- Le 17 septembre 2026, Sébastien Lecornu déclare au Figaro qu'« aucune pension ne diminuera » et que « le débat sur le rythme d'augmentation sera tranché au Parlement ». L'effort demandé aux retraités « restera inférieur à six milliards d'euros ».
- Deux leviers sont documentés pour y parvenir : revaloriser les pensions en dessous de l'inflation, ou rogner l'abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités.
- Cet abattement s'applique aux pensions déclarées à l'impôt sur le revenu. Son plafond est global : il vaut pour l'ensemble du foyer fiscal, pas par personne.
- Les deux leviers ont déjà été soumis aux députés lors des budgets pour 2026. L'article 6 du projet de loi de finances proposait de remplacer l'abattement de 10 % par un forfait de 2 000 euros par retraité.
- Le projet de loi de finances pour 2027 est attendu en Conseil des ministres le 30 septembre.
- Depuis septembre 2025, 54 amendements visant cet abattement ont été déposés à l'Assemblée. Aucun n'a été discuté en séance publique : tous sont restés au stade des commissions.
Sébastien Lecornu renvoie au Parlement l'arbitrage sur l'effort demandé aux retraités. Le dossier parlementaire de l'année écoulée indique ce qui l'y attend : sur l'abattement de 10 %, l'Assemblée n'a pas dégagé de position majoritaire sur le montant, mais elle a été très claire sur le principe. L'article qui supprimait l'avantage a été rejeté par 213 voix contre 17 le 13 novembre 2025 — et le groupe du gouvernement, Ensemble pour la République, s'est divisé 17 voix contre 8 pour lâcher la mesure de son propre camp.
Le vote qui a enterré la réforme
Le 13 novembre 2025, les députés ont supprimé l'article 6 du projet de loi de finances pour 2026 par 213 voix contre 17, avec trois abstentions. Le contingent le plus important vient du Rassemblement national (75 voix), devant les socialistes (40), la Droite républicaine (23) et La France insoumise (22). En face, l'opposition à la suppression se limite à huit voix Ensemble pour la République et six Horizons.
Un forfait de remplacement à géométrie très variable
Derrière ce vote net, le travail en commission raconte autre chose : les députés n'ont jamais convergé sur ce qu'il fallait mettre à la place. Sur les 54 amendements recensés, 11 seulement demandaient la suppression pure et simple de la réforme. Les 43 autres en négociaient le montant — et l'écart entre les propositions atteint un facteur six.
Les deux extrêmes portent la même étiquette. Guillaume Kasbarian (Ensemble pour la République) a déposé deux amendements ramenant le forfait de 2 000 à 450 euros, soit bien plus sévère que la version gouvernementale. Corinne Vignon, du même groupe, en a déposé deux autres le portant à 2 800 euros. Entre les deux, Charles de Courson (LIOT), premier amendeur du texte après Laurent Wauquiez avec sept amendements, proposait de « conjugaliser » le plafond : 4 400 euros pour un couple, 2 200 pour une personne seule.
« L'article prévoit de transformer l'abattement de 10 % en un abattement forfaitaire, mais cette réforme fera plus de perdants que de gagnants. C'est une augmentation d'impôt sur les retraités, sur des gens qui ont travaillé et cotisé toute leur vie, notamment sur les retraités des classes moyennes. »
Le fil rouge s'appelle Laurent Wauquiez
Un nom traverse les quatre textes budgétaires concernés : Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine, signe neuf des 54 amendements — le total le plus élevé. Son groupe pèse 18 amendements sur 54, et huit des onze adoptés en commission. Sur cette niche fiscale, la contestation n'est donc pas venue d'abord de la gauche : Ensemble pour la République en a déposé six, La France insoumise cinq, le Rassemblement national un seul.
La bataille a repris en janvier 2026 sur un autre terrain. Le Sénat avait réécrit l'article pour conserver l'abattement de 10 %, mais en abaissant son plafond de 4 399 à 3 000 euros par foyer. Deux amendements de Laurent Wauquiez supprimant cet abaissement ont été adoptés en commission les 5 et 9 janvier.
« …sera naturellement moins préoccupé par ce remplacement d'un abattement par un autre que celui dont la retraite est modeste. Je regrette également, à titre personnel, la suppression hier de l'article 44, qui prévoyait le gel des prestations sociales — la fameuse année blanche. »
Une gauche presque absente du débat
Sur ce dossier précis, la gauche s'est peu exprimée en séance. Sa position passe surtout par les amendements : Aurélien Le Coq (LFI) en a déposé cinq, proposant de conserver l'abattement de 10 % pour les pensions supérieures à 20 000 euros annuels tout en appliquant le forfait de 2 000 euros aux plus petites. Son exposé chiffre à 1,4 million le nombre de retraités qui auraient subi « une hausse d'impôt brutale ». Tristan Lahais (Écologiste et Social) a fait adopter en commission un amendement portant le forfait à 2 800 euros.
« Ces dispositions sont iniques : elles pourraient provoquer la baisse du pouvoir d'achat de millions de retraités, qui seraient d'ailleurs taxés plus lourdement encore si ce budget scélérat, qui prévoit la suppression de l'abattement de 10 % de l'impôt sur le revenu, était voté. »
Les deux leviers, et ce qu'ils ont déjà coûté au gouvernement
Nous avons détaillé ailleurs les votes par lesquels l'Assemblée a déjà enterré les principales pistes d'économies du budget 2027 et le détail du rejet du gel des pensions. Pour suivre le vote de vos élus mesure par mesure, consultez leur fiche : Laurent Wauquiez, Guillaume Kasbarian, Charles de Courson ou tous les débats mentionnant l'abattement.