Pourquoi ce vote ? Le contexte en 5 points
  • Le gazole a dépassé 2,40 euros le litre en septembre 2026, selon l'exposé d'un des amendements examinés lundi. Sur chaque litre, l'État perçoit l'accise (l'ex-TICPE) et une TVA de 20 % calculée sur le prix hors taxe augmenté de l'accise : plus le prix monte, plus la TVA rapporte.
  • Le 22 septembre, le Premier ministre a promis qu'un éventuel surplus de recettes tiré de la hausse des carburants serait « restitué aux Français ». C'est la « règle d'or ».
  • Depuis le 1er novembre, l'État vend une partie de ses stocks stratégiques de gazole à prix coûtant pour faire baisser le prix à la pompe, une mesure prise par décret, sans vote du Parlement.
  • Les députés examinent depuis le 13 octobre la première partie du budget 2027, celle des impôts. Une douzaine d'amendements pour baisser les taxes à la pompe attendaient leur tour depuis la mi-octobre.
  • Ils sont arrivés en séance lundi 2 novembre au soir, en même temps que l'amendement du gouvernement qui inscrit la règle d'or dans la loi.

L'Assemblée nationale a adopté lundi 2 novembre au soir la « règle d'or » des carburants voulue par le gouvernement, par 52 voix contre 1. L'amendement n° 4003 prévoit que si la flambée des prix fait rentrer plus d'accise et de TVA que deux ans plus tôt, l'État finance des aides aux ménages dans la limite de ce surplus. Le Rassemblement national s'est abstenu, comme LFI, les communistes et les ciottistes de l'UDR : 63 abstentions, plus que de voix pour. Dans la même soirée, les quatre amendements qui baissaient directement la taxe à la pompe ont été rejetés, deux d'entre eux à deux voix près.

52
Pour
1
Contre
63
Abstentions

Une règle votée par le centre, la droite et une partie de la gauche

Les 52 voix pour viennent de presque tous les bancs : 14 députés EPR, 10 de la Droite républicaine, 9 socialistes, 5 MoDem, 5 Horizons, 5 écologistes, 2 LIOT, une non-inscrite et un insoumis, Jean-Hugues Ratenon. La seule voix contre est celle de Daniel Labaronne (EPR), dans le groupe du gouvernement. Les socialistes, qui n'ont pas voté les baisses de taxe de la soirée, ont soutenu celle-ci en bloc.

Les abstentions sont le fait de quatre groupes entiers : le RN (38 députés), LFI (13), la Gauche démocrate et républicaine (6) et l'UDR d'Éric Ciotti (4), rejoints par un écologiste et Charles de Courson (LIOT). Ni le RN ni LFI n'ont voté contre une mesure présentée comme un geste pour les automobilistes, mais aucun des deux ne l'a cautionnée.

Le même soir, quatre baisses de la taxe à la pompe rejetées

Avant d'arriver à la règle d'or, l'Assemblée a examiné les amendements qui baissaient l'accise elle-même. Le RN et l'UDR les ont tous votés, sans trouver de renfort ailleurs, sauf sur le gazole non routier. Tous ont été repoussés par une coalition allant de LFI à EPR :

Le matin, la baisse de la TVA à 5,5 % sur les carburants et le fioul, défendue par le RN, avait déjà été rejetée par 41 voix contre 27.

« Des millions de Français observent de loin le budget et les milliers d'amendements que nous examinons, mais sur ce sujet, la fiscalité du carburant, ils nous attendent au tournant. »

Séance du 2 novembre 2026

Matthias Renault
RN
Somme (3)
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Deux règles d'or, une seule adoptée

L'amendement de Marc Chavent était lui aussi une règle d'or, mais automatique : la baisse s'appliquait de plein droit à la pompe, deux mois après la hausse, sur le modèle de la taxe flottante appliquée de 2000 à 2002. Celui du gouvernement ne touche pas au prix du litre. Il compare les recettes de deux mois consécutifs à celles de la même période deux ans plus tôt et, s'il y a surplus, oblige l'État à financer des « mesures de soutien au bénéfice des ménages » sans en dire la forme. Le gouvernement justifie ce choix dans l'exposé : la règle repose sur « la constatation effective d'un éventuel surplus de recettes, et non sur le seul franchissement d'un niveau de prix ».

À gauche, l'argument contre les baisses de taxe est que rien ne garantit qu'elles atteignent l'automobiliste.

« Si vous baissez le montant de la TVA sur les carburants, mais que vous ne bloquez pas leur prix, vous n'avez aucune certitude que la baisse du coût va se répercuter à la pompe. »

Séance du 2 novembre 2026

Éric Coquerel
LFI-NFP
Seine-Saint-Denis (1)
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Au centre, on reproche au RN de subventionner une énergie importée.

« Votre baisse de la TVA soutiendrait des entreprises, mais surtout des pays étrangers, car cela reviendrait à subventionner l'achat par les Français de gaz et de pétrole produits par des pétromonarchies, la Russie, le Qatar ou l'Algérie. »

Séance du 2 novembre 2026

Pierre Cazeneuve
EPR
Hauts-de-Seine (7)
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Ce que dit la règle d'or votée

🛢️
Un déclencheur double
Le baril doit dépasser un seuil de prix, et la hausse doit produire un surplus d'accise et de TVA sur l'essence et le gazole. Le seuil n'est pas chiffré dans l'amendement : un décret en Conseil d'État doit préciser les conditions d'application.
📊
Un surplus mesuré sur deux ans
Les recettes de deux mois consécutifs sont comparées à celles des mêmes mois vingt-quatre mois plus tôt. Un surplus déjà rendu ne peut pas être compté deux fois.
👛
Des aides, pas une baisse de taxe
L'État « met en œuvre des mesures de soutien au bénéfice des ménages dans la limite » du surplus. La forme (chèque, prime, baisse ciblée) n'est pas précisée.
📅
Une règle temporaire
Elle couvre la période allant de deux mois avant l'entrée en vigueur de la loi jusqu'au 30 juin 2027, « réponse temporaire à l'épisode exceptionnel de hausse des prix ».
Comment ça marche : la première partie du budget, celle des recettes, doit être adoptée par un vote d'ensemble avant que l'Assemblée examine les dépenses. Si elle est rejetée, tout le budget tombe en première lecture et le Sénat repart du texte du gouvernement, qui ne contient pas cette règle d'or : il devrait alors la redéposer au Sénat. Ce vote, prévu le 3 novembre, a été reporté faute d'avoir fini l'examen des amendements (758 restaient lundi soir, selon LCP). Suivre le texte →

Chronologie

22 septembre 2026
Le Premier ministre annonce que tout surplus de recettes lié à la hausse des carburants sera « restitué aux Français ».
15 octobre 2026
L'Assemblée relève le barème kilométrique et porte la prime carburant défiscalisée à 1 000 euros.
1er novembre 2026
Début de la vente de gazole des stocks stratégiques, décidée par décret le 24 octobre.
2 novembre 2026
Rejet de la TVA à 5,5 % le matin, puis de quatre baisses de l'accise le soir. La règle d'or est adoptée par 52 voix contre 1.
3 novembre 2026
Le vote solennel sur la première partie du budget est reporté, l'examen des amendements n'étant pas terminé.
17 novembre 2026
Date limite pour que l'Assemblée se prononce sur l'ensemble du budget en première lecture.
30 juin 2027
Fin de la période couverte par la règle d'or, si elle reste dans la loi de finances.

Retrouvez le vote de chaque député sur ces amendements dans le module ci-dessus et sur leur fiche, ainsi que les 201 amendements carburants déposés en trois budgets et tout le suivi du budget 2027.