Pourquoi on en parle ? Le contexte en 5 points
  • Jeudi 8 octobre, le Rassemblement national fixe l’ordre du jour de l’Assemblée : c’est sa niche parlementaire, avec huit textes au programme, dont l’abrogation des ZFE.
  • Parmi eux, la proposition de loi « renforçant la responsabilité des locataires et des bailleurs dans le logement social », déposée le 25 août 2026 par Lionel Tivoli (RN, Alpes-Maritimes) et cosignée par 121 autres députés RN, dont Marine Le Pen.
  • Aujourd’hui, dans les zones tendues, un locataire HLM dont les revenus dépassent 150 % du plafond de ressources du logement social (barème PLS) deux années de suite perd son droit au maintien dans les lieux. Il dispose alors de dix-huit mois pour partir. Les locataires âgés ou handicapés en sont exemptés.
  • Le texte voulait abaisser ce seuil à 120 %, interdire le logement social aux personnes condamnées pour un délit puni d’au moins deux ans de prison pendant cinq ans, et permettre au préfet de forcer un bailleur à demander l’expulsion d’un locataire qui enfreint le règlement intérieur.
  • La commission des affaires économiques a supprimé les deux premiers volets fin septembre. Seule la baisse du seuil arrive en séance jeudi.

Il ne reste qu’un article à la proposition de loi que le Rassemblement national défend jeudi : celui qui oblige les locataires HLM à quitter leur logement dès que leurs revenus dépassent 120 % du plafond, contre 150 % aujourd’hui. Cette mesure, le RN l’a déjà combattue. En mars 2025, quand le macroniste Guillaume Kasbarian la proposait, Lionel Tivoli, auteur du texte de 2026, avait déposé avec 122 députés de son groupe un amendement pour la supprimer. Motif écrit : l’abaisser « sans en exempter les Français » allait « à l’encontre des intérêts de nos compatriotes ».

1 sur 3
Article encore dans le texte après la commission
120 %
Nouveau seuil proposé, contre 150 % aujourd’hui
117
Députés RN signataires de l’amendement de 2025 et du texte de 2026

En 2025, le RN voulait réserver la mesure aux locataires étrangers

La baisse de 150 % à 120 % n’est pas une idée du RN. C’était l’article 1er de la proposition de loi « portant fin du maintien à vie dans le logement social », déposée en 2025 par Guillaume Kasbarian (EPR), ancien ministre du logement. Le texte devait être discuté en séance le 31 mars 2025.

Avant ce rendez-vous, le groupe RN avait préparé sa réponse. En commission, Lionel Tivoli dépose deux amendements. Le premier réserve la baisse du seuil aux locataires qui « ne possèdent pas la nationalité française ». Le second supprime purement et simplement la baisse. Son exposé reproche au texte de mettre « en avant une préférence salariale plutôt qu’une préférence nationale ». Il conclut qu’abaisser le seuil à 120 % sans en exempter les Français « va à l’encontre des intérêts de nos compatriotes ».

Pour la séance, les deux amendements sont redéposés, cette fois avec 123 signataires du groupe, dont Marine Le Pen. Un troisième, porté par Frédéric Falcon et lui aussi cosigné par Lionel Tivoli et Marine Le Pen, prévient que la mesure risque « d’entraîner l’exclusion des Français les plus modestes », « des occupants paisibles et professionnellement actifs qui peineront demain à se loger dans le parc locatif privé », et de favoriser « une forme de ghettoïsation ».

Ces amendements n’ont jamais été discutés. Le 25 mars 2025, la commission des affaires économiques a supprimé l’article 1er du texte Kasbarian, par des amendements des écologistes, des insoumis, des socialistes et du groupe LIOT. Six jours plus tard, son auteur l’a retiré de l’ordre du jour.

« Par chance, nous avons évité une nouvelle attaque en repoussant temporairement hier, en commission, la proposition de loi portant fin du – prétendu – maintien à vie dans le logement social. »

En séance, 26 mars 2025

Karine Lebon
GDR
Réunion (2)
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En 2026, la même baisse, pour tous les locataires

Le texte déposé par Lionel Tivoli en août 2026 reprend la baisse à 120 %, sans aucune condition de nationalité. Il y vise aussi le locataire qui n’a pas transmis deux années de suite les justificatifs de revenus demandés par le bailleur. L’exposé des motifs justifie la mesure par la nécessité de « recentrer le parc social sur les ménages qui en ont le plus besoin », à l’heure où plus de 2,8 millions de demandes de logement social sont en attente. Sur les 123 signataires de l’amendement de suppression de 2025, 117 figurent parmi les cosignataires du texte de 2026.

En commission, les écologistes et les insoumis ont tenté de supprimer cet article 3, sans succès. Les écologistes y rappellent que le seuil de 150 % date de la loi Égalité et citoyenneté de 2017, qui l’avait déjà abaissé de 200 % à 150 %. Ils rappellent aussi que près de 70 % des demandeurs relèvent des plafonds les plus bas et que seuls 4,7 % se situent entre les plafonds intermédiaires et le plafond PLS. Pour les insoumis, la mesure crée « une trappe à pauvreté » : un ménage contraint de partir et dont les revenus rechutent devra reprendre toute la procédure de demande. Ce sont les mêmes arguments qu’en 2025, quand le RN les reprenait en ajoutant la question de la nationalité.

Les deux autres articles, supprimés en commission

L’article 1er, qui fermait le logement social pendant cinq ans à toute personne condamnée pour un crime ou un délit puni d’au moins deux ans d’emprisonnement, a été supprimé par deux amendements identiques d’Alexis Corbière (écologiste) et de François Piquemal (LFI). L’amendement de repli de Lionel Tivoli, qui ramenait ce délai à trois ans, est tombé avec lui. Le RN défendait déjà cette logique en mars 2025, lors de l’examen de la loi contre le narcotrafic : l’amendement de Nicolas Dragon (RN) pour expulser des HLM les locataires condamnés pour trafic de stupéfiants, soutenu en séance par Marine Le Pen, avait été rejeté.

« Si c’est un sujet majeur, il paraît logique d’écarter les délinquants condamnés de l’immeuble où ils ont commis, au détriment des habitants honnêtes, une grande partie de leurs méfaits. »

En séance, 21 mars 2025

Marine Le Pen
RN
Pas-de-Calais (11)
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L’article 2 imposait un règlement intérieur dans chaque immeuble HLM. Il permettait au préfet, en cas de violation grave, d’enjoindre au bailleur de demander la résiliation du bail, puis de saisir le juge à sa place. Il n’a pas été adopté. Une partie de ce mécanisme existe déjà. Depuis la loi narcotrafic du 13 juin 2025, le préfet peut demander à un bailleur social d’engager la résiliation du bail d’un locataire dont les agissements sont liés au trafic de drogue. L’Assemblée avait voté cette disposition le 21 mars 2025 (article 24 du texte en première lecture), avec les voix du RN, du bloc central et d’un député de la Droite républicaine, contre celles de la gauche.

« Le texte prévoit simplement que le préfet peut enjoindre l’organisme HLM de saisir la justice : c’est elle seule et non l’autorité administrative, qui pourra prononcer la résiliation du bail et l’expulsion. »

En séance, 21 mars 2025

Sébastien Huyghe
EPR
Nord (5)
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Ce que contenait le texte, ce qu’il en reste

⚖️
Article 1er : supprimé
Pas de logement social pendant cinq ans après une condamnation définitive pour un crime ou un délit puni d’au moins deux ans de prison, pour le demandeur comme pour son conjoint.
🏢
Article 2 : supprimé
Un règlement intérieur dans chaque immeuble HLM, un préfet qui peut se substituer au bailleur pour demander la résiliation du bail, et trois ans d’interdiction de nouvelle demande pour le locataire expulsé.
📉
Article 3 : maintenu
Perte du droit au maintien dans les lieux dès que les revenus dépassent 120 % du plafond PLS deux années de suite, contre 150 % aujourd’hui.
📄
Article 3 : maintenu
Même sanction pour le locataire qui ne transmet pas, deux années consécutives, les justificatifs de l’enquête annuelle sur les ressources.
À noter : en séance, l’Assemblée examine le texte de la commission. Le RN peut déposer des amendements pour rétablir les articles 1er et 2. La journée réservée s’arrête à minuit : un texte qui n’a pas été mis aux voix avant cette heure tombe sans vote. Et même adoptée, la proposition de loi devrait encore passer au Sénat.

Chronologie

27 janvier 2017
La loi Égalité et citoyenneté abaisse de 200 % à 150 % le seuil de perte du droit au maintien dans les lieux.
20 mars 2025
Lionel Tivoli dépose en commission deux amendements à la proposition de loi Kasbarian : supprimer la baisse à 120 %, ou la réserver aux locataires étrangers.
21 mars 2025
L’Assemblée adopte l’article 24 de la loi narcotrafic (injonction du préfet au bailleur social) et rejette l’amendement RN de Nicolas Dragon sur l’expulsion des trafiquants condamnés, défendu par Marine Le Pen.
25 mars 2025
La commission des affaires économiques supprime l’article 1er du texte Kasbarian, qui contenait la baisse à 120 %.
31 mars 2025
Guillaume Kasbarian retire son texte de l’ordre du jour de la séance.
13 juin 2025
Promulgation de la loi contre le narcotrafic.
25 août 2026
Lionel Tivoli et 121 députés RN déposent leur proposition de loi sur le logement social.
29 septembre 2026
Le texte de la commission paraît : les articles 1er et 2 sont supprimés, l’article 3 est conservé.
8 octobre 2026
Examen en séance, lors de la journée réservée au groupe RN.

Votre député a-t-il signé l’un ou l’autre texte ? La page de Lionel Tivoli sur ce texte détaille son activité, et la fiche de la proposition de loi suivra le vote de jeudi. Sur le même sujet, lire aussi ce que le RN a déposé sur la loi SRU, ou chercher tout ce que les parlementaires ont dit du logement social.