Pourquoi le budget est le seul vrai levier — le contexte en 5 points
  • Le gazole a atteint 2,39 euros le litre le 18 septembre 2026, un record ; le SP95-E10 est à 2,17 euros, au-dessus de son pic de juin 2022.
  • Environ la moitié de ce prix est constituée de taxes : l'accise sur les produits énergétiques, qui a remplacé la TICPE, et la TVA qui s'applique par-dessus.
  • Ces tarifs sont fixés par la loi. Un député ne peut donc les modifier que par un amendement à un texte budgétaire — une question écrite ou une proposition de loi n'y suffit pas.
  • Le projet de loi de finances pour 2027 est présenté en conseil des ministres le 30 septembre. La partie recettes, celle qui porte la fiscalité des carburants, est examinée du 12 au 19 octobre, pour un vote solennel annoncé le 17 novembre.
  • Le 22 septembre, trois députés de trois groupes différents ont déposé le même jour une question écrite sur le prix des carburants.

Depuis octobre 2024, les députés ont déposé 201 amendements portant sur les carburants, le gazole ou la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. Cent cinquante-quatre l'ont été sur les textes budgétaires — les projets de loi de finances pour 2025 et 2026. Quatre-vingt-sept ont été rejetés, vingt-trois adoptés. Aucun de ces vingt-trois ne réduit la fiscalité payée à la pompe par les automobilistes.

201
Amendements déposés
23
Adoptés
0
Baisse de taxe à la pompe

Trois leviers, un seul qui engage la loi

Face à une hausse des prix, un parlementaire dispose de trois outils, très inégaux. La question écrite ou orale oblige le gouvernement à répondre, mais ne change rien au droit : notre base en recense 133 sur les carburants depuis le début de la législature, et aucune n'a débouché sur un vote. La proposition de loi permet d'écrire un dispositif complet — Alma Dufour (LFI-NFP) a ainsi porté un texte de blocage des prix de l'énergie, rapporté le 20 novembre 2024 — mais elle exige une place dans l'ordre du jour, que l'exécutif et les groupes majoritaires contrôlent. Le texte n'a jamais été mis aux voix dans son ensemble.

Reste l'amendement budgétaire. C'est le seul levier qui touche directement au tarif de l'accise ou à l'assiette de la TVA, et c'est là que les députés se sont massivement portés : 154 des 201 amendements du corpus. Douze groupes y ont contribué, c'est-à-dire la totalité de l'hémicycle.

Amendements sur les carburants et la TICPE, par groupe de l'auteur principal
Adoptés
Rejetés
Retirés, tombés ou non soutenus
SOC
29 déposés — 3 adoptés
LFI-NFP
26 déposés — 4 adoptés
DR
25 déposés — 3 adoptés
ECOS
23 déposés — 3 adoptés
EPR
23 déposés — 5 adoptés
LIOT
18 déposés — 2 adoptés
RN
16 déposés — 1 adopté
HOR
10 déposés — 1 adopté
GDR
8 déposés — 0 adopté
NI
7 déposés — 0 adopté
DEM
3 déposés — 0 adopté
UDDPLR
1 déposé — 0 adopté

189 des 201 amendements ont un auteur principal identifié ; les autres émanent du gouvernement ou des commissions.

Le groupe le plus actif est le groupe Socialistes (29 amendements), devant La France insoumise (26) et la Droite Républicaine (25). Le Rassemblement national, premier groupe de l'Assemblée et premier poseur de questions sur le sujet, n'en a déposé que 16, dont un seul a été adopté.

« Nous avons encore supprimé la hausse de la fiscalité sur les biocarburants. Elle aurait pénalisé les automobilistes, les transporteurs, les agriculteurs qui ont pourtant fait le choix d'une motorisation moins polluante. Décourager les biocarburants est incohérent… »

Séance du 24 octobre 2025, examen de la première partie du projet de loi de finances pour 2026.

Nicolas Ray
Nicolas Ray
DR
Allier (3)
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Deux familles d'amendements, deux échecs symétriques

Les 87 rejets ne sont pas d'une seule couleur. Ils se répartissent en deux familles qui s'opposent point par point.

La première veut alléger la taxe payée par l'automobiliste. Marine Le Pen et Jean-Philippe Tanguy (RN) ont demandé à plusieurs reprises une TVA ramenée à 5,5 % sur le gaz, l'électricité, le fioul et les carburants, présentés comme des « produits de première nécessité ». Corentin Le Fur (DR) a proposé de sortir la TICPE de l'assiette de la TVA, chiffrant cette « taxe sur la taxe » à environ 14 centimes par litre d'essence et 12 centimes sur le diesel, soit 7 euros sur un plein de 50 litres. Christophe Plassard (HOR) a défendu le même mécanisme, qu'il évaluait à 15 centimes par litre. Tous ces amendements ont été rejetés, sur le budget 2025 puis sur le budget 2026.

La seconde famille veut au contraire supprimer les tarifs réduits dont bénéficient certains secteurs : le kérosène des vols intérieurs, le gazole des poids lourds, les carburants de la navigation maritime. Portés par les écologistes, les socialistes et les insoumis, ils se sont heurtés aux mêmes rejets — et parfois à des arguments techniques, comme la convention de Chicago de 1944 pour le kérosène, ou la concurrence transfrontalière pour le gazole routier.

« …et non pas, comme l'auraient souhaité M. Tanguy et Mme Le Pen, pour favoriser ceux qui veulent chauffer la piscine ou le jacuzzi, ou faire le plein d'essence à moindres frais de leur jet ou de leur yacht. Eux, au contraire, vous avez refusé de les taxer et c'est une honte ! »

Séance du 20 novembre 2025, débat budgétaire sur la fiscalité de l'énergie.

Aurélien Le Coq
Aurélien Le Coq
LFI-NFP
Nord (1)
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Ce que l'Assemblée a réellement adopté sur les carburants

Sur les 23 amendements adoptés du corpus, seize l'ont été en commission et sept seulement en séance publique. La distinction compte : l'examen d'un projet de loi de finances en séance repart du texte du gouvernement, si bien qu'une adoption en commission ne survit pas d'elle-même. Et sur ces 23, la plupart sont rédactionnels, techniques, ou portent sur des demandes de rapport et des sujets connexes. Quatre seulement modifient la fiscalité ou la composition des carburants eux-mêmes.

✈️
Fin de l'exonération sur les jets privés
Porté par Arnaud Bonnet (ECOS), il soumet à l'accise le carburant Jet A-1 des vols non réguliers et des vols privés, jusqu'ici exonéré. Une hausse de taxe, pas une baisse.
🚓
Tarif réduit pour la gendarmerie et la police
Porté par Anne-Laure Blin (DR), il crée un tarif réduit d'accise sur les gazoles et essences consommés par les véhicules des forces de l'ordre. Le bénéficiaire est l'État, pas l'usager.
Extinction du tarif maritime
Porté par Anne-Cécile Violland (HOR), il supprime par tranches de 10 % par an, de 2026 à 2035, le tarif réduit applicable aux carburants de la navigation maritime professionnelle.
⚗️
Hydrogène dans les carburants
Porté par Jean-Luc Fugit (EPR), il impose d'incorporer une proportion minimale de 0,1 % d'hydrogène renouvelable ou bas-carbone dans les essences et gazoles mis à la consommation.
À noter : deux de ces quatre mesures augmentent la fiscalité des carburants, une troisième l'allège pour les véhicules de l'État, la quatrième porte sur leur composition. Aucune ne réduit le prix payé par un automobiliste à la pompe. Et l'adoption d'un amendement en séance ne garantit pas sa présence dans la loi promulguée : un texte budgétaire peut encore être modifié en nouvelle lecture, ou ne pas aboutir.

« Cette différence de tarif est destinée à éviter que tous les camions aillent s'approvisionner en carburant au Luxembourg, en Belgique ou dans d'autres pays où la fiscalité est plus avantageuse. Il ne faut surtout pas adopter une telle mesure — le transport routier français ne s'en relèverait pas. »

Séance du 19 novembre 2025, sur la suppression du tarif réduit de gazole des poids lourds.

Charles de Courson
Charles de Courson
LIOT
Marne (5)
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Les plus assidus sont les moins payés de retour

Le détail par auteur est sans appel. Michel Castellani (LIOT) est le député qui a déposé le plus d'amendements carburant de la législature — dix — sans en faire adopter un seul. Romain Eskenazi (SOC) en a déposé sept, Philippe Brun (NI), Jean-Philippe Tanguy et Corentin Le Fur six chacun : aucun adopté. Sur ce sujet, l'insistance ne produit pas de résultat législatif.

16 octobre 2024
Budget 2025 : rejet des premiers amendements demandant une TVA à 5,5 % sur les carburants et la sortie de la TICPE de l'assiette de la TVA.
20 novembre 2024
Rapport d'Alma Dufour sur la proposition de loi de blocage des prix de l'énergie. Le texte ne sera jamais mis aux voix dans son ensemble.
20 et 21 octobre 2025
Budget 2026 : l'Assemblée adopte l'accise sur les jets privés et le tarif réduit pour la gendarmerie, et rejette de nouveau la TVA à 5,5 %.
19 novembre 2025
Rejet des amendements supprimant le tarif réduit de gazole des poids lourds et du secteur agricole.
22 septembre 2026
Trois questions écrites déposées le même jour : Alix Fruchon (DR) sur la baisse de la fiscalité, Thierry Frappé (RN) et Jean-Michel Brard (HOR) sur le pouvoir d'achat.
30 septembre 2026
Présentation du projet de loi de finances pour 2027. Examen des recettes du 12 au 19 octobre, vote solennel annoncé le 17 novembre.

Ce qu'il faut surveiller en octobre

La fenêtre s'ouvre le 12 octobre, avec l'examen de la partie recettes du budget 2027. C'est là, et pratiquement nulle part ailleurs, que se jouera une éventuelle baisse de la fiscalité des carburants. Les amendements déposés seront publics, leur sort aussi. Vous pouvez suivre l'activité de votre député sur sa fiche, vérifier s'il a déposé un amendement sur le sujet, et lui écrire directement depuis notre site.