de se procurer des ouvrages et des adaptations encore non disponibles ; créer un Portail de l'audiodescription en faveur des uvres du cinéma, qui permet d'identifier les uvres disposant des moyens adaptés pour leur réception par les personnes en situation de handicap ; rendre l'application, et les deux sites dédiés au pass Culture, 100 % accessibles au regard des indicateurs du règlement général d'amélioration de l'accessibilité (RGAA), et améliorer la communication sur l'accessibilité des propositions culturelles ; renouveler et renforcer le réseau des référents handicap dans les 97 établissements d'enseignement supérieur culture ; élaborer une charte d'accessibilité pédagogique de l'enseignement supérieur culture ; veiller à assurer la formation des étudiants à l'accessibilité du bâti dans les établissements d'enseignement sous tutelle du ministère de la culture ; accompagner et développer l'emploi des artistes en situation de handicap au sein du spectacle vivant, du cinéma et de l'audiovisuel. Les avancées de ces chantiers, achevés ou en cours de mise en uvre, seront présentées le 4 septembre 2026, dans le cadre de la prochaine Conférence nationale du handicap. De nouvelles mesures seront également annoncées pour le ministère de la culture, pour continuer à améliorer l'accessibilité dans tous les domaines culturels. C'est la condition d'une plus grande effectivité des droits culturels en France. Enfin, s'agissant des mécanismes de contrôle, le respect des obligations d'accessibilité relève avant tout du cadre juridique applicable aux établissements recevant du public (ERP). Les propriétaires et exploitants sont responsables de la conformité de leurs équipements, sous le contrôle des autorités compétentes de l'État et des collectivités territoriales, qui peuvent, le cas échéant, mettre en uvre les procédures administratives et les sanctions prévues par la réglementation en vigueur. Le ministère de la culture privilégie une démarche d'accompagnement des établissements culturels, fondée sur le soutien financier, la formation, le partage de bonnes pratiques et le dialogue avec les réseaux professionnels, afin de favoriser une amélioration continue de l'accessibilité.
Source : questions.assemblee-nationale.fr ↗
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