- Samedi 17 octobre 2026, les manifestations contre la vie chère ont tourné aux pillages dans plusieurs grandes villes. Selon le ministre de l'intérieur, plus de 550 000 personnes ont défilé, quand 200 000 étaient attendues ; 60 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés.
- Laurent Nuñez a remis sa démission le 18 octobre. Le lendemain, sur France Inter, il a reconnu une « perte de contrôle » dans certaines villes et un dispositif « en asymétrie » avec la foule. Emmanuel Macron a refusé sa démission et lui a demandé de déployer une nouvelle doctrine de maintien de l'ordre face aux casseurs.
- Ce samedi n'arrive pas seul : depuis plusieurs semaines, un mouvement lycéen donne lieu à des blocages et à des heurts. Le 5 octobre, le ministre comptait près de 6 000 interpellations et 10 enquêtes de l'IGPN ouvertes pour des blessés ; un lycéen de 15 ans avait perdu une main le matin même à Lens.
- La « doctrine » est le schéma national du maintien de l'ordre, un document du ministère de l'intérieur mis à jour en décembre 2021. Il repose sur quatre principes : nécessité, proportionnalité, gradation et réversibilité de la force.
- Le ministre répond aux députés mardi 20 octobre, lors des questions au gouvernement qui précèdent le vote solennel sur le budget 2027.
La révision de la doctrine que l'Élysée réclame depuis lundi, une députée l'avait demandée par écrit en juillet. Elle attend toujours la réponse. Le 21 juillet 2026, la socialiste Anna Pic a demandé au ministère de l'intérieur si le gouvernement comptait évaluer le schéma national du maintien de l'ordre « près de 5 ans après » sa dernière mise à jour, et s'il en tirerait une révision. Comme elle, deux autres députés ont interrogé le gouvernement sur cette doctrine en 2026. Aucun n'a reçu de réponse à ce jour.
Avant samedi, trois questions écrites restées sans réponse
Depuis octobre 2024, huit questions de parlementaires portent dans leur intitulé sur le maintien de l'ordre : cinq à l'Assemblée, trois au Sénat. Les deux questions de députés posées en 2024 et 2025 ont reçu une réponse. Celles de 2026 non.
Celle d'Anna Pic, députée de la Manche, est la plus directe. Elle s'appuie sur la décision de la Défenseure des droits du 8 juillet 2026 sur les affrontements de Sainte-Soline en 2023, qui relève un usage « disproportionné » du lanceur de grenades Cougar et des « insuffisances dans le dialogue » avec les manifestants. Elle cite les « officiers de dialogue » suédois et les unités de médiation néerlandaises, et demande si la France s'en inspirera.
Le 13 janvier, son collègue socialiste Karim Benbrahim, député de Loire-Atlantique, interrogeait le ministère sur le port du RIO, le numéro d'identification que chaque policier et gendarme doit afficher sur son uniforme : le Conseil d'État avait ordonné en octobre 2023 qu'il soit rendu visible et lisible. Le député demandait aussi le nombre de sanctions prononcées pour l'absence de ce numéro. Le 23 juin, Jean-François Coulomme (LFI) interrogeait le ministre sur sa « politique de maintien de l'ordre » pendant la Coupe du monde de football, après les charges policières du soir de la victoire du PSG en Ligue des champions, le 30 mai.
Le Règlement de l'Assemblée laisse deux mois au ministre pour répondre à une question écrite, délai qu'il peut prolonger d'un mois. La question de Karim Benbrahim attend depuis plus de neuf mois, celle d'Anna Pic depuis près de trois mois.
Le 6 octobre : « il ne s'agit plus de maintien de l'ordre »
Le mouvement lycéen a porté le sujet dans l'hémicycle. Le 5 octobre au soir, interpellé par les députées insoumises Gabrielle Cathala et Sarah Legrain en pleine séance sur la loi contre les violences sexuelles, Laurent Nuñez avait promis de « rendre des comptes sur la façon dont [il] maintien[t] l'ordre public », en séance et devant la commission des lois, qui l'a entendu le 7 octobre. Le lendemain, aux questions au gouvernement, le socialiste Roger Vicot posait la question de la « doctrine d'emploi » des forces de l'ordre. Il reprochait au ministre d'avoir dit qu'il ne donnerait « aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l'armement intermédiaire à disposition », c'est-à-dire les lanceurs de grenades et les LBD.
« La doctrine est écrite, puis elle est suspendue au nom du contexte, et les blessures deviennent des statistiques. »
Questions au gouvernement, séance du 6 octobre 2026
La réponse du ministre trace la ligne qu'il tiendra tout le mois : « Quand nous intervenons face à des violences urbaines, contre des individus qui entrent dans un lycée ou un collège pour s'en prendre à des enseignants, qui dégradent des biens, qui occupent l'espace public, qui brûlent des poubelles ou pillent des commerces, il ne s'agit plus de maintien de l'ordre, mais de lutte contre les violences urbaines. Dans ces cas-là, je ne donne aucune consigne de retenue. » La proportionnalité reste due, ajoutait-il, sous le contrôle de la justice. L'écologiste Benjamin Lucas-Lundy avait, plus tôt dans la séance, réclamé son départ : « Dans une démocratie qui fonctionne, ce n'est pas par la matraque et les gaz lacrymogènes mais par le dialogue social qu'on répond à une jeunesse réclamant son droit à l'avenir. »
À droite, la demande inverse : plus de fermeté
Dans la même séance, la Droite républicaine posait la question dans l'autre sens. Ian Boucard, député du Territoire de Belfort, où un commandant de police a été roué de coups, demandait de « faire payer aux émeutiers – ou à leurs parents – les dégâts » et le retour des peines planchers pour les agresseurs de policiers. Le ministre lui a répondu par le projet de loi « casseurs-payeurs », examiné au Sénat les 27 et 28 octobre. Le 7 octobre, Virginie Duby-Muller (DR) lui demandait à son tour comment « rétablir l'ordre » aux abords des lycées.
« Depuis une semaine, nous assistons à un déferlement de violence inouï, complètement désinhibé, de la part d'émeutiers et de voyous qui se mêlent aux manifestations d'une partie des lycéens français. »
Questions au gouvernement, séance du 6 octobre 2026
Au Sénat, cette demande d'autorité est plus ancienne. Le 13 novembre 2025, un mois après l'arrivée de Laurent Nuñez place Beauvau, Roger Karoutchi (LR) lui posait une seule question : « Quelle est votre conception de l'ordre public républicain ? » Réponse du ministre : « Pour moi, l'ordre public, c'est l'autorité, la fermeté. » Le 15 octobre, son collègue Max Brisson (LR) l'interrogeait sur « l'instrumentalisation des manifestations lycéennes ».
Le 13 octobre : le numéro des policiers d'un côté, la grenade de l'autre
Quatre jours avant les pillages, trois questions écrites ont été publiées le même jour sur les moyens du maintien de l'ordre, et elles tirent dans deux directions. L'insoumis Rodrigo Arenas et l'écologiste Pouria Amirshahi, tous deux députés de Paris, signalent des policiers intervenant sans RIO visible et le visage dissimulé face aux lycéens. Selon la question de Rodrigo Arenas, le Conseil d'État a de nouveau enjoint le ministère, le 29 avril 2026, de distribuer avant le 31 décembre des identifiants lisibles. Pouria Amirshahi rappelle que cette obligation figure dans le code de la sécurité intérieure.
Le même jour, le député RN de l'Ain Jérôme Buisson contestait la décision, annoncée le 7 octobre, de suspendre l'usage de la grenade assourdissante tirée au lanceur après la blessure du lycéen de Lens. Il demande quels « moyens alternatifs concrets » remplaceront cette arme.
« Le principe de précaution ne saurait conduire à priver les forces de sécurité d'un moyen intermédiaire sans préciser les moyens alternatifs dont elles disposeront face à des groupes violents. »
Question écrite du 13 octobre 2026 sur la suspension de la grenade assourdissante
Le même 13 octobre, aux questions au gouvernement, le socialiste Marc Pena racontait sa visite au commissariat d'Aix-en-Provence, où des jeunes interpellés étaient placés en garde à vue. Il disait avoir pris le ministre au mot après la commission des lois, où celui-ci l'avait « renvoyé au terrain ». Réponse de Laurent Nuñez : « Quand les manifestations se déroulent de manière pacifique, il n'y a pas d'intervention de police. »
Toutes les questions citées sont consultables sur les fiches des élus, avec leurs autres interventions. Pour suivre l'ensemble des questions des parlementaires sur le sujet, lancez une recherche « maintien de l'ordre ».