Sanctuarisation de la circonscription portuaire du Havre face aux objectifs du « zéro artificialisation nette »
Agnès CanayerLes Républicains
Sénatrice — Seine-Maritime
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 22/03/2023Mme Agnès Canayer. L'axe Seine est l'artère fluviale et naturelle de notre pays. De plus, son lien étroit avec Haropa, premier port commercial de France, en fait la route stratégique de notre politique exportatrice.
Relais entre la capitale et la façade maritime françaises, l'axe Seine est aussi un outil majeur de notre réindustrialisation. En témoigne son inscription, en 2019, au programme Territoires d'industrie, qui concerne aujourd'hui plus de 20 % de l'emploi industriel en France. Mais, dans ses boucles comme dans son estuaire, la Seine est concernée par le principe du ZAN.
L'application stricte du ZAN en Seine-Maritime illustre bien les contraintes majeures que l'on risque d'imposer à nos territoires face à leurs grands besoins fonciers, notamment dans les circonscriptions portuaires.
Moteurs de la décarbonation, l'usine H2V à Saint-Jean-de-Folleville, l'association Incase à Caux-Seine ou encore le projet Synerzip au Havre bloqueront demain toutes les initiatives de l'axe Seine dès lors qu'ils seront inclus dans le compte foncier des territoires où ils sont implantés.
Sans compte foncier séparé pour l'axe Seine, la ligne nouvelle Paris-Normandie ou Haropa Port, l'ensemble des politiques de développement local, seront mises à l'arrêt. Je pense, par exemple, à Port-Jérôme 3 à Port-Jérôme-sur-Seine.
On se heurte également aux problèmes de la compensation environnementale et aux difficultés provoquées par l'absence de volet fiscal incitant à la réutilisation des friches.
Le Gouvernement compte-t-il clairement inscrire sur les comptes fonciers nationaux prévus par la loi les opérations d'aménagement dans les circonscriptions portuaires ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Dominique Faure, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargée des collectivités territoriales et de la ruralité. Madame la sénatrice Canayer, rien moins que 20 000 hectares d'espaces naturels, agricoles et forestiers sont consommés chaque année en moyenne en France.
Les conséquences de ce phénomène sont non seulement écologiques, mais aussi socioéconomiques. En effet, la France s'est fixé l'objectif d'atteindre le ZAN des sols en 2050. Elle a également retenu l'objectif intermédiaire de réduction de moitié de la consommation d'Enaf dans les dix prochaines années.
La loi Climat et résilience permet déjà aux régions d'assurer en leur sein la mutualisation des projets d'envergure, comme ceux de Haropa port.
En outre, Mme la Première Ministre s'est déclarée favorable à une évolution législative, de sorte que les projets d'envergure nationale ne soient pas décomptés à l'échelle de chaque région, mais bien mutualisés à l'échelle nationale. De cette manière, les territoires concernés ne seront pas pénalisés par leur implantation.
Lors de l'examen de la proposition de loi sénatoriale relative au ZAN, le Gouvernement a présenté un amendement visant à inclure explicitement les grands ports dans les projets d'envergure nationale : cette rédaction mentionne ainsi les actions ou opérations d'aménagement réalisées sur leur circonscription par un grand port maritime ou fluviomaritime de l'État, ou pour leur compte.
L'objectif de sobriété foncière est ambitieux, mais nécessaire. Pour accompagner les territoires dans cette démarche, plusieurs aides sont déjà déployées, que ce soit au travers du renforcement de l'ingénierie territoriale ou de l'encouragement à la contractualisation, ou encore par la mobilisation de leviers fiscaux et budgétaires, en particulier le fonds vert, qui a été doté de 2 milliards d'euros en 2023.
M. le président. La parole est à Mme Agnès Canayer, pour la réplique.
Mme Agnès Canayer. Madame la ministre, qu'il n'y ait aucun malentendu entre nous : nous ne remettons évidemment pas en cause l'enjeu de sobriété foncière. Mais il ne faut pas décourager les territoires en inscrivant dans leur compte foncier des projets d'envergure nationale, comme ceux de nos ports. (Mme la ministre acquiesce.) Je vous remercie de votre réponse, qui va dans ce sens.
Source : senat.fr ↗
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