Pourquoi ce sujet ? Le contexte en 5 points
  • Depuis le blocage du détroit d'Ormuz au printemps 2026, le litre de gazole tourne autour de 2,40 euros : c'est le chiffre cité par les députés dans l'hémicycle cette semaine.
  • Le samedi 17 octobre, plus de 550 000 personnes ont manifesté selon le ministère de l'Intérieur (800 000 selon les syndicats). Le mouvement est né sur les réseaux sociaux contre la hausse des carburants avant de s'élargir à la vie chère, selon Public Sénat.
  • La journée s'est soldée par plus d'un millier d'interpellations, selon les bilans provisoires du gouvernement, et par des bâtiments publics incendiés ou envahis, dont la mairie de Limoges.
  • Les trois jours précédents, du 14 au 16 octobre, l'Assemblée examinait en séance la partie « recettes » du budget 2027, celle où se décident les impôts et les taxes, dont celles sur l'essence.
  • Le vote de l'ensemble de cette première partie est prévu le mardi 20 octobre.

Avant la mobilisation du 17 octobre, les députés ont voté trois aides pour ceux qui vont travailler en voiture ou en transports en commun : un barème kilométrique relevé d'au moins 10 %, une prime carburant défiscalisée jusqu'à 1 000 euros en 2026 et en 2027, et le remboursement par l'employeur de 75 % de l'abonnement de transport, prolongé jusqu'en 2029. Aucune taxe sur le carburant n'a en revanche baissé : la douzaine d'amendements qui proposent de réduire l'accise ou la TVA à la pompe n'a pas encore été examinée. La séance s'est arrêtée vendredi 16 octobre après l'article 5, et ces amendements sont placés après les articles 16 et 25.

35
Pour
8
Contre
45
Abstentions

Barème kilométrique relevé d'au moins 10 % (amendement n° 3650), scrutin n° 8753, jeudi 15 octobre 2026.

Le barème kilométrique relevé contre l'avis du gouvernement

La mesure la plus large vise les salariés qui déclarent leurs frais réels. L'amendement n° 3650 de Gabriel Attal (Ensemble pour la République), défendu en séance par Daniel Labaronne, impose que le barème kilométrique appliqué aux revenus de 2026 soit supérieur d'au moins 10 % à celui de 2025, sauf pour les voitures 100 % électriques. Il a été adopté le 15 octobre par 35 voix contre 8, avec 45 abstentions : il y a eu plus d'abstentions que de voix pour.

Le gouvernement s'y est opposé. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a demandé le retrait de l'amendement et a promis de décider « lorsque commencera 2027, en fonction de l'évolution des prix des carburants ». Le rapporteur général Philippe Juvin (Droite républicaine) avait chiffré ce relèvement « entre 250 et 400 millions d'euros », mais la commission des finances lui a donné un avis favorable. Le ministre a confirmé à Nicolas Ray (Droite républicaine) qu'un relèvement décidé début 2027 s'appliquerait bien à la déclaration des revenus de 2026, donc aux pleins payés pendant la flambée. Un amendement identique de Sophie Mette (Démocrates) est tombé du fait de cette adoption.

« Pour beaucoup de Français, la voiture ne constitue pas un confort, mais une condition pour aller travailler ; or le litre de gazole a atteint le prix de 2,41 euros. »

Séance du 15 octobre 2026

Sophie Mette
DEM
Gironde (9)
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Le RN s'abstient sur les deux amendements carburant

Les 26 députés du Rassemblement national présents se sont tous abstenus sur le barème kilométrique. Ils ont fait de même, au nombre de 30, sur la prolongation de la prime carburant en 2027 (amendement n° 2847 de Lionel Vuibert, non inscrit, identique au n° 3181 de Laurent Mazaury, LIOT), adoptée par 46 voix contre 2 (scrutin n° 8735). Aucun orateur du RN n'a pris la parole pendant la discussion du barème, selon le compte rendu. Le groupe a en revanche voté l'article 2 du gouvernement, qui relève la prime carburant : 34 voix RN sur 96, adopté sans aucune voix contre (scrutin n° 8737).

La veille, le RN reprochait au gouvernement de « taper » les automobilistes. Ses propres amendements sur l'essence n'ont pas encore été examinés : celui de Jean-Philippe Tanguy qui ramènerait l'accise à son niveau de 2017 pendant un an (n° 644), et la TVA à 5,5 % sur les carburants (n° 635 de Marine Le Pen, n° 748 de Jean-Philippe Tanguy en repli).

« Vous tapez les automobilistes, vous tapez les familles, vous tapez les petits bailleurs. »

Séance du 14 octobre 2026

Jean-Philippe Tanguy
RN
Somme (4)
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Les écologistes contre, LFI veut bloquer les prix

Les 8 voix contre le barème viennent surtout des écologistes (6 sur 8). Eva Sas a jugé que la revalorisation du barème « ne constitue pas – c'est le cas de le dire – le bon véhicule ». Elle propose à la place un chèque de 450 euros pour 6 millions de ménages, financé par une taxe sur les « surprofits » des groupes pétroliers. Les 8 députés LFI présents se sont abstenus. Aurélien Le Coq a dénoncé de « petites dispositions de saupoudrage » et réclamé « le blocage des prix ». Le PS a voté pour (7 voix sur 8). Christine Pirès Beaune a salué une mesure qui « va dans le bon sens », tout en regrettant « l'absence de mesures structurelles ».

« Ce qu'il fallait faire, nous n'avons cessé de le dire, c'était bloquer les prix du carburant ! Demain 17 octobre, il y aura sans doute beaucoup de gens dans la rue, des gens qui se battent contre l'augmentation des prix du carburant et des prix du transport. »

Séance du 16 octobre 2026

Antoine Léaument
LFI-NFP
Essonne (10)
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Ce que la séance a voté, ce qu'elle a rejeté

⛽
Prime carburant : 1 000 € sans impôt
Le plafond de la prime versée par l'employeur passe de 300 à 1 000 euros pour 2026 (article 2, 96 voix contre 0). Les députés l'ont prolongé à 2027 (46 voix contre 2).
🚗
Barème kilométrique : + 10 % minimum
Pour les salariés aux frais réels, sur les revenus 2026, hors voitures 100 % électriques. Adopté par 35 voix contre 8, contre l'avis du gouvernement.
🚆
Abonnement de transport à 75 %
L'employeur pourra rembourser 75 % de l'abonnement de ses salariés, sans impôt ni cotisations, jusqu'en 2029 au lieu de fin 2026. Amendements de Félicie Gérard (Horizons, n° 264) et Gabriel Attal, adoptés par 96 voix contre 0 (scrutin n° 8812).
✖️
Rejeté : bornes et indexation
Le crédit d'impôt pour une borne de recharge à domicile est rejeté (n° 3787 de Sophie Mette, 23 voix contre 39 ; n° 1488 de Jean-Pierre Vigier). La revalorisation automatique du barème chaque année est aussi rejetée (n° 29 de Pierre Cordier).

La baisse des taxes à la pompe reste à examiner

Selon les données publiées vendredi 16 octobre au soir, 106 amendements de séance qui citent les carburants n'ont pas encore de sort. Parmi eux, au moins douze proposent de baisser directement ce que l'automobiliste paie à la pompe :

À gauche, quatre amendements visent les raffineurs plutôt que la taxe : encadrer leurs marges (n° 292 d'Éric Coquerel, LFI) ou les taxer (n° 291 et n° 2121, LFI ; n° 3958 de Nicolas Sansu). Ce n'est pas la première fois que ces propositions arrivent en séance : lors des trois derniers budgets, 201 amendements sur l'essence avaient été déposés sans qu'aucun ne baisse la taxe à la pompe.

Comment ça marche : la première partie d'un budget fixe les impôts et les taxes. L'Assemblée doit la voter dans son ensemble, le 20 octobre, avant de passer aux dépenses, et la rejeter ferait tomber tout le budget. Les mesures votées cette semaine doivent ensuite passer au Sénat : elles peuvent encore disparaître en commission mixte paritaire ou si le gouvernement recourt au 49.3. Suivre le texte →
Printemps 2026
Le détroit d'Ormuz est bloqué et le prix du gazole dépasse 2 euros le litre.
15 octobre 2026
Prime carburant à 1 000 euros (article 2), prolongée à 2027 ; barème kilométrique relevé de 10 % ; crédit d'impôt pour les bornes de recharge rejeté.
16 octobre 2026
Remboursement de 75 % de l'abonnement de transport prolongé jusqu'en 2029. La séance s'arrête après l'article 5.
17 octobre 2026
Journée de mobilisation contre la vie chère dans toute la France.
20 octobre 2026
Vote solennel sur la première partie du budget, puis début de l'examen du budget de la Sécurité sociale.

Comment votre député a-t-il voté sur le carburant ? Retrouvez chaque vote sur sa fiche, et les autres mesures pour les salariés dans notre article sur les heures supplémentaires. L'ensemble du dossier est à retrouver sur notre page budget 2027.