- En novembre 2025, une partie de la gauche annonce une primaire unitaire pour désigner un candidat commun à la présidentielle d'avril-mai 2027. La date est fixée au 11 octobre 2026, en présentiel et en ligne.
- Trois candidatures sont déclarées : François Ruffin (Debout !), Marine Tondelier (Les Écologistes) et Lydie Massard (Union démocratique bretonne).
- Plusieurs poids lourds refusent d'emblée d'y participer : Jean-Luc Mélenchon (LFI), Raphaël Glucksmann (Place publique) et le PCF, qui opte pour une candidature autonome.
- En juillet 2026, les militants socialistes tranchent : 55,5 % se prononcent pour une primaire fermée, réservée au « pôle socialiste ». Le PS ne participera donc pas à la primaire unitaire.
- Le 11 juillet 2026, Clémentine Autain retire sa candidature en dénonçant « l'empilement des candidatures » à gauche. Benjamin Lucas-Lundy fait de même. La primaire unitaire est de fait à l'arrêt.
- Pendant ce temps, les quatre groupes de gauche de l'Assemblée — SOC, LFI-NFP, ECOS et GDR — votent. C'est cette matière-là, et non les sondages, que cet article examine.
La primaire de la gauche unitaire ne se heurte pas seulement à un calendrier ou à des ego. Sur les 210 scrutins portant sur l'ensemble d'un texte depuis le début de la 17e législature — les votes solennels, ceux qui adoptent ou rejettent une loi — les quatre groupes de gauche de l'Assemblée n'ont émis la même position majoritaire que 131 fois. Soit 79 scrutins sur lesquels au moins l'un d'eux s'est séparé des autres : 38 % des votes décisifs.
Le budget de la Sécu, la fracture la plus nette
Le cas d'école date du 16 décembre 2025 : la lecture définitive du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Les socialistes votent pour à 64 voix (5 abstentions). La France insoumise vote contre, sans une seule défection : 69 voix contre. Les écologistes s'abstiennent majoritairement (27 abstentions, 9 contre, 2 pour) et la Gauche démocrate et républicaine vote contre (10 voix). Quatre groupes, quatre positions différentes sur le même texte.
Ce n'est pas un accident isolé. Sur les 210 votes solennels étudiés, le PS et LFI ont voté différemment 73 fois, soit un scrutin sur trois. Dans 37 cas, l'opposition est frontale : le groupe socialiste vote pour pendant que les insoumis votent contre.
« Je profite de cette intervention pour prendre des nouvelles des échanges entre le bloc central et les collègues socialistes… »
Qui se sépare de qui
La ligne de fracture principale n'oppose pas « le PS » au reste de la gauche, mais bien le PS à La France insoumise. Sur la même base de 210 scrutins, voici le nombre de fois où chaque couple de groupes a adopté une position majoritaire différente.
La lecture est instructive : LFI est le groupe le plus souvent isolé. Elle se sépare du PS 73 fois, de GDR 57 fois et des écologistes 49 fois. À l'inverse, le couple le plus stable est celui des écologistes et des communistes, en désaccord seulement 29 fois sur 210.
Le dernier exemple en date remonte à deux jours : le 21 juillet 2026, sur la proposition de loi modernisant la gestion du patrimoine immobilier de l'État, les socialistes ont voté pour — seuls à gauche. LFI, les écologistes et GDR ont voté contre.
« Malheureusement, qu'on le veuille ou non, ces mesures se sont heurtées à deux réalités. La première est arithmétique : 35 % de l'Assemblée à gauche, ce n'est pas une majorité permettant d'adopter des mesures. »
Ceux qui voulaient conduire la gauche sont ceux qui votent le moins
Deuxième enseignement, plus inattendu. La 17e législature a donné lieu à 8 434 scrutins publics (votes solennels, mais aussi amendements et motions). Rapportés à ce total, les protagonistes de la primaire figurent parmi les députés les moins présents aux votes de leur propre groupe.
François Ruffin, seul candidat déclaré siégeant à l'Assemblée, a exprimé une position sur 575 scrutins, soit 6,8 %. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, est à 9,1 %, Clémentine Autain à 10,4 % et Delphine Batho à 12,0 %. À l'inverse, Mathilde Panot (33,0 %) et Manuel Bompard (28,1 %), qui ont l'un et l'autre rejeté la primaire, sont largement au-dessus.
La comparaison prend son sens face aux médianes de chaque groupe.
Un député écologiste médian vote sur 2 308 scrutins : quatre fois plus que François Ruffin. Un député socialiste médian vote sur 2 161 scrutins, près de trois fois plus qu'Olivier Faure.
« Occupez-vous de la cohérence de vos ministres ; nous, nous nous occupons de celle de la gauche ! »
Le 6 juillet 2026, Benjamin Lucas-Lundy revendiquait ainsi la cohérence de son camp dans l'hémicycle. Cinq jours plus tard, il retirait sa candidature à la primaire.
Les quatre scrutins qui résument la rupture
Une primaire rattrapée par les votes
Sur l'année 2026 seule, la tendance ne s'inverse pas : sur 87 votes solennels où les quatre groupes se sont exprimés, ils n'ont fait bloc que 58 fois — 67 %, contre 62 % sur l'ensemble de la législature. La cohésion s'est très légèrement améliorée, sans changer la nature du problème : un scrutin décisif sur trois sépare encore le PS des insoumis.
Les sondages diront qui, de François Ruffin, Marine Tondelier ou Raphaël Glucksmann, domine son camp. Les votes, eux, disent déjà quelles majorités sont possibles. Vous pouvez vérifier vous-même, scrutin par scrutin, ce qu'ont voté Olivier Faure, François Ruffin, Clémentine Autain, Delphine Batho ou Mathilde Panot, et contacter directement votre député.