- L'été 2026 a été marqué par une sécheresse hors norme. Le 5 août, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a annoncé un « plan global d'accompagnement canicule-sécheresse-incendies » pour les agriculteurs, avec des aides d'urgence et des « ajustements concernant l'accès à l'eau », promis « pour la rentrée ».
- Les premières estimations redoutent un impact économique supérieur à celui de la sécheresse de 2022, évaluée à 5,6 milliards d'euros, dont 1,1 milliard de pertes de production agricole.
- Après la sécheresse de 2022, Emmanuel Macron avait présenté un « plan Eau » au lac de Serre-Ponçon, le 30 mars 2023, axé sur la « sobriété » des usages.
- Depuis le début de la 17e législature, en octobre 2024, aucun projet ni proposition de loi consacré à l'eau agricole n'a été inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale ou du Sénat : la question s'est jouée par amendements, dans des textes agricoles généralistes.
- Le dernier de ces textes, la loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, a été validé par le Conseil constitutionnel le 14 août 2026.
L'agriculture frappée par la sécheresse est la priorité affichée de cette rentrée. Au Parlement, le dossier de l'eau agricole tient pourtant en trois chiffres. Depuis octobre 2024, les députés ont déposé 466 amendements mentionnant l'irrigation — dont 245 évoquent les « bassines » — et les deux chambres ont posé 26 questions au gouvernement dont le titre porte sur la sécheresse. Mais aucune loi consacrée à l'eau agricole n'a jamais été examinée : la seule fois où l'hémicycle s'est prononcé sur une disposition d'ensemble, c'était le 21 mai 2026, sur l'article 5 — le volet « stockage de l'eau » — de la loi d'urgence agricole.
466 amendements, jamais un texte
Faute de véhicule législatif dédié, l'eau agricole s'est glissée partout. Les 466 amendements qui mentionnent l'irrigation se concentrent sur quatre textes : 192 sur la loi Duplomb « levant les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur », adoptée en juillet 2025 ; 195 sur la loi d'urgence agricole examinée au printemps 2026 ; et 36 sur les budgets 2025 et 2026. Sur l'ensemble, 35 ont été adoptés et 154 rejetés — les autres ont été retirés, sont tombés ou n'ont pas été soutenus en séance.
La répartition par groupe dessine un sujet réellement transpartisan — mais pour des raisons opposées. La Droite Républicaine (96 amendements) et les Écologistes (92) arrivent quasiment à égalité en tête : les premiers pour faciliter les ouvrages de stockage et l'accès à l'eau, les seconds pour les encadrer ou les soumettre à des conditions de sobriété. Suivent le bloc central EPR (79) et LFI-NFP (61).
« Je ne vous parle pas des mégabassines ni du pompage des nappes phréatiques, mais du stockage des précipitations et des transferts d'eau entre régions. Revoyez donc votre copie, sortez de Paris et venez chez nous, dans l'Aude, on vous expliquera comment faire ! »
Le seul vote sur la politique de l'eau : l'article 5, le 21 mai 2026
Une seule fois en deux ans, les députés ont voté sur une disposition d'ensemble consacrée à l'eau agricole : l'article 5 de la loi d'urgence agricole, dédié au stockage de l'eau et à l'irrigation, adopté en première lecture par 96 voix contre 40 et 4 abstentions, lors de la séance du 21 mai 2026. Le RN a fourni le premier contingent de voix favorables (41), devant le bloc central (EPR 23, DEM 8, HOR 5) et la Droite Républicaine (12). Toute la gauche présente a voté contre — LFI-NFP (15), les Écologistes (13), les socialistes (9), la GDR (3) —, à l'exception d'une abstention socialiste.
« Quand vous aurez supprimé toutes les possibilités d'irrigation des agriculteurs français, nous mangerons du blé américain, du soja brésilien, des lentilles canadiennes, avec tous les produits toxiques qu'ils peuvent contenir. »
Le débat n'a pas manqué d'intensité : les 21 et 22 mai, une cinquantaine de scrutins publics ont porté sur les amendements à cet article 5 et à ses déclinaisons. Mais tous se sont joués à l'intérieur d'un texte agricole généraliste, dont l'eau n'était qu'un chapitre parmi la simplification des installations, l'élevage ou le retour de l'acétamipride. Chez les opposants, la critique a moins porté sur le principe de l'irrigation que sur l'efficacité des ouvrages promis.
« L'article 5 repose sur un raisonnement biaisé : nous serions dans un monde manichéen où il y aurait, d'un côté, les gens opposés à l'irrigation et au stockage et, de l'autre, les gens pour. »
26 questions « sécheresse », moins de la moitié ont reçu une réponse
Côté questions au gouvernement, le compte est aussi vite fait : 13 questions de députés dont le titre porte sur la sécheresse depuis octobre 2024, 13 questions de sénateurs depuis octobre 2023. Sur ces 26, seules 12 ont reçu une réponse. Au-delà des titres, le mot apparaît dans le texte de 252 questions écrites ou orales — signe d'une préoccupation diffuse, rarement traitée pour elle-même.
La sécheresse de l'été 2026 a déclenché une accélération nette : sept questions déposées entre le 6 août et le 1er septembre, aucune encore répondue. Béatrice Bellay (SOC) réclame la mobilisation urgente de l'État en Martinique, Michel Guiniot (RN) alerte sur la sécheresse dans l'Oise, tandis qu'au Sénat Sebastien Pla (SOC) demande un fonds de solidarité pour les éleveurs, Raphaël Daubet (RDSE) des délais d'indemnisation raccourcis et Jean-François Longeot (UC) s'inquiète des forêts du Doubs.
Ce que le Parlement a réellement décidé sur l'eau
D'un plan à l'autre
La question reviendra vite : le budget 2027, dont l'examen s'ouvre cet automne, sera le prochain véhicule où se joueront les crédits de l'eau agricole. Pour suivre ce que votre député a défendu sur l'irrigation, la sécheresse ou les bassines, consultez la fiche de la loi d'urgence agricole ou utilisez notre moteur de recherche dans les débats parlementaires.