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Question écrite ✓ Répondue le 10/09/2026 #6#10#14#

Conséquences financières pour les collectivités de l'évolution de la filière à responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment

Posée le 07/05/2026 · Ministère interrogé : Transition écologique, biodiversité et négociations internationales sur le climat et la nature

Nicole Bonnefoy Nicole BonnefoySER Sénatrice — Charente

La question

Mme Nicole Bonnefoy attire l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur les fortes inquiétudes exprimées par les collectivités territoriales chargées du service public des déchets face aux orientations actuellement envisagées concernant la filière à responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB). En effet, les informations dont disposent les collectivités laissent craindre une remise en cause des principes fondateurs de cette filière, pourtant inscrits dans la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire, dite « loi AGEC ». Si elles étaient confirmées, ces évolutions conduiraient à un transfert massif de charges des metteurs sur le marché vers les collectivités territoriales, et, en dernier ressort, vers les contribuables locaux. Ces évolutions suscitent de vives inquiétudes pour les collectivités territoriales, en particulier pour les établissements publics de coopération intercommunale en charge de la gestion des déchets. Elles pourraient en effet entraîner une fragilisation significative des moyens financiers nécessaires à une gestion durable des déchets, une désorganisation des filières existantes de recyclage et de valorisation, ainsi qu'une augmentation des coûts supportés par les collectivités. Pour le département de la Charente, les conséquences financières seraient particulièrement significatives. Dans un contexte budgétaire déjà fortement dégradé, une telle décision pèserait directement sur la capacité des collectivités à maintenir un service public de qualité, accessible et équilibré sur l'ensemble du territoire. Au-delà du seul enjeu financier, c'est une question de principe qui se pose. La responsabilité élargie du producteur repose sur une logique simple et juste : celui qui met sur le marché un produit doit contribuer au financement de la gestion des déchets qu'il génère. Affaiblir ce principe reviendrait à faire supporter aux collectivités les conséquences d'arbitrages faits au bénéfice des acteurs économiques les plus réticents à assumer pleinement leurs obligations. Une telle régression serait d'autant plus incompréhensible que les collectivités ont, depuis l'entrée en vigueur de la loi AGEC, consenti des efforts considérables pour organiser la montée en charge de cette filière, adapter leurs équipements, structurer les flux et rendre opérationnels les points de maillage. Aussi, elle souhaiterait savoir si elle entend confirmer les orientations envisagées concernant la filière REP PMCB et quelles garanties elle compte apporter afin d'éviter tout transfert de charges vers les collectivités territoriales. Elle l'interroge également sur les mesures qu'elle envisage de prendre pour garantir le respect des principes fixés par la loi AGEC, notamment celui du pollueur-payeur. Par ailleurs, elle lui demande comment elle entend soutenir les collectivités afin de préserver l'équilibre financier du service public des déchets. Enfin, elle souhaite connaître les engagements concrets de l'État pour assurer une application pleine et entière de la REP PMCB, conforme à la volonté du législateur, et éviter que les collectivités ne deviennent une variable d'ajustement économique au sein de cette filière.

✓ Réponse du gouvernement

Publiée le 10/09/2026
Prévue par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire de 2020, la filière REP PMCB est entrée en vigueur fin 2022 avec une ambition claire : réduire les dépôts sauvages de déchets du bâtiment, développer leur recyclage et favoriser l'éco-conception afin de faciliter leur réemploi ou leur recyclage. Près de quatre ans après son entrée en vigueur, force est toutefois de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions. Si la filière a permis l'ouverture de plus de 6 000 points de reprise des déchets du bâtiment, son efficacité demeure contestée. Dans le même temps, son coût connaît une progression qui interroge profondément sa soutenabilité économique, avec une enveloppe susceptible d'atteindre près de 920 Meuros en 2028. C'est dans ce contexte qu'un moratoire a été décidé en mars 2025. Celui-ci n'avait pas vocation à remettre en cause le principe même de la filière REP, mais à mettre un terme à une fuite en avant consistant à poursuivre son déploiement au prix d'une hausse continue des éco-contributions. Un travail de refondation a été conduit avec l'ensemble des parties prenantes. Il a abouti à un projet de décret qui opère un changement de logique : faire passer la filière PMCB d'un pilotage par la dépense à un pilotage par la performance. Le projet de décret porté par le Gouvernement permettait ainsi de ramener l'enveloppe financière de la filière REP PMCB à environ 325 Meuros en 2028, tout en recentrant ses moyens sur les dispositifs les plus efficaces. Il a été transmis pour avis au Conseil d'État au mois de juin. Le Conseil d'État valide l'économie générale de la refondation proposée par le Gouvernement. Il ne remet notamment pas en cause la nouvelle organisation des canaux de collecte, qui prévoit la suppression de la reprise sur chantier pour les dépôts de plus de 50 m³ de déchets ainsi que la suppression de l'obligation générale de reprise des déchets par les distributeurs. Le Conseil d'État valide également la possibilité de distinguer les matériaux « matures », c'est-à-dire ceux dont la gestion peut être assurée dans des conditions techniques et économiques ne nécessitant pas une couverture intégrale des coûts par la filière REP, des matériaux « non matures ». Toutefois, le Conseil d'État rappelle que l'article 8 bis de la directive-cadre relative aux déchets impose que les producteurs supportent, à l'échelle de la filière, au moins 80 % des coûts nécessaires à la fourniture de services de gestion des déchets présentant un bon rapport coût-efficacité. Cette exigence, combinée aux simplifications apportées au projet de refondation et validées par le Conseil d'État, conduit à estimer que l'enveloppe financière de la filière ne pourrait finalement être ramenée qu'à environ 600 Meuros en 2028, dont près de 10 % correspondant au futur fonds « dépôts sauvages de déchets », contre environ 325 Meuros dans le projet initial du Gouvernement. Ce contenu de l'avis du Conseil d'Etat a été soumis à l'ensemble des parties prenantes en vue de déterminer, dans la transparence, la meilleure option pour cette filière REP. Le gouvernement entend sortir de l'incertitude actuelle, donner de la visibilité à l'ensemble des acteurs de la filière et engager une nouvelle étape, fondée sur la recherche de résultats plutôt que sur l'augmentation des moyens.

Source : senat.fr ↗

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